💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

I Fought the Law

Dès 2024, Brique House galère pour rembourser tout le monde. Alors Dufossez demande l'ouverture d'une conciliation. La procédure est confidentielle : un conciliateur nommé par le tribunal aide une entreprise en difficulté à négocier avec ses créanciers des délais pour payer ses dettes. À la différence d'un redressement judiciaire, rien n'est publié : ni les clients, ni les fournisseurs, ni les investisseurs ne sont prévenus. Parmi les créanciers figure Tudigo, dont les clients ont prêté 1,75M€ à la brasserie fin 2022. Le DAF et cofondateur de la plateforme, Stéphane Vromman, signe l'accord sans consulter sa direction juridique : les prêteurs deviendront actionnaires, et Tudigo trouvera de l'argent frais auprès de ses autres clients.

Le 21 janvier 2025, Tudigo leur écrit que la brasserie rouvre son capital « pour saisir une opportunité d'accélération », avec « 14,5M€ de CA consolidé en 2023 » à l'appui30. Le problème, c’est que ce CA total compte aussi les ventes entre les sociétés du groupe31. La plateforme a pourtant reçu en décembre les comptes de la holding, avec la réserve de l'expert-comptable sur les pertes des bars et de l'usine. Brique House, de son côté, présente la conciliation comme des « moratoires négociés » qui lui laissent « un runway de plus de deux ans »32. Dans la fiche réglementaire remise à chaque souscripteur, la procédure n'est que « probable »33. Réalité : l'accord est signé depuis des mois.

Extrait du DIC de janvier 2025

Attestation comptable sur les comptes 2022

Tout le monde s'en fout, alors en 4 semaines, les clients de Tudigo posent environ 1,1M€. Le 18 février, Guillaume-Olivier Doré, qui conseille la direction de la plateforme, alerte les 2 dirigeants, Vromman et Laing. Pour lui, une entreprise en conciliation est « non finançable ». Le budget de la brasserie « dérape », ajoute-t-il, et Haacht, le brasseur belge actionnaire de Brique House, ne remettra de l'argent avec les business angels que 2 mois après les investisseurs Tudigo. Le risque, écrit Doré, est que la brasserie finisse en redressement judiciaire « et que nous soyons mis en cause ». Vromman répond le jour même : « c'est clair sur le sujet ». 2 jours plus tard, Doré conclut qu'il est impossible de verser l'argent collecté. Il partira quand même.

En parallèle, Brique House lève de l'argent en privé, auprès d'investisseurs choisis dont les noms restent secrets. 3 fois : près de 500K€ en décembre 2024, juste avant la collecte de Tudigo, environ 400K€ le 14 mars 2025, 3 semaines après l'alerte de Doré, puis 2,7M€ fin juillet. Les 1,1M€ des clients de Tudigo ont-ils été versés dans l'une de ces opérations ? Ni Brique House ni Tudigo n'avaient répondu au moment du bouclage.

Un an et demi plus tard, en septembre 2026, Baptiste Dufossez défend sur LinkedIn les documents de l’époque, sous le post qui annonce l’opération sur Crowdcube où Zero Bullshit l’interpelle :

« La situation économique complète, y compris les éventuels moratoires bancaires, a bien été détaillée dans les documents transmis aux investisseurs (notamment dans le deck). Tout y était présenté en toute transparence. »

Le mot conciliation, lui, n’apparaît qu’un mois plus tard, en octobre 2026, dans le document que Brique House remet aux souscripteurs de Crowdcube, avec la facture de la procédure : 70K€ en 2025.

Brique House doit toujours 1,75M€ aux prêteurs de Tudigo : ils ne sont jamais devenus actionnaires, et l'échéance a glissé à fin 2027. Tudigo, elle, a été liquidée à la sortie de l'été.