💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

DARK Side of the Moon

Maths Don’t Lie

2021 commence avec ARKK à 125$. La suite ? Une masterclass en destruction de capital. -23% sur l'année pendant que le S&P 500 génère tranquillement +27%. Un écart de 50 points. Pas une correction, un fossé. Le genre de divergence qui fait douter de la santé mentale d'un gestionnaire qui continue de promettre 40% annualisés.

Mais 2021 n'était que l'apéritif. 2022 transforme le portefeuille phare de Wood en cas d'école pour les manuels de gestion des risques, chapitre « Ce qu'il ne faut jamais faire ». ARKK s'effondre de 67%. Pour contextualiser : pendant la crise financière de 2008, le S&P 500 avait chuté de 37%. Wood fait presque deux fois pire, sans crise systémique, sans Lehman Brothers, sans subprimes. Juste la réalité qui reprend ses droits après deux ans de délire monétaire.

Le drawdown maximal atteint 81% depuis le pic. Traduction pour les non-initiés : si vous aviez mis 100K$ au sommet, il vous reste 19K$.

De fait, même le rebond d’environ+68% sur 2023 est insuffisant face au -67% de 2022. Pourtant, les fans crient au retour du messie. Sauf que les mathématiques sont cruelles : pour retrouver un niveau identique après -67%, il faut +203%.

Wretched Returns

Février 2022. Morningstar, l'arbitre de la gestion d'actifs, sort l'artillerie lourde. Le rating d’ARK est dégradé à à « Negative ». Le mot choisi pour décrire ARKK ?

« Wretched »

Misérable. Pas « décevant », pas « sous-performant ». Misérable. C'est rarissime dans leur prose.

Sur 12 mois à fin févriver 2022 : ARKK -45,5%, quand sa catégorie affiche -7,9%. Un écart de 38 points. C'est comme finir dernier d'un marathon avec trois heures de retard. L'approche de Wood est carrément qualifiée de « liability » : un passif, un boulet pour les investisseurs.

Robby Greengold, l'analyste principal de Morningstar sur les stratégies ARK, ne mâche pas ses mots24.

« Poor execution undermines aspirations ».

Wood a de grandes idées mais aucune capacité à les exécuter.

La note détaille méthodiquement les défaillances. Absence de discipline de vente. Concentration excessive. Volatilité ingérable. Corrélations ignorées. Liquidité négligée. Un festival d'erreurs de débutant commises par quelqu'un qui gérait déjà des milliards chez AllianceBernstein. Et qui reproduit surtout les mêmes erreurs.

La structure de risque d'ARK ressemble à un étudiant de première année qui découvre Robinhood. Concentration extrême ? Check. Tesla représente à plusieurs reprises plus de 10% du portefeuille. Roku, Zoom, Teladoc, Square : les mêmes noms reviennent dans tous les ETF. Quand l'un chute, tous chutent. La diversification, ce concept révolutionnaire inventé par Markowitz en 1952, semble inconnue chez ARK.

Les corrélations intra-portefeuille explosent. Une étude montre que les positions d'ARK bougent ensemble comme un banc de poissons. Conséquence : bêta thématique élevé, drawdowns synchronisés. Pas de hedging, pas de décorrélation, pas de protection. Juste un pari unidirectionnel massif sur la « disruption ».

L'étude Morningstar de 2022 révèle l'ampleur du désastre. ARK Invest détient le titre peu enviable de pire famille de fonds sur 10 ans en termes de destruction de valeur pour les porteurs. Pas juste mauvaise. La pire. Sur des centaines de gestionnaires analysés.

ARKK à lui seul a détruit 7,1G$ de valeur actionnariale. Le total pour la famille de fonds ARK ? Environ14 G$ selon les dernières estimations.

Classement Morningstar des pires fonds

Skillz Issue

Et quand la liquidité se tend, la mécanique casse. 2021 révèle une bombe à retardement que peu avaient anticipée, sauf Edwin Dorsey de Bear Cave. Quand les rachats commencent, le cercle vicieux s'enclenche. Wood doit vendre. Les prix chutent. La NAV baisse. Plus de rachats. Plus de ventes. Les prix s'effondrent davantage.

Prenez Teladoc. ARK possédait une part significative du flottant. L'action passe de 308$ à 27$. Chaque vente d'ARK accélère la chute. Les algos détectent les patterns, les shorts s'accumulent, le titre devient invendable à bon prix.

Le cas Skillz est encore plus pathétique. Gaming mobile company que Wood adorait. ARK détenait plus de 13% des actions en circulation à un moment. L'action chute de 46$ à brièvement sous 1$ avant reverse split : la position devient toxique.

La transparence quotidienne, signature d'ARK, devient une malédiction. Les traders savent exactement ce que Wood doit vendre. Ils se positionnent en conséquence. Chaque email de trades du soir devient une feuille de route pour les prédateurs.

La gazelle annonce sa position au lion.

Hindenburg Headlines

Au passage, la transformation de la couverture médiatique mériterait une étude en sociologie. Bloomberg passe de « Cathie Wood, la révolutionnaire » à « Anatomie d'un désastre ». Fortune migre de « Visionnaire de l'année » à « Comment Wood a détruit 14G $ ». Le Financial Times bascule de l'analyse respectueuse à l'autopsie sans anesthésie.

Le plus savoureux reste les notes sell-side. Goldman Sachs découvre soudain les « dangers de la concentration thématique ». Morgan Stanley s'alarme de « l'impact des taux sur les zombies corporates ». Bank of America publie sur « les risques de liquidité dans les ETF actifs ». Tous ces génies de la finance découvrent l'eau chaude au moment où Wood se noie dedans. Courage, quand tu nous tiens.

Sur les réseaux sociaux, c'est Waterloo. FinTwit transforme chaque journée en tribunal populaire. Les pertes sont documentées en temps réel, les prédictions ratées compilées obsessionnellement. Les mèmes fusent : Wood sur le Titanic, ARKK en Hindenburg, les porteurs en lemmings. La destruction de réputation à l'ère digitale, c'est du crowdsourcing..

Hubris 101

Wood devient un cas d'école, mais pas celui qu'elle espérait. Harvard, Wharton, INSEAD, tous intègrent ARK dans leurs cours. Titre du chapitre : « Hubris, concentration et destruction de valeur ». Les étudiants en MBA analysent ses erreurs comme des médecins étudient les tumeurs. Instructif, mais pas glorieux.

Les régulateurs reniflent autour du cadavre. Questions sur la concentration, la liquidité, les conflits d'intérêts. La SEC observe, prend des notes, compile des dossiers. À ce stade, pas d'actions publiques connues ; surveillance accrue. Mais quand 14Md$ partent en fumée et que le retail morfle, l'attention réglementaire a cette tendance fâcheuse à se transformer en action.

Étrangement, une base de fans subsiste. Le subreddit r/ArkInvest reste actif, peuplé d'irréductibles qui analysent chaque trade comme des moines copistes. Les crypto-bros continuent de citer Wood sur Bitcoin à 1M$. Les Tesla cultists maintiennent que les robotaxis arrivent. Plus la réalité les contredit, plus ils s'accrochent. Stockholm syndrome version finance.

Et qui continue encore aujourd’hui.