💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

Don’t look up

Dans le milieu de l’influence, ces classements existent depuis quasiment vingt ans. Ayant fait partie des premiers blogueurs, j’ai régulièrement été cité dans ces listes, parfois tout en haut et, comme tout le monde, j’en ai été fier et je l’ai parfois partagé.

Ces classements existent également dans tous les métiers. L’un des plus connus est le 30 under 30 de Forbes. Mais depuis près de 10 ans, ce magazine où tout le monde veut être mais que personne ne lit, a multiplié les classements : rien qu’aux US, il existe 25 différents, par catégorie (business, écologie, sport, etc.), ce qui permet de promouvoir 250 personnes par an. Désormais, chaque pays a son propre classement. Qui n’a jamais vu un récipiendaire se féliciter d’en faire partie ? Et, pour les plus téméraires, se dire surpris d’avoir été nommé alors qu’ils avaient préalablement envoyé un dossier de candidature ?

Et chacun y va de sa liste :

  • Les 100 qui font le patrimoine de Profession CGP (Groupe Ficade) ;
  • Les 100 qui comptent17 du Montre de Chiffre (Groupe Ficade) ;
  • Décideurs 100 de Décideurs Magazine (Groupe Ficade) ;18
  • Choiseul 100 et ses classements sectoriaux sponsorisés par Businessimmo (Ville de Demain), L’Equipe, Forbes, La Voix du Nord ou encore Nice Matin ;
  • Favikon sur LinkedIn etc.

On a donc, d’un côté, des médias qui légitiment les entreprises et pros de leur secteur, idéalement pour les garder comme clients ou annonceurs, et, de l’autre, des acteurs qui veulent légitimer leur position en mettant des personnes qui vont les relayer.

Parce qu’en dehors des éternels classements de Choiseul (6 rien que sur le Q4 202419) qui écoute vraiment la voix de ce think tank ? Même pas les médias qui pourtant, relaient les classements.

Et comment sont choisis les lauréats ? Dans une opacité complète. Reste qu’en 2021, un patron de fintech20 me confiait aimer la politique et citait ce think tank en exemple. Dans le même temps, il animait avec Yves Hemedinger, député LR du Haut-Rhin, le pôle idées de La Manufacture, le micro-parti de Xavier Bertrand, tout en étant vice-président de la Fondation Concorde, un autre think tank pour laquelle il a signé deux tribunes dans Les Échos en 2020. À la même époque, l’ex-futur-LR se préparait pour 2022, et l’ancien patron de banque en ligne quittait son job pour rejoindre Bertrand. Avec le succès qu’on connaît.

S’il n’a jamais mis en avant cette période de sa vie dans ses nombreuses interviews ou podcasts, pas plus que sur son LinkedIn, il figure dans le Choiseul 100 pour une brève expérience qu’il a désormais retirée de son CV. Un classement qui arrive au moment où il m’expliquait travailler avec ce think tank. Et au moment où il devenait patron en France d’une fintech qui se lançait sur le territoire. Une liste qu’il n’a plus quitté depuis.

Pourtant, malgré ses 35K followers sur LinkedIn qui likent entre 100 et 300 fois la plupart de ses publications, il n’est pas présent dans le classement Favikon « finances personnelles »21. Pas parce qu’il est patron de boîte, puisqu’en immobilier on retrouve, par exemple, Véronique Bédague, patronne de Nexity. Dans la liste on retrouve étonnamment (outre quelques clients à moi 😍) Ludovic de Jouvancourt de Channes, ex-CEO de Prello (29e), qui n’a pas publié depuis 6 mois. Mais pas de trace de Thierry Vignal, Raphaël Oziel, Olivier Lendrevie, David Hérault, Ori Chamla, Cedric O’Neill, Guillemette Despresle, Stéphane Fritz, Olivier Descamps, Marc Boceno etc.

Quant à savoir si l’un devrait être devant l’autre, peu importe. Mais il y a un autre problème qui pose grandement question, non seulement sur le classement, mais surtout sur l’outil qu’il est censé représenter : la part des faux engagements.

Pour doubler les commentaires sur une publication, il suffit simplement de répondre à tout le monde. Même avec un simple emoji. De nombreux tests faits courant 2023 ont montré que Favikon ne comptabilisait pas différemment les commentaires de l’auteur. Mais surtout, de nombreux utilisateurs de LinkedIn, dont plusieurs sont présents dans les listes, utilisent l’application Podawaaa.

Lancée par Waalaxy (un des leaders de l’automatisation LinkedIn), ce très discret SaaS dont personne ne parle permet de commander des likes, mais également des commentaires écrits par l’auteur de la publication. L’application va alors utiliser les comptes de vrais utilisateurs, également inscrits sur Podawaa, pour publier.

Utilisateur qui vient de commander 3 commentaires qu’il a lui-même écrit, et qui seront publiés automatiquement par d’autres utilisateurs de Podawaa, à travers leurs vrais comptes LinkedIn.

Une pratique tellement tabou qu’il est impossible de chercher le terme sur LinkedIn.