Les classements de produits financiers sont évidemment aussi vieux que les produits financiers, mais il y a eu un basculement il y a une quinzaine d’années, que décrit un patron de société de gestion immo :
« Étonnement, une société de gestion leader aujourd'hui gagnait des prix dans les années 2010 mais n'allait parfois pas les chercher, et donc ne communiquait pas. Ils ont changé d'avis semble-t-il. »
Effectivement, ces dernières années, la plupart des vainqueurs fait, a minima, une publication LinkedIn, un article blog ou une newsletter sur leurs prix. Cela permet de valoriser la marque, de faire plaisir au gérant, aux investisseurs, et surtout de rassurer les prospects.
Pour autant, personne (en interne) n’est vraiment dupe sur la valeur réelle, et les prix traînent généralement sur une armoire au service marketing ou gestion.
Selon un autre patron de société de gestion, il y a 3 types de prix, classés par méthodologie, de la moins solide à la plus solide :
« Les prix de CGP, les prix donnés par des jury (mais qui sont ces gens ?), les prix de rédaction de canards. »
Les CGP1 ont forcément un gros conflit d’intérêt. Sachant que l’immense majorité d’entre eux ne sont payés que via les rétrocommissions des gérants, leurs conseils, avis et classements sont grandement téléguidés. De nombreuses sources mentionnent des campagnes de lobbying (gentillettes, mais bien réelles).
Les jurys sont souvent plus indépendants, mais très mixtes. Parfois ce sont des journalistes, parfois des pros. Mais quand on voit des journalistes spécialisés en patrimoine parler de « SCPI sans frais » pour désigner des véhicules sans frais de souscription, ou cette cheffe de service patrimoine à qui un gérant a dû expliquer la différence entre TOP et TOF2 alors qu’elle a elle-même fait partie d’un jury, la légitimité et la méthodologie de ces jurys posent question.
Quant aux médias, les classements sont très différents, avec des méthodologies parfois discutables, parfois inexistantes, mais souvent plus solides. Plusieurs professionnels ont cité les classements du Revenu comme étant sans doute les mieux faits.
S’il est forcément plus facile de refaire le passé par le prisme de ce qu’on sait après, il est quand même intéressant de voir ce que donnaient les classements et comment ils ont pu induire en erreur les épargnants.
Prenons par exemple La Centrale des SCPI, plateforme de distribution. Son classement 20213 n’était qu’une liste en fonction des rendements de 2020. C’est un indicateur assez médiocre, mais vu que les nouvelles SCPI ont des rendements très supérieurs (à la fois parce qu’elles ont besoin de collecter et parce qu’elles peuvent plus facilement déployer sur des petits montants), cela fonctionne bien. Mais en 2022, le classement devient plus large. On retrouve alors PF Hospitalité Europe, en tant que challenger en santé, mais surtout Eurovalys et Novapierre Allemagne, qui ont tous connu des baisses notables en 2023. Ce même PF Hospitalité, toujours présent dans le classement 2023 publié fin 20224, moins d’un an avant une baisse de 9,5 %.
Mais si la baisse a été actée en septembre 2023, les évaluations avaient eu lieu durant l’été et faisaient suite à la hausse des taux qui durait depuis plus d’un an. Bien avant la publication d’un classement qui, visiblement, n’en avait nullement tenu compte. Pas plus que de la qualité du parc immobilier.
Ces classements (qu’on retrouve sur MeilleureSCPI5, France SCPI6 et ailleurs) n’ont pas grande valeur puisqu’on ne connaît pas vraiment leur méthodologie, et qu’ils semblent surtout liés au rendement. On peut juste s’étonner que des professionnels de la SCPI n’expliquent pas plus longuement que le rendement n’est pas le seul indicateur à prendre en compte. Ni même, et c’est pourtant une obligation légale, qu’il n’est un indicateur fiable des performances futures.
Mais en lisant le site de ces mêmes distributeurs, on trouve d’autres palmarès, beaucoup plus intrigants.