Début 2024, Daan se trouve dans une situation financière catastrophique, bien loin de l'image qu'elle projette publiquement. Alors que les années 2022 et 2023 ont été marquées par un effondrement des ventes et une aggravation des pertes, l'entreprise continue néanmoins, dans sa communication externe, d'afficher une confiance sans faille, cultivant un récit de réussite de plus en plus déconnecté de sa réalité financière.
Et c’est là que l’entreprise a l’idée de lancer un crowdfunding, via Crowdcube.
Selon la communication officielle fin mai 2024, la société emploie 53 salariés et annonce un chiffre d'affaires de 6,5 à 7M€ pour 2023, prévoyant une croissance à 8,5-9M€ pour 2024. Elle projette même un bond spectaculaire à 20M€ pour 2025, avec un effectif qui devrait passer à 100 salariés. Cette communication optimiste occulte néanmoins la réalité financière beaucoup plus sombre : le chiffre d'affaires a en réalité chuté de 14% en 2023, après avoir déjà diminué de 21% en 2022.
Le 5 juin 2024, Daan lance sa campagne avec un objectif initial de 500K€, mais visant officieusement 1M€ comme l'annoncent ses dirigeants Fichet et Ravallec dans leurs communications aux médias fin mai20. Dans sa communication marketing, l'entreprise met en avant un démarrage présenté comme fulgurant : dès le 11 juin, elle annonce avoir réuni 600K€ en seulement 24 heures. À la clôture de la campagne le 26 juin, Daan parvient à lever un total de 780K€ auprès de 821 investisseurs.
Un élément crucial, que les investisseurs particuliers auraient sans aucun doute souhaité voir mis en avant, est subtilement enfoui dans la documentation détaillée de l'opération Crowdcube : la société était en déficit depuis 2022, avec des fonds propres négatifs s'élevant à -1,61M€ en 2023. Cette information capitale est présentée de façon technique dans les annexes financières, bien loin des messages promotionnels enthousiastes qui dominent la communication publique de la campagne. L'entreprise se trouvait donc dans l'obligation légale de reconstituer son capital sous deux ans, sous peine de dissolution. Cette levée de fonds participative visait donc autant à financer la croissance qu'à sauver l'entreprise d'une situation financière critique.
Ou alors, il n’était qu’un moyen de renflouer les caisses de l’entreprise en faisant financer un bridge par les clients, en attendant un investissement miracle improbable.
Du côté de l’entreprise, en off, on m’assure que la dégradation est arrivée plus tard. Mais comment y croire ? L’AG sur les comptes de 2022 qui a lieu en septembre 2023 constate que les capitaux propres sont inférieurs à la moitié du capital social.
D’autant plus que cette levée de fonds s'appuie sur une valorisation pre-money de 6,53M€ (intégrant la conversion d'obligations convertibles), un chiffre qui tranche avec la réalité financière de l'entreprise dont le chiffre d'affaires se situe entre 6,5 et 7M€. Un aspect crucial de cette opération, révélé dans la documentation détaillée mais peu mis en avant lors de la communication publique, concerne la conversion de 491K€ d'obligations convertibles émises entre août 2023 et janvier 2024, avec des décotes allant de 5% à 20% selon la durée de détention.
La structure de l'actionnariat mérite également attention : Antoine Fichet, via sa holding La Réunion SAS, détient 52,74% du capital, conservant ainsi un contrôle total sur les décisions stratégiques. Les nouveaux investisseurs particuliers, malgré leur nombre (821), se retrouvent donc minoritaires avec peu de poids décisionnel, comme le précise d'ailleurs explicitement la documentation.
Pour justifier cette valorisation, Daan met en avant un projet d'expansion ambitieux qui prévoit d'atteindre 20M€ de chiffre d'affaires dès 2025, et annonce une nouvelle offre destinée aux professionnels, citant déjà Orange et Havas parmi ses premiers clients.
L'entreprise présente trois objectifs pour l'utilisation de ces fonds : accélérer le développement international (avec des bureaux déjà ouverts au Japon et en négociation pour la Corée du Sud), financer la R&D pour développer plus rapidement de nouveaux produits (citant qu'il a fallu « quatre ans pour Bob, trois ans pour Joe »), et créer une business unit dédiée aux professionnels avec deux commerciaux pour développer la location de lave-vaisselle en France et aux Pays-Bas.
Antoine Fichet évoque également dans la presse économique un projet immobilier d'envergure, temporairement découplé du projet industriel : la construction d'une nouvelle usine robotisée de 8 000 m² à Montaigu, dont le permis serait déposé en 2025 pour une mise en service fin 2026 ou début 2027. En attendant, la production de Joe est prévue dans les locaux actuels de Cugand (2 600 m²) avec l'installation d'une nouvelle ligne fin 2024.
Sauf qu’en réalité, Joe comme Montaigu devaient déjà être financés… par les opérations de 6 à 10M€ qui ont toutes été avortées entre 2021 et 2022. On ne voit alors pas très bien comment ce petit million pourrait relancer ces projets alors que l’entreprise est dans le rouge.
Paradoxalement, cette communication extrêmement optimiste masque plusieurs risques majeurs identifiés dans la documentation détaillée de l'opération mais peu mis en avant dans la communication grand public :
Parce que si y’a un besoin urgent de recapitalisation, puisque Daan a levé plus de 6M€ de dette, donc une échéance majeure arrive mi 2025.