Plutôt bien. Comme quand Vincent Lamotte, directeur de Perial, qualifie il y a quelques jours de « non-événement » le gel de ses deux SCPI pendant que ses porteurs découvrent des décotes de -20 à -30 %36. Quand ça coule, le patron sourit. C’est jamais son pognon. Mais regardons ce qu’il en reste vraiment.
La promesse aux détenteurs de tokens, c’est : plus Galeon signe d’hôpitaux, plus le réseau de données grossit, plus le token a de la valeur. C’est séduisant. Sauf que rien ne relie concrètement les deux. Les hôpitaux achètent un DPI, pas du $GALEON. Ils ne participent pas à la blockchain. Le whitepaper mentionne un mécanisme de buyback & burn (la boîte rachèterait et détruirait des tokens à chaque signature d’hôpital). Le lightpaper revendique 67,8M tokens brûlés. Impressionnant, jusqu’à ce qu’on lise le détail : 52,7M sont des invendus de l’ICO détruits en novembre 2022, pas des rachats sur le marché. Les vrais buybacks liés aux hôpitaux représentent environ 15 millions de tokens.
Sur une offre totale de 4G tokens, ça fait 0,37%. Et même en étant généreux : à 2M€ de CA, 5% de buyback, ça fait 100K€/an de pression acheteuse sur un token à 7M€ de capitalisation. Donc aucun effet mesurable sur le cours.
Concrètement, en février 2026, le token sert encore à quatre choses :
Rien de tout ça ne génère de revenus liés à l’activité hospitalière. Brotons le sait tellement bien que dans son 1h34 de publicité sur Legend, il ne prononce jamais le mot « blockchain ». La narrative qui justifiait l’ICO a été abandonnée. Le token a perdu 83%. Et une nouvelle émission de tokens ferait effondrer le cours encore plus bas, achevant les investisseurs de 2021. Brotons l’admet lui-même37 :
« Pour nos nouveaux besoins de financement, nous avons cette fois préféré les obligations à la crypto afin de ne pas faire chuter le cours et ne pas pénaliser notre communauté qui avait investi en 2021. »
Le robinet crypto est tari. Il en faut un autre. Ce sera une émission obligataire de 8 M€, à 8 %/an sur sept ans, vendue directement aux particuliers via Atlantis, la même plateforme que pour la crypto. Mais pour vendre des obligations à des petits porteurs sans passer par un réseau bancaire, il faut du bruit, de la visibilité, de la confiance manufacturée. Et pour ça, Galeon a un atout : les investisseurs de l’ICO sont toujours là, du moins en partie. Entre ceux qui y croient encore et ceux qui voudraient juste récupérer leur mise, la frontière est floue. Galeon les appelle donc les « Pionniers ». Et en novembre 2024, avec le lancement d’Atlantis, l’entreprise leur a donné quelque chose à faire.
Parce qu’Atlantis est à la fois la plateforme communautaire, le système de souscription des obligations, mais surtout une machine de gamification. Les Pionniers font des quêtes et gagnent des XP et des GEMS38, échangeables contre des polos, t-shirts et mugs sur le e-shop. Pas de l’argent. Des polos. Et les fameuses quêtes sont organisées en catégories, donto n peut retrouver les traces récentes.
Quickflip : 19 quêtes documentées, toutes expirées en février 2026. Chacune demande d’aller aimer, commenter et partager un post Galeon sur Facebook, LinkedIn, X, Instagram, TikTok ou YouTube. Chaque contenu est décliné en 5 ou 6 quêtes simultanées, une par plateforme. C’est de l’engagement manufacturé.
Pump it : 9 quêtes. Le nom est du jargon crypto pour « faire monter le cours ». Parmi les quêtes : suivre Brotons et Gueniffey sur X, ajouter « Pionnier Galeon » comme expérience professionnelle sur LinkedIn, et voter pour Galeon sur CoinMarketCap et CoinGecko. Manipulation directe des métriques d’évaluation du token et de l’entreprise. Et en effet collatéral de la quête LinkedIn : quand on cherche Galeon sur la plateforme, on tombe sur des dizaines de profils affichant une « expérience » chez Galeon, ce qui donne l’impression d’une entreprise de cinquante personnes. Brotons revendique d’ailleurs « à peu près 50 » salariés sur Legend (il le répète deux fois). La page Atlantis affiche « Salariés : +40 ». L’URSSAF déclare une tranche de 10 à 19 salariés, 11 en 2024 selon mes informations. La photo d’équipe sur Atlantis en montre 17. Les Pionniers LinkedIn comblent donc l’écart.
Wen lambo : 3 quêtes. « Wen lambo » (When - Lamborghini) est un mème crypto pour « quand est-ce que je serai riche ? ». Les quêtes : acheter des packs, parrainer des amis, acheter des obligations. L’achat d’obligations est directement intégré au circuit gamifié de la communauté crypto.
Le système n’est pas caché, il est sur la plateforme officielle. Et ce n’est pas du MLM39, parce que personne ne touche de commission sur les achats des filleuls. Parce contre, ça ressemble grandement à de l’astroturfing40 organisé et gamifié : les Pionniers font la promo gratuitement, en espérant que la promotion coordonnée fasse remonter le cours du token qu’ils détiennent déjà. Et ça marche.
Même logique sur Google Maps. En janvier 2026, le mois de la publicité Legend et du lancement de la campagne obligataire, plusieurs dizaines d’avis 5* apparaissent sur la fiche Google de Galeon à Annecy. Près de la moitié n’ont aucun texte (juste « Visité en janvier » et 5*), déposés par des comptes souvent créés pour l’occasion. D’autres parlent d’« investissement », de « blockchain » et de « Pionniers ». L’un écrit : « aidez les pendant leur campagne des obligations ! ». Un autre met le ticker du token dans son avis : « $GALEON Révolutione vôtre quotidien à l’hôpital. ». La note résultante, 4,9/5, est ensuite affichée sur la page Atlantis comme argument de crédibilité pour vendre les obligations.
Les mêmes noms reviennent partout. Testoris, Tache, Céalis, Rivollet41 : avis Google 5*, « Top fan » Facebook, commentaires LinkedIn, copié-collé mot pour mot entre YouTube et Facebook. Aucun ne déclare détenir des tokens $GALEON ni avoir un intérêt financier à promouvoir l’entreprise. Pourtant, les règles de Google, Facebook, LinkedIn et YouTube interdisent toutes les avis ou commentaires intéressés non déclarés. Ce que le système de quêtes Atlantis organise, c’est un conflit d’intérêts massif, distribué sur toutes les plateformes, jamais signalé.
Exemples d’engagements multi-plateformes
Certains vont plus loin. Matthieu N., par exemple publie sur son propre mur un lien de parrainage Atlantis avec le message :
« Si vous cherchez un investissement à moyen terme, c’est pour notre santé… »
Puis, quelques jours plus tard, il commente sous une vidéo Facebook de Galeon, comme si c’était une décision spontanée :
« Du coup il m’a donné l’envie d’investir ! C’est fait 😊 »
Ce ne l’est pas. Il recrute d’abord, il joue l’enthousiaste ensuite. Et il ne mentionne ni son statut d’investisseur existant, ni les risques, ni le fait qu’il touche un avantage au parrainage.
Autre cas. Autre problème. Matthias L., « Top fan » également de la page Galeon, commente « Magnifique Interview ! L’avenir de la santé ! » sous la vidéo Legend. Mais sur son mur42, le ton est différent :
« Une entreprise dans laquelle j’ai investi il y a quelques années déjà ! Ils ont lancé une levée de fond en obligations publiques, bloqué sur 7 ans avec 8 % d’intérêt par ans + des avantages avec du parrainage. N’hésitez pas à me contacter si ça vous intéresse, c’est un placement intéressant pour 2026. »
Il partage aussi le post de lancement de la campagne obligataire le 7 janvier :
« Une belle idée d’investissement, 8 % annuel, entreprise installée depuis presque 10 ans et en plus de ça participer à l’amélioration du monde hospitalier ! »
Lefebvre fait concrètement du démarchage financier : il promeut un produit obligataire auprès de son réseau personnel, en omettant la totalité des risques (illiquidité, absence de garantie, clause de transfert suisse), exactement comme s’il faisait de l’affiliation pour un matelas ou un complément alimentaire. Sauf que c’est un produit financier.
Ce n’est pas un hasard si ces profils maîtrisent la mécanique. De nombreux Pionniers actifs présentent des traces d’appartenance ou d’anciens liens avec Boursorama, Amerys ou d’autres plateformes connues pour leurs systèmes d’affiliation. Au moins 3 membres identifiés ont participé à des structures de type MLM qui ont depuis été fermées pour des raisons légales. Le système de parrainage Atlantis ne crée pas ces comportements à partir de rien. Il attire des gens qui savent déjà comment recruter.
Ce type de mécanique, l’AMF le connaît et le dénonce. En novembre 2023, une expérience en finance comportementale commandée par le régulateur au Laboratoire d’économie expérimentale de Strasbourg a démontré que les techniques de gamification (trophées, classements, récompenses symboliques) augmentent la prise de risque des investisseurs43. La présidente de l’AMF, Marie-Anne Barbat-Layani, en résumait les conclusions en une phrase :
« L’investissement n’est pas un jeu et la gamification ne doit pas faire oublier les risques. L’AMF y est très attentive. »
La cartographie des risques du régulateur, publiée en juillet 2024, identifie explicitement la gamification comme un risque émergent, en particulier chez les jeunes investisseurs44. Et le 8 janvier 2026, quinze jours avant la publicité Legend, l’ESMA et l’AMF publient conjointement une fiche rappelant aux « finfluenceurs » que promouvoir un produit financier sur les réseaux sociaux peut constituer du conseil en investissement non autorisé, activité soumise à agrément45. Atlantis coche toutes les cases : trophées, XP, classements, quêtes de promotion, le tout appliqué à la souscription d’obligations. Et la boucle se ferme : chaque palier obligataire donne droit à un bonus en $GALEON (jusqu’à 200K tokens pour 100K€ investis), ce qui transforme chaque nouvel obligataire en détenteur de tokens, donc en promoteur potentiel.
Mais comme on l’a vu, derrière le côté blockchain, il y a normalement une vraie boîte, donc une vraie activité à ausculter.