La ruée de 52 minutes sur Green-Got n'est pas un miracle. C'est même carrément un exploit. Parce qu'avant de vendre des actions, Green-Got a passé des années à bâtir une communauté. Et cette communauté ne s'est pas faite toute seule.
En réalité, le discours n'a jamais dit « gère mieux ton argent ». Il dit que ton argent est une arme, et qu'il dort en ce moment dans le pétrole, du mauvais côté du monde. D'un côté les vieilles banques qui financent les forages, de l'autre toi, et un mouvement. « 0 nouveau puits de pétrole. »13 « The movement of a generation. »33 Le client n'ouvre pas un compte, il rejoint une cause.
Tout, dans la marque, sert cette appartenance, du petit renard en emoji 🦊 sur les réseaux sociaux, jusqu'à la carte bancaire en bois. Le bois, c'est naturel, et naturel veut dire bien. Or le plastique d'une CB n'a jamais été le sujet. La puce et l'antenne, elles, restent, et c'est là qu'est l'essentiel de l'empreinte34. Interrogés à plusieurs reprises, les dirigeants de Green-Got n'ont jamais été capables de chiffrer l'écart d'émissions entre une carte en plastique et une carte en bois35. Un expert ayant participé à plusieurs études sur l'impact des cartes, interrogé par Zero Bullshit, parle même d'un non-sujet. Voire d'un contresens :
« Je pense que c'est d'autant plus du greenwashing que, pour produire une carte en plastique, des machines tournent toute la journée. Alors que pour le bois, et encore faut-il que ce soit réellement du bois et sans un plastique de protection par-dessus, ce sont forcément des productions courtes, donc plus émettrices en CO2 et plus consommatrices d'énergie à l'unité. »
Expert ayant participé à plusieurs études sur l'empreinte des cartes36
Mais le symbole n'a pas besoin de preuve. Et par-dessus ce sésame contre la finance mondiale, c'est Mastercard qui pose le sien, de symbole, contre à peu près 100K€ de subventions ces dernières années2721.
Même écart entre le discours et la mécanique sur l'argent lui-même. Green-Got jure que ton épargne finance la transition, ou le pétrole. Pour le compte, c'est en partie vrai : le fléchage des dépôts oriente l'argent, parce qu'il permet le financement. Même si en réalité, on ne peut pas comparer le bilan carbone des dépôts d'une Green-Got qui ne peut pas faire de crédit, et celui de la Banque Postale ou du Crédit Mutuel, qui s'en servent pour financer des taxis, des maçons ou des industries.
Reste que pour l'assurance-vie, le financement est moins évident. Sur la trentaine de supports de GG Planet, une partie sont des fonds d'actions cotées. Or acheter une action en Bourse, c'est payer un vendeur, pas l'entreprise, qui ne touche pas un centime de la transaction. Le marché primaire finance, le marché secondaire ne fait que changer le titre de main. L'épargnant croit arroser la forêt, il rachète surtout des arbres déjà plantés à quelqu'un qui s'en sépare. Ce n'est pas un mensonge, c'est un raccourci.
Composition d'un des fonds de GG Planet, géré par Dorval pour Green-Got.
On y retrouve AMD en première position (3,4%), puis Vertiv (3,2%, data centers), ainsi que nombre de très gros acteurs de la tech comme ASML (puces). Mais également Legrand ou Schneider, exposés à la transition énergétique, ou Vestas et Nextpower, qui produisent ou installent de l'énergie verte.
Mais il s'agit d'un fonds actions en secondaire, donc pas un euro ne finance la transition.
On retrouve le même genre d'exposition dans un autre fonds actions chez Pictet : TSM, ASML, Schneider, Siemens, Hitachi, etc.
Composition d'un fonds obligataire, géré par Mandarine Gestion, inclus dans GG Planet.
Cette fois il s'agit bien d'argent qui finance des entreprises.
Parmi les premières expositions on retrouve… BNP, ainsi que 2 autres banques, mais également le groupe de luxe Kering, ou Iberdrola, l'un des plus gros énergéticiens décarbonés d'Europe, tout comme EDF.
Même hypocrisie côté structurés. Leurs émetteurs sont précisément les banques que Green-Got désigne comme l'ennemi, Crédit Agricole CIB pour le premier produit, Citigroup pour un autre, l'un des plus gros financeurs mondiaux du fossile depuis l'Accord de Paris, 396G$ entre 2016 et 202337. Elles encaissent dès que le produit est estampillé durable. Et l'indice qui porte le tout contient Nvidia, ASML ou STMicroelectronics, tout sauf des modèles d'empreinte carbone, pour financer des actifs dont personne ne connaît la teneur.
Crédit Agricole, c'est mal. Sauf des fois.
Le capital est garanti dans l'e-mail promotionnel. Sauf des fois, dans la documentation réglementaire que personne ne lira.
Est-ce du greenwashing ? Sur le fond(s) : non. Le but des fonds ISR et Article 9, c'était pas de financer des marchés en circuit court, ou des panneaux solaires sur des écoles. C'était avant tout d'éviter d'être exposé à des entreprises problématiques, et de flécher des fonds vers une sorte de capitalisme du bien commun. Mais bon on voudrait pas filer des idées à Stérin.
La problématique est plutôt dans le poids des mots et le choc des photos utilisés par Green-Got, bardés de vert, de terre et d'arbres, qui laissent à penser que tout ce pognon va sauver les bébés pandas.
L'argumentaire-vedette, celui du CO2 que ton épargne pèserait dans une grande banque, a été regardé de près, contesté par Bon Pote, et le cabinet qui lui servait de caution scientifique, Carbone 4, a retiré son article10, confirmant une enquête précédente ici qui l'avait démontré en détail.
Pour autant. Est-ce que Green-Got c'est d'la merde ? Est-ce que foutre son pognon chez Green-Got c'est nul ? Est-ce que ton pognon il est mieux sur un compte à la BNP, ou à payer une tour nulle à La Défense chez Primonial ? Non, trois fois.
Et peut-être que si Green-Got ne frisait pas le greenwashing permanent, ils n'auraient pas réussi à souder une communauté autour d'eux. Parce que soyons honnêtes, le dérèglement climatique est là, le débat politique n'est pas à la hauteur, et la finance, sous ses étiquettes ESG et ISR, reste guidée par la collecte et la performance de court terme. Le discours est faussement radical, mais il est sincère, et il parle à des gens tout aussi sincères. De quoi former une communauté active dont toutes les boîtes rêvent. Et d'en faire un moteur de croissance, au point qu'autour d'un tiers des ouvertures de compte passeraient par le parrainage.
Le problème, c'est que ça, ça fait une super PME qui va parler à quelques dizaines de milliers, peut-être demain quelques centaines de milliers, de personnes. Pas une startup avec un marché en giga croissance à adresser. Et c'est tout le problème de ce qui a été vendu au retail.