Depuis février 2022, l'Ukraine est devenue le laboratoire grandeur nature du coût exorbitant de la guerre moderne. Les estimations pour la reconstruction donnent le tournis : 524G$ sur 10 ans selon la Banque mondiale et l'ONU. Pour mettre ce chiffre en perspective, c'est près de 2,8 fois le PIB annuel du pays en 2024.
Une somme d’autant plus gigantesque que l'économie ukrainienne s'est effondrée d'environ 30% en 2022. Pour tenir, Kiev a reçu plus de 160G$ d'aide internationale en deux ans, une perfusion financière sans précédent dans l'histoire moderne que Trump, suivi par quelques réacs européens, a commencé à remettre en cause.
Le budget militaire ukrainien représente désormais une part considérable du PIB national, transformant le pays en économie de guerre où chaque hryvnia compte. Les États-Unis à eux seuls ont débloqué plus de 1,1G$ rien que pour le système Patriot en Ukraine, de quoi construire des milliers de logements sociaux ou moderniser tout un réseau hospitalier. Ce qui a fait dire à Trump qu’il avait le droit à quelques mines de terres rares en échange, et de contrats de reconstruction pour des entreprises américaines.
Un peu plus loin, la Syrie offre une vision cauchemardesque de ce que devient un pays après plus d'une décennie de guerre. Ici, les estimations pour la reconstruction oscillent entre 300 et 1000G$ selon les sources. Un écart qui témoigne de l'ampleur des destructions et de l'incertitude qui plane sur l'avenir du pays.
Le PIB syrien a chuté de 83% entre 2010 et 2023. 15’000 médecins ont fui le pays, 7’000 écoles ont été détruites. La production pétrolière, autrefois fierté nationale, est passée de 383’000 à 90’000 barils / jour. C'est un pays entier qui a été ramené des décennies en arrière.
Mais le coût le plus insidieux, c'est celui du capital humain volatilisé. Ces 15’000 médecins syriens partis, c'est 20 ans de formation par tête, soit environ 2M€ de capital humain par médecin : 30G$ de savoir-faire médical envolé. Sans compter les ingénieurs, les enseignants, les chercheurs... Des générations de cerveaux formés aux frais de l'État syrien qui enrichissent maintenant d'autres pays. La guerre ne détruit pas seulement le présent, elle hypothèque l'avenir en vidant les nations de leur substance intellectuelle. Et à ce tarif là, on n’inclut même pas le coup de la déstabilisation politique et des droits humains réduits au minium. Voire moins.
Le conflit de 2023-2024 à Gaza illustre comment la guerre moderne peut anéantir une économie en quelques mois : 53,2G$ sur 10 ans pour reconstruire ce territoire de 365 km² (145M$+ / km²).
C’est le prix de tout un quartier résidentiel de luxe pour chaque kilomètre carré dévasté.