Si Benotmane refuse de dire clairement ce qu’il a vendu, il refuse aussi de dire clairement qui a racheté. Et c’est parfaitement étonnant. Parce que des entrepreneurs qui font des exits, il y en a souvent. Des exits supérieurs à 50M€, c’est rare. Supérieurs à 100M€, ça passe rarement inaperçu. Mais dans la quasi-totalité des cas, on sait qui est derrière.
À l’inverse, la communication porte toujours sur le repreneur, même s’il n’est pas très connu. Même si c’est un fonds que seuls les pros connaissent. À vrai dire, je n’ai jamais entendu parler d’une transaction à huit chiffres où le repreneur serait (et resterait) secret.
Reste qu’à plusieurs reprises, il est question de BNP Capital, qui serait soit devenu actionnaire, soit aurait servi d’intermédiaire.
Extrait d’un article du Parisien
Le problème, c’est que BNP Capital, ça n’existe pas. Et ça n’a jamais existé. Mieux : sur la dizaine de personnes à qui j’ai pu parler chez BNP Asset Management ou BNP Développement, personne n’a jamais entendu parler de ce deal. Pas plus que chez les quelques banques d’affaires qui auraient pu s’occuper du dossier. Mais bon, personne n’est omniscient.
Pour prouver la vente, Benotmane met donc en avant ce document, depuis supprimé, qu’il dit authentifié par un huissier.
Document publié par Benotman, désormais supprimé
Contacté au téléphone, l’huissier m’a répondu textuellement en quelques secondes, avant de raccrocher :
« Je n’ai aucun commentaire à faire, je vous souhaite une bonne journée, au revoir. »
Passablement énervée. Probablement déjà au courant. Et ne niant en tout cas pas le fait qu’elle a bien authentifié quelque chose.
Ici, il est donc question de :
Quant aux conditions financières :
Ce qui, en soi, est déjà 50% de moins que ce qu’il a toujours dit, puisque sans ces conditions il n’aurait touché que 52M€. Et donc pas fait un exit à plus de 100M€, comme il le répète partout.
Mais admettons.
Le document, par contre, paraît relativement léger. Le fait que, pour une transaction de ce type, il n’y ait que six définitions est étrange. Mais ça l’est d’autant plus que ni le cédant ni l’acquéreur ne sont mentionnés, même caviardés, et c’est encore plus curieux que le contrat parle de « la Société » sans jamais définir qui elle est, l’introduction évoquant uniquement une « société holding de tête » dont le nom est caviardé, sans qu’il ne soit jamais dit que c’était elle qui était cédée.
Autre bizarrerie : il est fait mention d’un OBO, qui aurait donc été réalisé avant, pour 48M€. Ce qui ne semble pas cohérent avec un groupe qui paraît avoir été structuré très tôt en cascade, alors qu’un OBO suggérerait une restructuration récente.
Et donc, Hakim explique que l’huissier certifie tout ça.
Sauf que l’huissier ne dit pas ça. Il dit :
D’autant que la question même la valorisation pose question.
Alors personne ne peut donc savoir… à part l’État.
Parce que comme disait je sais plus qui : y’a deux trucs certains, la mort et les impôts.
Et je peux affirmer sans aucun début de doute :
Hakim Benotmane n’a jamais fait d’OBO en 2013 ;
Hakim Benotmane n’a jamais vendu sa boîte en 2014, ni après.
Dans la continuité de ce récit, il raconte également avoir figuré parmi les plus grandes fortunes de France et affirme avoir été 500e fortune de France à 29 ans, dans sa bannière LinkedIn, soit autour de 2014.
J’ai posé la question à Éric Treguier, éditeur de La Minute Riches sur cette même plateforme, mais aussi créateur du classement 400 Fortunes pour Le Nouvel Économiste en 1994, et surtout rédacteur en chef adjoint de Challenges de 1996 à 2023, créateur et responsable du fameux classement des 500 fortunes de France du magazine. Difficile d’avoir un meilleur expert sur le sujet.
« Pour être 499e, il ne faut pas 100M€ de valo mais plus de 200M€... Il n’y a jamais été, évidemment ! Et s’il n’y est pas, c’est que je n’ai jamais trouvé les comptes officiels ou quoi que ce soit lui appartenant, ni la moindre preuve d’une quelconque transaction des montants qu’il indiquait. »
Cette année, dans un podcast avec Oussama Amar, c’est dire si c’était sérieux, Benotmane racontait avoir fait on ne sait quelle optimisation fiscale vers la Suisse, sans expliquer pourquoi il aurait fait ça alors que ses deux holdings sont au Luxembourg.