En 2015, la poussiéreuse enseigne Quick entre en négociation avec Burger King, qui veut l’implanter en France. Le dossier est finalement repris par Bertrand lorsqu’il prend le développement de BK en France, qui accepte de reprendre la plus grosse partie des 600M€ de dette avec une stratégie assez simple :
Et, même si c’est pas dit initialement, se débarrasser du reste rapidement après. C’est donc sans surprise que Quick est remis en vente en 2020 par Lazard, et que HIG Capital pose 240M€ pour les 107 baraques à frites à l’été 2021. Et c’est là qu’aurait aimé se positionner Hakim.
Mais avant de passer à la suite, prenons juste un instant pour parler du chiffre. 240M€ de valo, c’est deux fois la valorisation prétendue par Benotmane pour Nabab. Le tout pour environ 160 restaurants dont le chiffre d’affaires moyen est de 2M€, soit à la louche 300-350M€ de CA pour les restaurants. Selon une source fiable, il tournait autour de 330M€ en 2022, ce qui semble cohérent.
Selon plusieurs études de marché, un kebab fait entre 130 et 300K€ de CA. Une fourchette cohérente avec ce P&L du Nabab de Tours.
Donc pour faire 125M€48 ou 210M€ de CA49 ça voudrait dire avoir entre 600 et 1100 restaurants à 200K€ de CA. Même en prenant le chiffre des Échos à plus de 200 établissements, et en imaginant qu’ils sont tous au-delà de l’objectif, à 500K€, ça ne fait que 110M€. Sachant que les témoignages de franchisés parlent plutôt de 150 à 250K€ et qu’il n’a jamais été trouvé plus de 40 à 50 restaurants en même temps, on est probablement plutôt entre 6 et 13M€ de CA, ce qui est déjà cool, mais en cumulant tous les restaurants. Alors que la franchise, elle, prend moins de 10 % de tout ça en royalties.
Ça voudrait quand même dire que Quick vaudrait deux fois Benotmane, avec un CA qui, dans le meilleur des cas d’une année qui n’est en réalité jamais arrivée, serait trois à quatre fois inférieur, avec des emplacements moins intéressants et une marque moins reconnue.
Énième preuve évidente que la vente n’a jamais eu lieu.
Benotmane, lui, avait un plan tout pensé pour Quick :
« Mon but, c’était d’en faire la marque de burger halal numéro 1 au monde. »50
Mais évidemment, il est loin d’être un outsider dans une bataille de géants. Ou de Giant, comme le burger, et comme le nom interne du process chez Lazard. Et c’est d’ailleurs grâce à Lazard, qui l’avait initialement représenté, qu’il arrive sur le deal. Mais Rothschild, à qui Bertrand avait confié le mandat, le refile à Lazard, et Benotmane se fait représenter par Société Générale.
Les premiers échanges se passent bien et Benotmane passe dans la deuxième phase de négociations. Mais là, ça se corse : parce qu’il faut poser du vrai argent.
À plusieurs reprises, Benotmane a affirmé avoir collaboré avec BlackRock pour cette acquisition.51
« On a été voir plein de fonds hyper connus, même BlackRock. Moi, j’ai même des lettres d’intention de BlackRock encore aujourd’hui que j’ai gardées. »
Ce document, daté de juin 2021, il l’a finalement diffusé il y a quelques jours.
Sauf qu’à aucun moment il ne s’agit d’une lettre d’engagement, où BlackRock dirait qu’ils se positionnent sur un dossier et un montant, mais d’un NDA, c’est-à-dire un document de confidentialité où il s’engage juste à ne pas divulguer d’informations. Dont… le NDA lui-même.
Dans ce même podcast, il dit avoir « approché » Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dhabi. Alors que dans le portrait des Échos cité au début, il était question d’avoir Mubadala à ses côtés sur l’offre.
Interrogé, un dirigeant historique de Mubadala à Abou Dhabi est formel :
« Mubadala est actif en France depuis une dizaine d’années, mais la restauration n’a jamais fait partie de notre thèse d’investissement. […] Nous n’avons jamais été associés au dossier Quick et encore moins à Hakim Benotmane. »
Mais Benotmane explique avoir mis « 80M d’apport, equity pour aller chercher 150M de dette », avant de partir dans une tirade pseudo-financière. Sauf que tout ça, c’est du flanc.
La vraie LOI, envoyée par Benotmane via Ketary Food, qui lui appartient, la voici :
Et s’il ne veut pas la diffuser, contrairement à d’autres documents, c’est parce que l’histoire ne va pas trop dans son sens. Comme quand il dit qu’il est l’associé unique et dirigeant du Groupe FBH et de tous les restaurants, incluant les Nabab.
L’offre est donc posée pour 230M€ :
Il n’est donc à aucun moment fait mention de BlackRock. Et contrairement à ce qu’il affirme52 il n’était pas prêt à mettre 25M€, mais 15.
Selon ses propres dires, Quick aurait finalement été vendu pour 237M€, et il aurait échoué parce que ses partenaires ont refusé d’ajouter sept petits millions.
En réalité, et ça ne va pas t’étonner, l’histoire est beaucoup plus simple.
Quand le process s’est engagé, KPMG a démarré un audit à un peu moins de 80K€ sur Quick. Sauf que de son côté, Lazard a eu toutes les difficultés du monde à obtenir les documents demandés à Benotmane. Notamment lorsqu’il a fallu prouver les 15M€ de liquidités disponibles. Qu’il n’avait évidemment pas. Et qu’il a tenté de « valoriser » via une bidouille comptable dans sa holding, ce qui n’a évidemment pas trompé les financiers de métier. Résultat : Bertrand a écarté son offre assez rapidement.
Pour autant, de nombreuses personnes ont été mobilisées sur ce deal, y compris Crédit Agricole, prêt à s’associer à son offre pour l’un de ses clients, ou encore le géant du poulet KFC. Dont on peut s’étonner que Benotmane ne les mentionne jamais.
Il faut dire que l’opération s’est très mal passée.
Initialement, il était question d’un deal à base de location-gérance avec la chaîne. Intéressés, les dirigeants ont voulu voir de leurs propres yeux le concept très bien vendu et packagé par Benotmane. Et la suite ressemble à une comédie française nulle avec Christian Clavier et Marilou Berry.
Parce que les Nabab et Tacos King n’avaient rien de géré ni d’unifié. Pendant le store tour avec les équipes de KFC, des équipements sont livrés juste avant la visite pour faire croire qu’ils existaient vraiment. Tout est magouillé pour « habiller la mariée », selon un des participants.
Sans même que KFC ait le temps de se positionner, un cadre recruté par Benotmane appelle la marque juste avant de quitter l’entreprise et leur dit que tout était faux.
Pas de quoi le décourager.
En 2024, il tentera de revenir à la charge, alors que la chaîne n’est pas à vendre, affirmant être capable de s’aligner sur une offre à un milliard, aidé par un fonds qatari.
Sa signature d’email indique désormais qu’il fait « plus d’un milliard de revenus ».