Quand Brice Pineau et Jean-Michel Dupiot unissent leurs forces en cet été 1989, le mur de Berlin est encore debout et l'internet grand public n'existe pas. Le premier, diplômé de l'ESSEC, a déjà un parcours significatif dans le secteur financier avant de créer en 1987 sa propre structure, BMC-ITD, spécialisée dans les logiciels de simulation pour le monde financier. De son côté, Jean-Michel Dupiot s'était spécialisé dans les solutions de simulation pour l'assurance, notamment dans les domaines de la retraite et de la prévoyance.
Ces deux pionniers partagent une intuition commune : l'informatique va révolutionner le conseil patrimonial. Leur rencontre débouche sur la création d'Harvest en août 1989 qui va concevoir des logiciels offrant une vision à 360° inédite aux CGP1. Le premier, sobrement baptisé Big, fait sensation grâce à sa capacité à intégrer simultanément l'analyse fiscale, sociale, financière et patrimoniale. Un autre produit, précurseur de ClickImpôts, transforme en quelques clics l'angoissante déclaration de revenus.
La complexité et la constante évolution de la réglementation française, loin d'être un obstacle, deviennent un avantage concurrentiel pour Harvest, dont les logiciels permettent de naviguer dans ce dédale normatif. Banques et assureurs commencent à s'équiper de ces solutions avant-gardistes, reconnaissant leur valeur ajoutée dans un secteur en pleine mutation. Harvest pose ainsi les bases de son ADN : l'innovation au service de l'expertise patrimoniale.
Le nouveau millénaire marque un tournant. Alors que la bulle internet éclate et que de nombreuses start-up disparaissent, Harvest, solidement ancré dans son métier, accélère sa croissance. La solidité de son modèle économique, basé sur des revenus récurrents et une expertise métier difficilement réplicable, lui permet de traverser cette période tumultueuse sans encombre. La société enrichit constamment son offre et fidélise une clientèle de plus en plus large, notamment parmi les grands comptes bancaires et assurantiels qui équipent l'ensemble de leurs réseaux commerciaux.
Cette réussite discrète mais solide conduit à une étape décisive : en juin 2005, Harvest s'introduit sur l’Alternext2 marquant l'entrée d'investisseurs institutionnels comme NextStage AM, valorisant l’entreprise autour de 12M€. Ce choix stratégique reflète la volonté des fondateurs de donner à leur entreprise les moyens d'une nouvelle phase de développement tout en préservant leur indépendance. Harvest restera cotée jusqu'en 2019, année où Five Arrows organisera son retrait de la cote pour préparer une nouvelle étape stratégique,
Grâce à ces appuis, Harvest entame sa stratégie d'acquisitions pour compléter son savoir-faire. Fin 2005, c'est Quantix Finances qui rejoint le groupe, apportant son expertise en analyse financière et permettant d'élargir la palette d'outils d'aide à la décision. Deux ans plus tard, O2S est absorbée, enrichissant Harvest d'une solution de gestion et CRM3 pour les CGP. Cette acquisition s'avérera déterminante, ajoutant une brique essentielle à l'écosystème logiciel d'Harvest : la capacité à gérer la relation client dans sa globalité, au-delà des seuls aspects techniques de la gestion de patrimoine.
Dans les bureaux désormais plus spacieux de la société, l'innovation est frénétique. Les équipes de développement, renforcées par l'apport de nouveaux talents, travaillent à l'enrichissement continu des solutions existantes et à l'exploration de nouvelles voies. ClickImpôts s'impose comme le logiciel de référence pour la déclaration et l'optimisation fiscale des revenus, séduisant tant les professionnels que le grand public par sa simplicité d'utilisation et sa fiabilité. Big connaît des mises à jour majeures pour suivre l'évolution de la réglementation, affirmant sa position de solution incontournable pour l'analyse patrimoniale globale.
À la veille des années 2010, Harvest s'est imposé comme un acteur incontournable du logiciel financier en France, avec une croissance constante de son chiffre d'affaires et une base installée de plusieurs milliers de clients professionnels. Son modèle économique, basé sur des licences et de la maintenance récurrente, lui assure une visibilité financière appréciable dans un secteur technologique souvent volatil.
Le début de la décennie 2010 voit Harvest poursuivre sa stratégie d'élargissement. En 2012, c'est ISSOS qui rejoint la famille, apportant ses outils d'aide à la vente pour les réseaux bancaires et assurantiels. Cette acquisition stratégique permet à Harvest d'ajouter de nouvelles fonctionnalités destinées aux forces commerciales, simulateurs de crédits, d'épargne salariale, complétant ainsi l'écosystème logiciel du groupe.
Parallèlement, les produits historiques gagnent en profondeur : Big et O2S deviennent des plateformes complètes couvrant l'ensemble de la chaîne de conseil patrimonial, de la simulation retraite à l'allocation d'actifs. Le groupe anticipe aussi la révolution digitale qui bouleverse le secteur financier.
En 2017, Harvest franchit une nouvelle frontière en lançant MoneyPitch, plateforme numérique collaborative entre les conseillers patrimoniaux et leurs clients. Cette innovation arrive à point nommé, alors que la numérisation des services financiers s'accélère et que de nouvelles générations de clients exigent davantage d'autonomie et de transparence.
Ce qui singularise alors Harvest sur le marché, c'est sa capacité à séduire deux segments de clientèle complémentaires : d'un côté les CGP, segment sur lequel l'entreprise acquiert une position dominante avec plus de 3’000 cabinets clients ; de l'autre, les grands comptes institutionnels comme BPCE, Crédit Agricole, AXA ou BNP Paribas, qui constituent l'épine dorsale de ses revenus récurrents.
Le double positionnement d'Harvest constitue sa force, avec une compréhension fine des besoins tant des CGP indépendants que des directeurs des systèmes d'information des grandes banques parisiennes.
À l'aube de 2019, la petite start-up de 1989 est devenue une ETI florissante : plus de 4’000 clients professionnels utilisent ses solutions, son chiffre d'affaires avoisine 32M€ et près de 300 collaborateurs contribuent à son succès. Trois décennies après sa création, Harvest se prépare à un nouveau chapitre de son histoire, avec une position dominante sur plusieurs segments du marché français.
Fin 2018, une page importante de l'histoire d'Harvest se tourne. Les fondateurs Brice Pineau et Jean-Michel Dupiot cèdent une participation majoritaire de 58,3% du capital et 70,1% des droits de vote à Five Arrows Principal Investments, filiale de Rothschild & Co. L'opération se concrétise début 2019 et Five Arrows dépose ensuite un projet d'OPAS4 auprès de l'AMF, suivi d'un retrait. Cette transaction valorise la société à environ 121M€ et les deux cofondateurs conservent une participation minoritaire pour accompagner la transition. Avec le temps, Five Arrows montera à 62,5%, tandis que les deux fondateurs garderont 9,8% chacun.
Le retrait de la cote marque symboliquement la fin d'une ère. Mais ce take private ouvre aussi de nouvelles perspectives, libérant l'entreprise des contraintes de reporting trimestriel et lui permettant de se concentrer sur des investissements à plus long terme.
Un tournant encore plus significatif s'opère en septembre 2020 avec l'arrivée de Virginie Fauvel comme directrice générale. Ingénieure des Mines de Nancy, cette experte en fintech a occupé des postes de direction chez Cetelem, BNP Paribas (ou elle a lancé HelloBank) et Allianz avant de rejoindre Harvest.
Elle lance rapidement un plan ambitieux visant à faire d'Harvest un champion européen de la wealthtech. Ce plan stratégique repose sur plusieurs piliers : accélération de l'innovation produit, croissance externe ciblée, internationalisation et transformation de l'organisation interne pour gagner en agilité.
La gouvernance se structure autour d'un directoire renouvelé, tandis que Brice Pineau assume un rôle de président du conseil de surveillance, assurant ainsi une transition en douceur.
Harvest entame alors une phase d'expansion accélérée par acquisitions. Plus qu'une simple croissance externe, la société déploie un modèle d'intégration rodé, permettant d'absorber les nouvelles entités tout en préservant leur dynamique et leurs talents.
En décembre 2020, c'est Fidroit, spécialiste de la formation et du conseil en gestion de patrimoine, qui rejoint le groupe, apportant une expertise pédagogique et des contenus patrimoniaux à forte valeur ajoutée. Six mois plus tard, en juin 2021, Harvest absorbe Quantalys, fintech dans les données financières et l'analyse de portefeuilles. Cette acquisition permet d'élargir l'offre aux outils de construction de portefeuille et ouvre les portes de marchés limitrophes comme l'Italie, le Luxembourg, la Belgique et la Suisse.
En mars 2023, c'est au tour de Feefty, jeune pousse spécialisée dans les produits structurés, de rejoindre le groupe. Harvest complète ainsi sa palette d'outils avec une brique dédiée à la conception et au suivi de produits structurés, un segment en forte croissance auprès des banques privées et family offices. Puis à l'automne 2023 c’est Manymore, principal concurrent historique d'Harvest sur le marché français, qui est absorbé.
Grâce à cette stratégie agressive de croissance externe, le groupe double de taille en cinq ans. De 300 collaborateurs en 2018, Harvest passe à environ 500 répartis sur plusieurs sites en France et en Italie.
Les résultats financiers suivent la même croissance. L’ARR5 atteint 65M€ en 2023, avec une croissance annuelle moyenne de 20% depuis l'entrée majoritaire de Five Arrows.
Résultats consolidés du groupe 2021-2023, avec focus sur le marché français.
Les marchés étrangers sont clairement anecdotiques dans les résultats.
Focus sur les résultats de Harvest France
Focus sur les résultats de Quantalys
Plus remarquable encore, Harvest a multiplié par trois son marché total adressable entre 2018 et 2023, passant de 1,5G€ à 4,3G€. Cette expansion fulgurante s'explique par l'élargissement de son offre, mais aussi par sa capacité à séduire de nouveaux types de clients : aux conseillers en gestion de patrimoine historiques s'ajoutent désormais assureurs, banques privées, banques de détail et gestionnaires d'actifs. Une dynamique renforcée par la SaaS-isation rapide du secteur.
La plateforme technologique d'Harvest, initialement centrée sur le CRM et la planification patrimoniale, s'est métamorphosée en un écosystème complet couvrant l'intégralité du parcours client: de la gestion des relations, à la distribution de produits financiers, en passant par l'analyse de données et les outils réglementaires.
Ce qui, en 2024, se matérialise par une position clairement dominante d’Harvest sur ses différents marchés en France, mais aussi en Europe :
Trente-cinq ans après sa naissance, la position d’Harvest est désormais incontestable : environ 3’600 CGP en France (39% de ses revenus), une présence dans la quasi-totalité des grandes institutions financières françaises, et un portefeuille de clients sans équivalent chez la concurrence. Ses dix plus grands clients, parmi lesquels figurent des géants comme BPCE, Crédit Agricole, AXA, BNP Paribas et la Caisse des Dépôts, représentent à eux seuls 40% de ses revenus annuels, témoignant de la confiance accordée par les plus grands noms de la finance française.
Face à ce mastodonte, la concurrence peine à exister : Hokus Platform, son principal rival, ne compte qu'une poignée de clients significatifs (6 à 8), quand Harvest en dénombre des milliers. Cette position dominante n'est pas synonyme de marchés saturés pour autant. Avec seulement 20% du marché potentiel externalisé, Harvest dispose encore d'une marge de croissance additionnelle estimée à 50M€ sur son cœur de métier. Le potentiel de croissance organique reste considérable, car de nombreuses institutions financières gèrent encore leurs processus patrimoniaux avec des outils internes obsolètes ou des solutions disparates, alors que la tendance à l'externalisation et à la digitalisation ne fait que s'accélérer.
Quant à l’Europe, c’est plus de 4 500 clients diversifiés (CGP, banques privées, assureurs...) et un ARR, certes modeste, mais qui affiche x4 en dix ans,
Le groupe a su également anticiper les grandes tendances de son secteur : l'essor de l'intelligence artificielle dans l'analyse financière, la demande croissante de solutions ESG6, les nouveaux cadres réglementaires comme MiFID II7 ou DDA8, et l'évolution des comportements clients vers plus d'autonomie et de transparence.
De quoi permettre à Five Arrows de faire un bien bel exit.