Si la branche des Guerrand est animée, on peut pas vraiment dire que celle des Puech est plus calme. Parce qu’elle a failli faire vacillé l’empire discret y’a bientôt 15 ans à cause de Bernard Arnault, et d’une autre histoire de famille.
À l’époque, LVMH est en plein emplette. Alors qu’il rachète Hublot, Bulgari, Berluti ou Lora Piana, Arnault tente pendant 4 ans de s’emparer d’Hermès et monte jusqu’à 23,2%.
Mais en 2014 Axel Dumas fait plier son concurrent et LVMH finit par distribuer ses actions Hermès à ses actionnaires, Arnault restant actionnaire à 8,5% via sa holding familiale.
Reste quand même une sacrée question : comment notre Nanard national a t’il pu pécho des actions Hermès, alors que la quasi-totalité est plantée dans la holding familiale en commandite façon Lagardère ou Mulliez ?
La réponse est dans un rapport de 115 pages de l’AMF. Parce que pendant près de 4 ans, le régulateur a finit par enquêter sur ce sacré bordel.
Parce que si je suis passé un peu vite sur l’historique, l’histoire commence en octobre 2010 quand Bernard annonce détenir 17% d’Hermès. C’est la stupeur partout dans la famille. Qui a pu vendre ses titres ? Et surtout comment est-ce possible de le faire discrètement, alors que les statuts de la société imposent que chaque mouvement d’au moins 0,5% des titres soit public ?
En réalité l’histoire a commencé dix ans plutôt.
Alors que LVMH est en train de finaliser son litige avec PPR (futur Kering) en cédant ses 20% dans Gucci Group (Gucci, Yves Saint Laurent, Balencengia, Bottega Veneta, Brino, Boucheron, Sergio Rossi, Sowind), la société acquiert en scred et en toute opacité 4,9% d’Hermès.
Deux sociétés (contrôlées par l’intermédiaire d’Harmony Capital, société hongkongaise, via LVMH Asia Pacific) basées au Luxembourg (Hanibal) et dans le Delaware (Alaïr), achètent respectivement 271’428 et 1’495’333 actions. Puis Altaïr cède les titres à Bratton Direction, Ashburry Finances et Ivelford Business, trois sociétés situées… au Panama.
Une bien étrange opération planquée dans les comptes de LVHM dans la rubrique « autres actifs non courants », « en contravention avec les normes internationales » selon l’AMF.
Quand Bernard apprend en 2006 que Jean-Louis Dumas est très malade, il mandate Rothschild et Bredin-Prat pour étudier tous les moyens possibles pour prendre le contrôle d’Hermès.
Tous.
C’est le bras droit d’Arnault, Pierre Godé, qui est responsable l’opération. Celui qui avait conseillé à Arnault de racheter Boussac, alors propriétaire de Christian Dior. Celui qui a mis à dispo sa grande maison dans le sud de la France pour le mariage de Bernard avec Hélène Mercier.
À ses côtés, Nicolas Bazire, ex-associé de Rothschild, à la fois administrateur de LVMH et membre du CS de Rothschild, mais aussi dirigeant du Groupe Arnault (futur Agache), la fameuse holding.
Et pour informer la bande, Bernard Squarcini, l’ancien directeur central du renseignement intérieur recyclé dans la sécurité privée, dont il n’a jamais été clair s’il avait commencé à travailler pour LVHM avant ou après son départ d’institution.
Des mémos sont produits dans la plus grande discrétion. Hermès y est nommé par le nom latin du message des dieux, Mercure. LVMH y est nommé Lithium, un métal alcalin léger, situé à l’opposé du mercure sur le tableau périodique des éléments.
Et Rotschild de conclure :
« Il suffit que la famille se délite et si vous trouvez une famille partenaire, alors les équilibres structurels seront modifiés. »
La fine équipe part à la chasse aux héritiers.
Pour se faire, Squarcini est un sacré atout. Il fait jouer ses relations pour débusquer ceux qui sont en situation fiscale délicate, pourraient avoir des divorces houleux Et plus largement tout ceux qui se foutent de savoir qui va diriger un groupe créé 5 ou 6 générations avant eux.
Forcément, les Guerrand sont ciblés en priorité. La réputation.
Quand Arnault déclare la guerre en 2010, les héritiers Hermès, sous l’impulsion de Bertrand Puech, créent H51 fin 2011 : le fameux groupe familial tout en haut de la gouvernance.
C’est Bertrand qui avait reçu l’appel d’Arnault un samedi matin, deux jours avant l’annonce officielle. Nanard aurait alors déclaré :
« Je me réjouis que nous puissions être désormais associés. »
Bertrand est sous le choc.
Les deux parties sont réunies peu après à l’Hotel Bristol, histoire de pas changer trop de rue. Et c’est le choc des civilisations. « Nous ne sommes pas du même monde » gronde Bertrand Puech qui découvre qu’Arnault achetait des actions depuis plusieurs années.9
Plusieurs dizaines de millions d’actions sont regroupées dans H51, représentant alors 50,2% du capital. Julie Guerrand, directrice du développement d’Hermès est nommée présidente. Axel Dumas, Bertrand Puech, Axel Dumas, Laurent Momméja, Charles-Eric Bauer et Eric de Seynes seront au CA.
L’idée c’est que chaque année, un tiers des dividendes versés par Hermès servent à racheter des actions détenus par divers membres de la famille. L’AMF autorise même à ce qu’il n’y ait pas d’offre publique, pourtant obligatoire. Les petits actionnaires protestent en vain.
Mais ça ne rassure pas la famille qui se sait traquée. Plusieurs membres remarquent qu’ils sont pris en photo ou suivi. Au point que n’importe quel signal, même sans importance, déclenchent des crises de paniques.
C’est d’ailleurs, en partie, ce qui coutera la place de Patrick Thomas, à qui Jean-Louis Dumas avait dit, quasiment sur son lit de mort :
« Tout ce que j’ai bâti en trente ans, vous allez le détruire. »
Reste à espérer que H51 fonctionne. D’autant que le pacte d’associé est très restrictif pour la cinquantaine d’actionnaires :
En décembre 2011, une flopée d’avocats vient expliquer tout ça à base de PowerPoint et de traiteur de luxe. Au final ce sont 62,85% des parts, dont 80% bloquées. 8mds€ au cours de l’époque.
Mais au fait, pourquoi H51 ?
H pour Hermès.
Et 51 comme les 52 héritiers d’alors.
Oui, 52.
Parce qu’il reste un irréductible gaulois qui refuse de coller son magot dans le pot commun.
Nicolas Puech.
Le frère de Bernard.
(Puech, pas Arnault)