💥 Zero Bullshit
Chapitre 01

Miroirs et lignées

Héritage sous scellés

L’histoire de Laurent Villa s’écrit entre la Corse et Nice, où il naît le 1ᵉʳ avril 1971, au cœur d’une ville déjà sous emprise : celle de Jacques Médecin. Son père, Gabriel Villa, est un cadre-clé du système municipal. Dès les années 1980, Gabriel évolue dans l’orbite directe du maire, occupant tour à tour les fonctions de directeur de la communication, gérant de la SEGAT, responsable local de NRJ, et en 1984, il est nommé directeur de la promotion de la ville de Nice, un poste stratégique, au croisement de la communication, de l’événementiel et de l’attribution de subventions publiques.

Le 12 juin 1981, la municipalité lance Radio Baie des Anges. Officiellement radio libre, elle est en réalité une plateforme de propagande municipale : financée à 100 % par la mairie, équipée par la SEREL (fournisseur en voirie très lié à Médecin), gérée par des proches, et animée par des journalistes devenus, pour certains, élus ou notables locaux. Gabriel Villa est dans la boucle. Il supervise l’image, le discours, les relais, tout en pilotant les liens entre les médias, les prestataires, les imprimeurs et les services techniques.

Mais l’édifice repose sur un équilibre fragile. En 1993, Villa est condamné pour faux, usage de faux et recel d’abus de biens sociaux. Il est impliqué dans une affaire de fausses factures : notamment une de 126K F, pour un ouvrage à la gloire de Médecin, imprimé par Imprimix, jamais comptabilisé, mais bien encaissé. La justice établit que Gabriel Villa a perçu personnellement une partie des sommes, sans contrepartie réelle. Il est condamné à de la prison avec sursis et une amende, dans l’un des nombreux volets de l’affaire Médecin.

Mais jusqu’au bout, il tente de maintenir le système à flot. En octobre 1993, alors que le maire Bailet, successeur de Médecin, est sur le point de démissionner, Villa prend l’avion pour Paris, pour essayer de le faire changer d’avis. Une ultime tentative pour garder la main. Peine perdue. Le RPR a déjà verrouillé la succession. La lettre de démission est entre les mains du préfet. Et Villa, épuisé, sort définitivement du jeu.

Dobble shot

C’est donc dans cet environnement, qu’il n’a pas choisi et dont il n’est pas responsable, que grandit Laurent Villa. Très tôt intéressé par l’entrepreneuriat, il crée plusieurs sociétés, dont une avec son frère, Boomerang Voyages, qu’il dit avoir vendue à LastMinute.com. Selon une personne qui avait vu passer le dossier lors de la cession par LastMinute à Directours, c’était une entreprise qui avait, à l’époque, changé 5 fois de mains en moins de 10 ans. Et selon des informations que j’ai pu recouper, la transaction aurait eu lieu début 2004, et c’est Travelocity (j’avoue, le nom est rigolo) qui a racheté VFinances, groupe qui opérait Boomerang. Or, LastMinute a bien été racheté par Travelocity pour 577M£, mais c’était un an plus tard. Et LastMinute ne gardera qu’un an le tour-opérateur.

Suite à ça, Villa entre chez Play Factory. Au milieu des années 2000, l’entreprise édite quelques jeux et magazines, sur des cartes Magic ou Yu-Gi-Oh!. Villa connaît bien le patron : ils sont tous les deux corses, et ont des liens familiaux.

En 2007, Villa veut diversifier les activités, et lance son premier restaurant, Spirit Of House. Les plans sont faits, les travaux débutent, mais ce n’est pas concluant… alors tout est refait. Au total, 700K€ ont été dépensés, argent qui aurait été mis en CCA, non par Villa mais par son associé, qui m’en témoigne. Ce qui n’a été démontré par aucun jugement par la suite, cependant.

Dans le même temps, Villa est en charge de Play Distribution, qui vend les jeux de Factory dans un magasin à Paris. Là encore, le trou est abyssal, du même ordre que dans l’autre société.

Un peu avant 2010, les associés de Play cherchent à faire sortir Villa alors qu’ils s’apprêtent à sortir le jeu Dobble. Mais malgré le départ de Villa, les entreprises vont mal et sont placées en redressement judiciaire en 2013. Factory s’en remettra. Mais pas Distribution, qui sera finalement liquidée en mars 2015. Mais quelques mois auparavant, le tribunal prononce une interdiction de gérer une entreprise pour Laurent Villa de 7 ans, soit jusqu’à fin 2022, devant les fautes de gestion constatées.

Annonce du BODACC relative à Play Distribution.

Le tribunal1 lui reproche principalement de ne pas avoir déclaré la cessation des paiements dans le délai légal de 45 jours, laissant l'entreprise agoniser pendant 18 mois et aggravant le passif de 97K€. Alors même que l’entreprise n’aurait plus d’activité de 2012, et que la liquidation, débutée en juillet 2013, faisant suite aux dettes salariales impayées de 2 employés.

Plus grave encore, aucune comptabilité n’a été produite et Villa n’a transmis aucun document au mandataire liquidateur, pas même la liste des créanciers. Face à un passif total de 667K€, dont 102K€ de dettes fiscales, et une insuffisance d’actif totale, le tribunal constate que Villa s’est complètement désintéressé de la procédure, ne se présentant même pas à l’audience pour s’expliquer. Cette « méconnaissance coupable des obligations qui s’imposent à un chef d’entreprise » lui vaut donc l’interdiction de gérer.

Laurent Villa conteste cette version et dit avoir été victime d’une escroquerie. C’est également ce que ses avocats affirment dans leur assignation contre Zero Bullshit en juin dernier.

« Cette interdiction de gérer n’a pas duré 7 ans puisqu’elle a été levée par ce même tribunal, à l’initiative du Parquet lui-même, après que Monsieur Villa a réussi à prouver qu’il était en réalité la victime d’une escroquerie. »

Effectivement, début 2017, Laurent Villa conteste la condamnation, affirmant qu’il n’avait jamais reçu de convocation et qu’il aurait démissionné en septembre 2012, un peu avant que Play Distribution soit cédée. Le tribunal2 ne reconnaît pas la démission parce qu’elle est envoyée en courrier simple par Evolution Web, propriétaire de Play Distribution, à… Play Distribution. Donc à lui-même.

Laurent Villa aurait en réalité démissionné en septembre 2012, donc avant tous les problèmes qui lui ont été reprochés, et c’est pour cette raison qu’il n’a appris… qu’en 2016 qu’il avait été condamné, faute d’avoir reçu les convocations et le jugement.

Mais Villa ne renonce pas. Changeant de stratégie, il dépose en août 2017 une demande de relevé de déchéance. Cette fois, plutôt que de nier sa responsabilité, il plaide les circonstances atténuantes. Il produit des attestations d’experts-comptables vantant sa « rigueur de gestionnaire », fait témoigner des associés sur sa probité, et surtout révèle un élément crucial : le passif de 667K€ incluait une provision de 500K€ pour un litige qui s’est finalement révélé sans objet. Le passif réel n’était donc que de 167K€.

En novembre 2017, malgré l'avis défavorable du Procureur3 (contrairement à ce que disent ses avocats dans leur assignation), qui rappelle la non-présentation de la comptabilité et le manque de coopération, le tribunal se laisse convaincre et lève l'interdiction de gérer. Villa reste néanmoins juridiquement coupable des fautes de gestion : le tribunal a simplement estimé que la sanction n'était plus proportionnée aux faits réels.

Cela dit, et comme je l’ai affirmé dans la newsletter visée par l’assignation, Laurent Villa a bien créé des sociétés durant la période, entre 2014 et 2017. Comme par exemple Villa D’Ailleurs (alors gérée par Chloé Albertini), ou sa société au Luxembourg Group Clav (pays où il n’était pas concerné par une sanction) :

Statuts de Villa d’Ailleurs.