💥 Zero Bullshit
Chapitre 06

Snap back to reality

À partir de 2023, les courriers et autres démarches amiables se transforment en recours juridiques. Le collectif issu de SquareStones obtient une décision en référé en octobre 2023. RX Venture, après avoir tenté quelques points de procédure, explique que les OCA ne seraient encore ni remboursables ni convertibles, et qu’elles ne sont donc pas en retard. Mais le juge condamne RX Venture, aux dépens, à rembourser sans délai 3,7M€.

RX Venture fait appel de la condamnation, espérant contester l’obligation de payer. Mais les créanciers court-circuitent cette stratégie en invoquant l’article 524 du Code de procédure civile : pas de bras, pas de chocolat.

La cour d’appel d’Aix-en-Provence leur donne raison en juin 2024 et refuse même d’examiner les arguments de RX Venture, disant que tant que la somme n’est pas payée, elle ne veut pas entendre l’appel. L’appel est radié, autrement dit supprimé avant même d’être jugé.

Le pool tente même de faire liquider de force l’entreprise, mais la justice refuse puisque la dette est toujours contestée par RX Venture : il faudra attendre un jugement au fond(s).

Reste que, grâce à un titre exécutoire, les créanciers tentent de saisir directement sur les comptes. Sauf qu’il n’y a plus rien :

  • 8€ chez Qonto ;
  • -1’206€ à la Société Générale.

RX Industries est immédiatement déclarée en cessation de paiement, avec 1,5M€ de passif… et 0 € d’actif. On apprend alors que le chiffre d’affaires 2023 était de 282K€. Pareil pour RX Retail : 382K€ de passif, 0 € d’actif, CA 2023 de 139K€.

Puis la majorité des sociétés d’exploitation vont y passer, comme Tribeca Cap 3000 (novembre 2023), qui laisse 2,4M€ de dettes pour 0 € d’actif, suite à l’assignation en redressement judiciaire… d’un salarié qui n’était plus payé. Ou BeefHouse Toulon, qui plante ses 25 salariés avec 2M€ de passif et seulement 11K€ de liquidité.

Il n’a pas été possible de définir clairement l’état exact des passifs, celui des sociétés étant mêlés avec ceux des groupes, où apparaissent (parfois) ceux des investisseurs mélangés avec des loyers. On a minima on obtient :

Qui attend son argent

  • Et plusieurs millions pour les sociétés d’exploitations en charges sociétés, salaires impayés, fournisseurs etc.

Soit probablement 20 à 30M€ au total.

À plusieurs reprises, Laurent Villa m’a expliqué qu’il contestait certaines de ses créances :

  • Celles d’Olivier Tugaut, son ex-associé ;
  • Celles du pool suisse, qu’il a assigné pour 76M€ suite à l’annulation des tranches 2 et 3 ;
  • Celles d’Altarea, dont il conteste le bien-fondé puisque, selon lui, il n’a pas à payer un loyer alors que les centres commerciaux étaient fermés pendant le Covid, qu’il a assignée pour résiliation abusive du bail pour 2,4M€ ;
  • Celles de certaines banques.

Pour autant, il explique également vouloir trouver un protocole pour rembourser les créanciers du crowdfunding, mais que les plateformes l’empêchent de leur parler directement. Parce qu’effectivement, comme je l’expliquais dans la newsletter pour laquelle Villa m’a assigné, les plateformes gardent jalousement le contact avec les investisseurs puisqu’elles sont représentantes de la masse obligataire, et donc en charge du contentieux, alors qu’elles sont initialement payées par le financé. Ce qui est un évident conflit d’intérêts, dont on voit désormais chaque semaine, dans d’autres dossiers, pourquoi c’est problématique.

Ce remboursement inclurait les 6M€ d’obligations de particuliers de BHI, Raizers et Tudigo, soit approximativement 10M€. Mais alors, avec quel argent, puisque toutes les sociétés qu’on vient de citer sont vides, et que son patrimoine personnel ne permet visiblement pas de trouver une telle somme ?

Eh bien, par deux sacrées hypothèses :

  • Une partie grâce aux procès qu’il compte bien gagner, contre Altarea (afin, selon lui, d’ouvrir véritablement le Tribeca Montparnasse) et le pool SquareStones ;
  • L’autre grâce à la revente de la Casa Isula en Corse qu’il estime à 19M€, pour laquelle il aurait 8M€ de dettes et 3,2M€ à récupérer auprès de l’État, en TVA et crédit d’impôts.

Si la première est sacrément incertaine, compte tenu des éléments précédemment expliqués et du caractère aléatoire de toute procédure judiciaire, la deuxième sera très longuement abordée dans le second épisode sur la partie immobilière. Et elle n’est guère plus certaine.

D’autant qu’à la vue des éléments passés, plusieurs procédures ont été lancées. Fin 2024, les actionnaires SquareStones déposent une plainte avec constitution de partie civile, et une autre au pénal, contre Laurent Villa et ses sociétés, parce qu’ils n’ont jamais été remboursés et qu’ils pensent que les fonds ont été utilisés à d’autres fins que l’usine de RX Industries et le restaurant Tribeca Montparnasse. Leur objectif est clair : rendre Laurent Villa personnellement responsable et obtenir une extension de passif, afin de se faire rembourser plus largement que sur les sociétés où il ne reste plus rien.

Laurent Villa accuse ouvertement les investisseurs de SquareStones de vouloir s’emparer de sa société à moindre coût, affirmant qu’il s’agit d’investissements qualifiés qui savaient ce qu’ils faisaient et avaient fait tous les audits nécessaires.

Rien que sur le 2ᵉ semestre 2025, au moins trois jugements sont attendus dans des procédures initiées par ou contre Laurent Villa, rien que dans l’affaire du pool suisse.

Du côté de Tudigo, après une médiation entre avril et octobre 2024, une procédure a été initiée, jointe avec le volet immobilier, et la plateforme a annoncé avoir déposé une plainte contre Laurent Villa et un signalement auprès de l’AMF. Sollicitée, Tudigo affirme que les contentieux ont « déjà donné lieu à des condamnations judiciaires ». Et de préciser :

« Comme dans tout cas de fraude complexe, les agissements ont été masqués par des moyens sophistiqués, incluant de faux documents, indétectables ex ante malgré des diligences renforcées. »

Effectivement, le 8 juillet dernier, les sociétés de Laurent Villa ont été condamnées à neuf reprises par Tudigo, à l’issue d’une audience à laquelle elles ne se sont pas présentées :

  • RX Venture, 5 fois, pour 3,8M€20, au bénéfice de Tudigo, a priori sur la partie restauration, et probablement en garantie de l’immobilier ;
  • Be@Liv21, 4 fois, pour 3,5M€, au bénéfice de Tudigo Immobilier.

Soit 7,4M€.

Quant à Raizers, la plateforme a demandé à un juge, en janvier 2025, de pouvoir procéder à des saisies sur les deux cautions, Villa et Albertini, et affirme vouloir activer… sa GAPD sur Group Clav. Dont on peut bien se demander pourquoi la GAPD arrive plus de deux ans après l’impayé, et comment la plateforme espère récupérer le moindre euro sur une coquille vide en RJ.

Pour sa défense, Laurent Villa évoque le rapport Talon, du nom de François Talon, l’expert-comptable mandaté par le tribunal de commerce de Cannes pour auditer le groupe en décembre 2023, et remis en septembre 2024. Selon lui, ce rapport n’aurait pas montré la moindre malversation, et au contraire prouverait la bonne gestion et la tenue de ses comptes, sur 386 pages.

Quand je lui demande s’il est possible de le lire, il me dit d’abord que c’est « une chienlit à lire », qu’il faut « demander à [ses] avocats », mais qu’il me fournira une synthèse faite par un avocat.

Sauf que la synthèse que je reçois… elle est signée de Laurent Villa.

« Merci donc d’informer vos lecteurs des éléments du rapport Talon. Si vous ne le faites pas cela confirmera votre volonté de me nuire personnellement en réponse à mon assignation en diffamation contre vous. »

Puisque c’était notre accord pour qu’il accepte de me parler, en voici les extraits les plus significatifs22 :

«  Jamais mon groupe a été redressé. Cette stratégie financière et juridique lui a permis de tenir face aux difficultés de marché. […]

Ce rapport d’expertise met en avant de très nombreux points importants […] :

Ma gestion n’est pas à remettre en cause […]

Jamais il n’y a eu quelconque enrichissement personnel de ma part […]

En aucun cas les PGE ont été détournés […]

[…] La CECAZ elle a bien profité de l’attribution des PGE pour se rembourser ses lignes court terme […]

[Je veux] au travers Rx Venture [rembourser] les prêts […] Tudigo [et ceux faits] et au travers d’autres intermédiaires, sur l’ensemble du périmètre juridique du Groupe Be@Liv et du Groupe Clav et BHI.  »