Après avoir emprunté auprès de diverses banques et contacté des fonds, Laurent Villa se tourne en octobre 2020 vers le crowdfunding. L’opération à 2M€ lancée sur Raizers vise à financer l’ouverture d’un restaurant Tribeca à Paris, dans la gare Montparnasse. Une société, TMP, est créée quelques jours plus tôt, détenue par Clav.
Il s’agit du premier restaurant parisien de Villa « avec Altarea, [qu’ils ont] hameçonné grâce au succès du Tribeca de Cap 3000 ». Avec est un bien grand mot. Villa s’engage sur un bail à 600K€ HT/an : on est loin de la joint-venture. Mais bon, c’est le jeu de la communication.
Le financement sur Raizers, sur 60 mois à 7 %, lui permet un remboursement par tranches de 25% dès la 2ᵉ année, contre sa caution personnelle et celle de sa compagne, une GAPD sur Clav, ainsi que le nantissement d’un fonds de commerce… qui n’existe pas encore. Ce projet aurait un budget de 4,7M€, dont 500K€ de BFR et 4,2M€ pour les travaux, selon les documents consultés :
Sauf que Raizers ne lève finalement que 2M€, soit le minimum pour boucler le projet.
Un peu avant de signer la levée, en mars 2021, Laurent Villa annonce dans la Tribune Côte d’Azur une levée de 4,5M€ pour développer RX, notamment sur la partie industrie et Tribeca8 dont je n’ai plus trouvé aucune trace.
Mais quelques mois plus tard, en novembre 2021, Laurent Villa lève 15M€ pour RX Venture, par l’intermédiaire de SquareStones, qui regroupe 7 investisseurs suisses afin de financer deux projets distincts :
Affectation de l’emprunt obligataire souscrit par le pool SquareStones.
En réalité, il s’agit d’un financement de 15M€ en trois tranches.
Si l’opération prévoyait trois tranches de 5M€, il ne reçoit finalement que 3,4M€ pour commencer.
Puis, l’année suivante en 2022, Laurent Villa apparaît une dizaine de fois sur Tudigo, pour des projets immobiliers (qui feront l’objet d’une future newsletter dédiée), et trois fois pour le financement de restaurants Tribeca.
Le problème, c’est qu’en 2025, l’intégralité de ces restaurants a fermé :
Interrogé, Laurent Villa explique tour à tour que c’est à cause du Covid, des investisseurs, des banques, de ses ex-associés ou de ses bailleurs. Mais les dates ne collent pas vraiment.
Parce qu’en octobre 2020, quand il arrive sur Raizers, cela fait des mois que le Covid est installé. Quand il lève via SquareStones, le dernier confinement est terminé depuis 6 mois. Et quand il se finance sur Tudigo, on est déjà fin 2022…
La réalité semble plus prosaïque : en plus des problèmes déjà évoqués, le groupe était déjà en difficulté.
Le premier point qui interpelle sur le financement de ce projet, c’est que les trois emprunteurs sont différents :
EDIT 05/08/2025 9H30 : un document parvenu après publication montre qu’à fin 2022, TMP est détenu à 70% par RX Venture.
Mais il y a deux autres détails qui attirent mon attention sur le contrat entre TMP et Raizers9.
Extrait du contrat entre TMP et Raizers.
Comme dirait France : « C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. »
Voici ce bail présenté par Laurent Villa à Raizers, signé par Frédéric Laloum d’Altarea :
Le bail présenté à Raizers.
Mais ce n’est pas le vrai bail.
Laurent Villa a donné un faux : il a en réalité signé un bail précaire de 3 ans, le 31 juillet 2020.
Le bail réel, je l’ai obtenu, et j’ai pu en confirmer la véracité.
Le bail réellement signé.
Ce bail dérogatoire de 3 ans était assorti d’une side letter de Sorac, filiale d’Altarea, permettant une extension de 10 ans, dont 6 ans fermes, si le CA du restaurant atteignait 4,5M€ HT.
La side letter de Sorac.
Dès lors, le bail passait à 635K€ HT HC/an + 14 % du CA HT.
Ce n’est évidemment pas un détail, puisqu’il avait aussi fait tiquer le pool d’investisseurs suisses de SquareStones.
En off, un membre du groupe m’explique que « jamais » il n’aurait investi dans le projet s’il avait eu connaissance du bail. Parce que cela implique que le bail se terminait le 30 juillet 2023, et qu’il restait alors 19 mois à Laurent Villa pour finir les travaux, ouvrir et faire 4,5M€ de CA. Ce qui est clairement irréaliste.
Chez Tudigo, leurs analystes avaient bien reçu le bail précaire, à qui il restait, entre la levée fin 2022 et la fin du bail… moins d’un an. De fait, on est quand même en droit de se demander : comment un tel projet a-t-il pu être validé ?
Le bail précaire est signé
Trois ans, jusqu’à l’été 2023. Une side letter l’étend de 10 ans si le restaurant fait 4,5M€ de chiffre d’affaires.
Raizers : 2M€
Sur 60 mois. Le contrat présente un bail de 9 ans.
SquareStones : 15M€ signés
En trois tranches. Seuls 3,4M€ arrivent.
Premiers coupons impayés
Chez Raizers, novembre puis décembre.
Tudigo : 750K€
Pour des travaux jamais commencés, moins d’un an avant la fin du bail.
Sorac résilie le bail
En invoquant les 2,2M€ dus par trois autres restaurants.
Fin du bail précaire
Le restaurant n’a jamais ouvert.
Et visiblement, pour Laurent Villa, ce n’est pas un détail non plus. Il n’avait pas très envie que ça se sache. Puisqu’alors qu’il doit répondre à l’assignation des investisseurs SquareStones, il écrit :
[Eric] Agnetti, est l’avocat de Laurent Villa et de ses sociétés dans plusieurs affaires, notamment celles contre les investisseurs SquareStones - Fin 2023
Note : j’ai longtemps hésité à prendre le risque légal de publier cette image, puisque c’est une atteinte au secret des correspondances. Mais ces messages ne sont pas une communication avec un avocat, ne sont dans aucune instruction à ma connaissance, et sont évidemment d’intérêt général puisqu’ils permettent d’illustrer un mensonge qui a clairement nui à des investisseurs, dans le cadre d’un appel public à l’épargne..
En réalité, Sorac résilie le bail de TMP en mai 2023, invoquant les 2,2M€ dus par trois autres restaurants. Et on arrive ici sur un sujet (encore une fois) un peu technique.
Quand Laurent Villa signe le bail de Montparnasse, TMP n’existe pas encore. Le contrat stipule que Laurent Villa devait être associé et mandataire de la société à créer.
Le preneur du bail de Montparnasse.
Ce qu’Altarea conteste après coup, arguant que Villa n’est ni dirigeant ni actionnaire direct, mais bénéficiaire effectif à 85 % via Clav. De son côté, Villa argue que Sorac prend une décision sur la base d’impayés de sociétés distinctes, non liées juridiquement. Ce qui est vrai… ou pas.
Reste qu’il s’agit en réalité moins d’un problème de lien capitalistique que d’une confiance rompue entre un entrepreneur et un partenaire.