💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

Les sous-doués font du financement

Soap financier

Mais revenons un peu en arrière sur Tudigo, qui va financer trois restaurants de Laurent Villa au second semestre 2022 :

  • 500K€ pour Tribeca Marseille10, en juillet 2022
  • 500K€ pour Tribeca Toulon11, en septembre 2022
  • 750K€ pour le fameux Tribeca Montparnasse12, probablement autour d’octobre 2022

Pour Montparnasse, Villa annonce 675K€ de RX Retail en CCA, et offre une GAPD sur RX Green Venture.

La levée du Tribeca Montparnasse sur Tudigo.

Et le timing est quand même sacrément étrange : nous sommes en octobre 2022, et Laurent Villa cherche 750K€ pour financer des travaux à 1,4M€ (selon lui), censés être finis depuis 18 mois, pour un restaurant censé être ouvert plus d’un an avant, alors même que depuis deux ans, il n’a jamais eu accès à la coque.

Mieux : pour montrer à quel point le groupe est solide, une slide présente tous les restaurants. On peut bien se demander qui a validé de parler d’une ouverture « fin 2022 » pour un restaurant dont les travaux non commencés sont en financement en octobre 2022…

Présentation du groupe dans la documentation Tudigo.

Dans le même genre, Tudigo rassure ses investisseurs en expliquant que le groupe a déjà réalisé « 5 levées en obligations » pour 3,1M€, avec 0 retard et 0 défaut. A priori, cela fait référence à :

  • 325K€ à une date indéterminée, probablement entre 2018 et 2019, pour BeefHouse Group, qui n’a aucun lien capitalistique avec ces opérations ;
  • 1,7M€ fin 20191314, qui a visiblement été annulée parce qu’elle aurait dû être lancée au début du Covid ;
  • Et sans doute des opérations immobilières, qui n’ont pas encore donné lieu à des versements de coupons.

Et tout ça, sans visiblement avoir vérifié la réalité de la santé des restaurants, ni avoir pu y accéder. De même que Tudigo ne semble avoir aucune difficulté à afficher un prévisionnel de 4,6M€ de chiffre d’affaires sur 12 mois en 2023, ce qui nécessiterait donc d’ouvrir dans deux mois alors que les travaux n’ont pas commencé. Ce chiffre est par ailleurs très inférieur aux 7,6M€ annoncés chez Raizers. Le tout pour une prétendue SAS Tribeca Montparnasse, qui n’a jamais existé, et qui permet à Tudigo de noter, sur une échelle de 1 (très risqué) à 4 (peu risqué), une jolie couleur vert clair correspondant à 3.

Pour achever de convaincre à quel point la plateforme n’en a rien à carrer ni des investisseurs ni du projet, la slide sur les risques déborde, et personne ne semble avoir remarqué que la ligne « Situation financière » n’est même pas lisible. Alors que, quand même, c’était sans doute le point le plus important…

La slide des risques, dans la documentation Tudigo.

Cela dit, la question même de la faisabilité se pose. Parce que quand le dossier était arrivé chez Raizers, il était question de :

  • 4,7M€ de budget
  • - 200K€ de subvention par Altarea
  • - 2M€ de Raizers
  • Soit 2,5M€ restant à trouver.

On peut déjà s’étonner qu’autant d’argent ait été dépensé alors même que les travaux n’ont jamais débuté. Laurent Villa explique qu’il a dû commander du matériel, payer des frais, etc. Certes. Mais que s’est-il passé entre fin 2020, où les 2M€ arrivent, et fin 2022 ? Autrement dit :

Pourquoi le budget n’est-il toujours pas bouclé, notamment via la levée de SquareStones ?

Qu’est-ce qui a suffisamment évolué dans les négociations avec Altarea pour justifier qu’à cette date précise, les travaux pourraient débuter, alors qu’il ne s’était rien passé depuis deux ans ?

D’autant qu’entre-temps, le projet RX Industries s’est planté.

Les temps modernes

L’idée de RX Industries, c’est de centraliser des productions, afin que le restaurant d’une ville X bénéficie du même pain ou des mêmes desserts que celui d’une ville Y, ce qui permet d’uniformiser les expériences et de rationaliser les goûts. Une première chaîne de production est ouverte, puis une deuxième plus petite, et l’objet du financement de ce nouveau projet, c’est de réunir les deux au sein d’une même usine. RX Industries obtient notamment un financement de 200K€ de la région PACA, qui mentionne un coût total de 6,2M€ pour le projet.

L’avance remboursable de la région à RX Industries.

Quatre locaux sont loués auprès de Valimmo, foncière locale et société de gestion régulée par l’AMF, qui possède énormément de lots dans le coin. Contrairement à ce qui est annoncé auprès des investisseurs et de la région, ce n’est pas RX Industries qui signe le bail, mais BeefHouse Group, la holding des restaurants. Un choix bien étrange, puisqu’il fait reposer la charge sur Group Clav (anciens restaurants), au lieu d’être sur la branche RX Venture / RX Industries, qui porte le nouveau projet et a reçu les fonds. Sur les quatre locaux loués, un seul sera finalement aménagé.

Mais dès avril 2022, les premiers impayés surviennent. Le bailleur assigne BeefHouse Group, qui accepte à l’audience de septembre 2022 de quitter les lieux et de perdre son dépôt de garantie, en échange de l’abandon de l’impayé.

Cet échec tend les négociations avec le pool suisse. Car durant tout l’été 2022, Laurent Villa négocie activement, alors que les investisseurs n’ont mis que 3,4M€ sur la première tranche, pourtant initialement prévue à 5M€. Eux s’étonnent que l’ouverture prévue pour le T2 2022 (et même 2021 pour Raizers) n’ait pas eu lieu, que les travaux n’aient toujours pas commencé, et s’opposent même aux financements Tudigo, qu’ils trouvent beaucoup trop chers (12 % contre 7 % pour leurs OCA).

Pire : en octobre 2022, alors que RX Venture finit ses levées sur Tudigo, les intérêts ne sont pas payés aux investisseurs de SquareStones. Et ils ne le seront plus.

Ce qui amène forcément la question suivante :

Puisque le pool suisse n’allait plus mettre d’argent ;
Que les structures étaient déjà en difficultés ;
Que les relations avec Altarea étaient dégradées ;
Que la coque n’avait pas été livrée ;
Que les travaux ne pouvait pas avancer ;

Pourquoi lever des fonds sur Tudigo ?

Et puisqu’aucun des trois projets Tudigo n’a abouti, où donc est passé l’argent ?

Parce que les relevés de comptes des structures début 2023, soit quelques mois à peine après les levées pour des travaux qui n’ont visiblement pas été faits, montrent que le restaurant de Marseille n’a plus les fonds de Tudigo.

En rouge, 2 des 3 sociétés financées par Tudigo, qui montre que les fonds ne sont plus sur les comptes de Tribeca Marseille