💥 Zero Bullshit
Chapitre 07

MaPrimeGalère

Mais les dysfonctionnements concernent aussi les artisans, qui subissent des retards systémiques quasiment depuis le lancement du dispositif, jusqu’à mettre de nombreuses entreprises en difficulté. Selon Joyce Pitcher, avocat, plus de 2’500 dossiers seraient actuellement en contentieux51. En cause des délais pouvant atteindre12 mois post-travaux dans certaines zones… et même parfois plus. Tout ça pour des dossiers à 10-15K€ qui ont déjà été instruits en 2 à 3 ans.

J’en veux pour preuve qu’à fin 2023, seuls 64% des 2,3M de dossiers déposés entre 2020 et 2023 étaient soldés…

Sans oublier ce que certains appellent piège du « non-consentement ». Alors l’heure où le législateur vient d’interdire le démarchage téléphone tellement les citoyens ont été harcelés pendant des années, l'ANAH appelle avec un numéro caché des mois après les travaux pour vérifier. Si pas de réponse après 1-2 essais, « non-consentement » est apposé sur le dossier, et un refus de paiement est prononcé. Cela amène l'ANAH à retirer des primes après coup dans 70% des cas. Et certains mandataires a carrément se retourner contre les ménages… qui n’ont rien compris à ce qui vient de leur arriver.

La pratique a conduit certaines entreprises comme Drapo à arrêter complètement les dossiers MaPrimeRénov' après avoir constaté des complications sur un tiers de leurs dossiers52.

Ce qui amènent nombre de Français à ne jamais passer le pas (de la porte) des rénovations. D’autant que les autres raisons ne manquent.

Outre le cauchemar administratif et la problématique de rentabilité économique (et de financement), des rénovations, c’est avant tout des travaux. Et tout le monde connaît le syndrome du chantier qui dérape. Là encore, les témoignages sont légions, entre ceux qui vivent avec des bâches en guise de fenêtres ou sans eau chaude parce que la chaudière n’a pas été montée après des mois. Délais non respectés, surcoûts imprévus, avances de frais considérables… Pour beaucoup, la rénovation énergétique représente un risque important, surtout face à des bénéfices pas toujours réellement perçus.

Le phénomène est aggravé par une série de scandales qui ont marqué les esprits. L'isolation à 1€, promesse alléchante transformée en cauchemar pour des milliers de ménages, a laissé des traces profondes. A la fois parmi les victimes, et parmi ceux qui sont harcelés quotidiennement au téléphone pour de l’isolation, du chauffage et autres baragouineurs à distance. Plusieurs études53 confirment que cette méfiance s'est encore renforcée suite à la suppression brutale de certaines aides, donnant l'impression d'un système instable et peu fiable.

Pour couronner le tout, l’État s’est amusé à créer de l’instabilité sur un manque de confiance. S’il est vraiment que le nom MaPrimeRénov’ bénéficie d’une réelle notoriété actuellement, on peut vraiment se poser la question de l’intérêt de changer le nom et des dispositifs tous les 5 ans, et de multiplier les initiatives sous des noms différents, plutôt que de capitaliser d’un système simple et unique.

D’autant qu’il n’y a pas que le nom. L'évolution constante des dispositifs d'aide et les changements brusques de règles contribuent à un sentiment d'insécurité juridique et financière :

  • Modifications régulières des barèmes et conditions d'éligibilité ;
  • Suppressions soudaines de certaines aides sans préavis ;
  • Impression d'une politique énergétique à court terme, sans vision cohérente.

Cette instabilité perçue renforce le phénomène d'attentisme chez de nombreux propriétaires, qui préfèrent reporter leurs projets de rénovation dans l'espoir de conditions plus favorables ou par crainte de s'engager dans un dispositif qui pourrait être modifié en cours de route.

Et comment souvent, tout ça s’est accompagné de décisions bien foireuxu.