Enfin, il reste un problème majeur, massivement ignoré par le politique :les copropriétés. Alors même que ces 9,7M logements, représentant 28% du parc immobilier français (contre 20% en 1988), constituent près de 60% des rénovations à réaliser avant 2050. Un enjeu colossal face à une réalité implacable : 60% des copropriétés n'envisagent aucuns travaux énergétiques, ni à court ni à long terme. Et les copropriétaires, eux, sont coincés entre tous les problèmes d’avant, celui de l’inaction des copropriétés, leur non-volonté de faire les travaux… alors qu’ils coûtent souvent beaucoup plus cher.
Le chiffre est frappant : seulement 4% des dossiers MaPrimeRénov' concernent des copropriétés, selon France Stratégie en 2024. Comment expliquer ce blocage ? Au-delà des contraintes budgétaires - 81% des copropriétaires trouvent les travaux trop onéreux, soit six points de plus qu'il y a deux ans - c'est toute une géométrie d'intérêts divergents qui paralyse la décision.
« Combien vont voter une isolation de combles payée par tous alors qu'elle ne concerne que le dernier étage ? » m’expliquait y’a pas longtemps un gestionnaire de syndic’. La question résume parfaitement le dilemme. Entre propriétaires occupants et bailleurs, entre résidents du rez-de-chaussée et des étages supérieurs, les intérêts s'opposent. Sans compter certains syndics qui, préoccupés par leur propre équilibre financier, préfèrent la gestion quotidienne aux projets complexes de rénovation.
Pourtant, les gestionnaires ont plutôt de bonnes volontés. Et pour cause : sur ces travaux, ils prendront une comm’, feront bosser leurs partenaires etc. Les copropriétaires eux, un peu moins. Parce que ces travaux coutent très très chers. A la fois parce que le syndic’ se paye dessus (et qu’il n’a pas beaucoup d’intérêt à faire baisser une note sur laquelle il prend un pourcentage fixe)mais également parce que structurellement les travaux sont souvent plus compliqués à cause de l’environnement urbain. De nombreuses contraintes des PLU et autres Bâtiments de France. De problématiques liées à la structure qui nécessitent des travaux plus conséquents. Si on ajoute à ça qu’il y a moins de propriétaires occupants dans les logements collectifs que dans les logements individuels, on voit mal comment la situation va se débloquer.
D’autant que, et je l’ai vécu dans une de mes copropriétés récemment, si les syndic’ ont l’obligation de mettre au vote des PPT60 et autres DTG61… les copropriétaires n’ont aucune obligation de les voter.