💥 Zero Bullshit
Chapitre 05

Un pognon de dingue

MaPrimeRénov' utilise l'argent public, ce qui impose une exigence d'utilité et d'impact mesurable. Or, les données disponibles montrent que ce dispositif finance majoritairement des actions… à faible impact énergétique.

Pour faire simple, le but initial c’est d’amener au minium tout le monde en C. Puis finalement en D. Donc il faut impérativement que ces rénovations changent tout ça. Mais l’immense majorité du temps, c’est plutôt des gens qui veulent/doivent changer une chaudière ou des fenêtres et regardent si y’a pas une aide qui traine pour réduire le budget.

En 2024, seules 350K rénovations ont été réalisées contre un objectif de 700K34. Ce qui est déjà pas ouf.

Mais surtout : moins de 10% de ces rénovations concernent des travaux d'ampleur, les seuls ayant un véritable intérêt énergétique.

Pire : moins de 6% des rénovations financées aboutissent à un saut d'au moins 2 classes de DPE. Et de manière générale, 86% des dossiers en 2021 ne concernaient qu'un seul geste, principalement le changement de chauffage (72%) ou l'isolation (26%)35.

En gros, on file du pognon à des trucs qui ne remplissent nullement l’objectif. On jette (littéralement) de l’argent par les fenêtres.

Les chiffres récents confirment cette tendance. En 2023, les rénovations globales ne représentaient que 1,7%36. En T1 2025, l'ANAH comptabilise 249’427 dossiers par gestes contre seulement 91’374 rénovations globales. Ce qui, selon plusieurs calculs, amène globalement à dire que seulement 3% des surfaces ont été rénovées globalement, même si cela représente 10% des gains énergétiques en 202037.

D’autant qu’en réalité MaPrimeRénov’' ne représente que 4% des économies totales d'énergie générées par les aides, loin derrière les CEE qui comptent pour 81% des gains. Mais aussi pour une grosse partie des aides, puisqu’en moyenne le reste à charge post-MaPrimeRénov’ est de 70%, et tombe à 58%38 avec les CEE39.

Quant au gain énergétique, il est estimé à seulement 3,5 TWh/an, soit 0,8% de la consommation résidentielle française, avec une économie moyenne par logement de 5,7 MWh/an.40 A elles-seules, les pompes à chaleur représentent un quart des gestes mais deux tiers des économies d’énergie grâce à leur haute efficacité énergétique (13,9 MWh/an par logement en moyenne)41, mais il est également le geste le plus coûteux (21K€ en moyenne) tandis que les poêles à bois et chaudières à granulés, bien qu’efficaces, ont un coût plus modéré mais un reste à charge conséquent. Une raison suffisante pour un certain nombre de lobbys d’artisans pour défendre le dispositif quoi qu’il en coûte.

Économies d'énergie par type de gestes aidés dans le cadre des CEE, du CITE et de MaPrimeRénov’ En TWh/an42
* Ventilation, raccordement réseaux de chaleur

Cette situation s'explique en partie par l'écart considérable entre les coûts des différents types de rénovation. Une rénovation globale coûte en moyenne 40K€, et atteindre le niveau BBC43 nécessite 60-70K€44. En comparaison, MaPrimeRénov' standard ne finance en moyenne que 11,3K€45, et les rénovations par geste ne bénéficient que de subventions allant de 2 000 à 5 000€ selon les revenus.

Sur le plan climatique, l'impact est tout aussi insuffisant. La réduction de CO₂ est estimée à 1,8 Mt eq. CO₂/an, au-dessous de l'objectif SNBC de 2,5 Mt eq. CO₂/an. Les économies réelles se situeraient entre 1,3 et 1,8 Mt eq. CO₂/an, soit seulement 4% des émissions du secteur résidentiel46. Si on prend par exemple les chiffres de 2023, l’impact carbone de la France diminue de 4,1%… mais une grande partie vient de la réduction des importations et non d'une action domestique efficace, ce qui indique une déconnexion entre les mesures prises (comme les rénovations partielles) et l'impact réel sur les émissions domestiques47.

D’autant que plusieurs études montrent un découplage entre la consommation énergétique des ménages et les émissions associées, ce qui tend à dire qu’en réalité, les gains théoriques ne correspondent pas directement à une réduction effective et durable des émissions48. Possiblement parce que le gain n’était que théorique, ou parce que, et c’est un comportement observé dans d’autres cas, quand la facture diminue, on fait un peu moins attention.

Une insuffisance à laquelle s’ajoute donc le rythme de rénovations qu’on a vu au dessus… Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, et en tenant compte de ces paramètres réels, la France devrait rénover 1,26M de logements / an. C’était 650K en 2022 et 595K en 2023.

Évolution des objectifs de rénovation énergétique de l’habitat, fixé par l’État49

Au total, 2,4M de logements ont été rénovés depuis 2020 jusqu'à septembre 2024, dont seulement 330 000 rénovations globales. Bien loin de l'objectif d'un million de rénovations performantes annuelles.

Un bullshit à 8 milliards d’euros.

Chiffre de la rénovation de MaPrimeRénov’ - 2020 - S1 2025 (en cumulé)