💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

MaPrimeRelou

MaPrimeRénov' est née le 1er janvier 2020 de la fusion de deux dispositifs préexistants : le CITE29 et le programme Habiter Mieux Agilité. Dès sa première année, 190K demandes ont été déposées. En 2021, le dispositif s'est élargi à tous les propriétaires sans condition de ressources.

Champ : France métropolitaine.30

Les chiffres officiels révèlent cependant un décalage persistant entre les annonces et la réalité des rénovations effectuées. Le 17 mars 2022, en pleine campagne présidentielle, Macron affirmait à Aubervilliers :

« Nous avons réussi en 2021 à financer la rénovation de 650 000 logements »

Et fixait l'objectif de « rénover au moins 700 000 logements par an » pour les cinq années suivantes, vantant un dispositif « simple » et « connu de nos compatriotes ».

La réalité est plus nuancée. D'après l'ONRE, seuls 53K logements ont été véritablement rénovés via MaPrimeRénov' en 2020, sur 140K dossiers engagés. L'Audit Flash de 2021 mentionne 141K primes accordées cette même année. En 2021, 644K primes ont été distribuées pour un montant de 2,06G€ selon la Cour des comptes, mais il ne s'agit pas nécessairement de rénovations complètes. Et c’est un énorme problème, qu’on abordera après.

Le budget alloué à MaPrimeRénov' a connu une progression significative, passant de 400M€ en 2020 à 2,4G€ en 2023. Le plan de relance prévoyait initialement 2G€, auxquels se sont ajoutés 2G€ supplémentaires pour la période 2021-2022. Au total, les dépenses cumulées sur 2021-2022 ont atteint 4,4G€.

Mais le rythme de consommation des crédits s'est avéré irrégulier : en 2023, seuls 900M€ ont été dépensés au S131. Plus étonnant encore, cette même année, 1G€ de crédits alloués n'ont pas été consommés32.

Pour 2024, le budget initialement promis de 5G€ a été réduit à 3G€, alors que la communication de la Cour des comptes d'octobre 2023 mentionnait un budget annoncé de 4G€. L'enveloppe 2025, prévue à 3,6G€, s'est révélée insuffisante… et c’est précisément pour ça qu’elle a été suspendue, ce que visiblement aucun représentant du gouvernement n’a osé avouer : tous les crédits ont déjà été consommés. Et les caisses sont vides. Outre le fait que l’État ne peut pas ajouter des lignes là où le budget l’en empêche. Sachant que dans le même temps Bayrou est à peu près sûr de sauter au prochain budget, personne n’a envie d’aller au front pour sauver le soldat Renov’.

Cette suspension intervient paradoxalement au moment où le dispositif commençait à produire des résultats significatifs en matière de rénovations globales, plus coûteuses mais plus efficaces énergétiquement. Le bilan de l'ANAH de mars 202533 fait état de 91’374 rénovations globales réalisées en 2024 (dont la moitié au dernier trimestre), sur un total de 340 801 rénovations financées cette année-là.

Le contraste est saisissant entre les déclarations récentes du président qui, à Douai en 2025, s'agaçait des critiques et plaidait pour « avoir de la constance, de la volonté et de l'investissement », et la réalité d'un dispositif qui représente pourtant 60% de la dépense publique dédiée à la rénovation énergétique (3,1G€ en 2022).

Ce stop-and-go budgétaire illustre les difficultés à maintenir une politique cohérente et prévisible en matière de rénovation énergétique, pourtant essentielle à la transition écologique du parc immobilier français.