💥 Zero Bullshit
Chapitre 06

Down the rabbit hole

Évidemment, quand l’entreprise commence à perdre beaucoup d’argent, les investisseurs se réveillent.

Non j’déconne.

Même quand Masteos se met à perdre 1 ou 2M€ par mois, personne ne réagit.

Pire : début 2023, Masteos refait un tour de table mené par le fonds d’EDF, rejoint par SWEN (Arkea) et NCI, afin de faire de la rénovation énergétique. Un sujet hautement intéressant, porteur et stratégie… Mais le timing interroge.

Le marché immobilier pro vient de s’effondrer, le résidentiel est à l’arrêt, les taux continuent de monter… et il n’y a aucune porte de sortie avant au moins un an !

Maxime Hanquier le justifie :

« Le fonds EDF n’est pas là pour faire des multiples, mais pour trouver dse synergies avec EDF et qui peut avoir un impact positif dans leur domaine. Mais c’est des process longs. Il y a beaucoup de juridique, avec des enjeux nationaux. »

Le mois de l’annonce, Masteos est déjà complètement hors-piste avec un burn de 5M€, soit plus de 2 fois ce qui était prévu, avec l’objectif de stabiliser à 1M€.

« Le gros souci de Masteos c’est que quand les décisions sont prises elles ont un impact 6-10 mois plus tard. Les boards étaient focus sur l’urgence parce qu’on était mal les prochains mois » explique Maxime Hanquier

Un SaaS peut continuer à vivre avec une équipe sales réduite. Si Masteos supprime un commercial dans une ville, l’activité s’arrête. C’est l’une des raisons qui fait que l’activité est assez peu scalable, d’ailleurs.

Pourtant Daphni avait imposé Claude Lesterlin en tant que CFO (parti chez Brut en octobre dernier), qui se présente lui-même comme « garant auprès des fonds actionnaires du capital investi ».

Oups.

Au board suivant, le chiffre est annoncé. Personne ne bouge. Personne ne sourcille. Personne ne réagit.

Parce que VC c’est un métier de grosses couilles. Alors tout le monde fait le bonhomme. Et là où n’importe qui dirait « mais bordel qui est le con qui a fait ça ? » puis « ok, comment on faire pour rattraper ce merdier… » aucune décision n’est prise.

Pourquoi ?

Les raisons ne sont pas très claires, mais clairement irrationnelles. Il a un fort égo et une sorte de concurrence, y compris dans les boards avec des VC concurrents. Mais surtout il y a une volonté de se dire que rien n’est grave, que tout ira mieux, quitter à s’enfermer dans un incroyable déni moutonnier, entre mensonge collectif, contagion mentale et biais de confirmation.

Ou alors, plus rationnellement, tout le monde savait que c’était fini.

  • Le burn a réduit drastiquement le runway ;
  • Les objectifs financés de la série A ne sont plus atteignables.

Donc il va falloir refinancer rapidement une entreprise qui a échoué.

Les rares réponses des VC semblent hors sol. Alors qu’il faut réduire les couts, Daphni imposent des C-Level hors de prix.

Pour restructurer ? Exit Maxime Hanquier, et bonjour Thomas Maudet pour 370K€ chargés par an.
Trop de gens ? Exit Maëlle Lang, et bonjour Stéphanie Fraise (ex-BlablaCar, Dailymotion) pour 250K€. Elle quittera l’entreprise en novembre pour rejoindre OpenClassrooms.
Besoin de croissance ? Bonjour Manuel Lesueur, nouveau CMO à 300K€.
etc.

Pour réduire les couts, les VC viennent de rajouter 3M€ de masse salariale.

Un exemple parmi d’autres.