Quand un des meilleurs VC du monde entre au capital d’une startup, on peut imaginer la longueur des dues diligences. Non seulement parce qu’on parle de beaucoup d’argent, mais surtout parce que ça envoie un signal gigantesque au marché.
Pourtant, tous les investisseurs semblent ignorer le contexte macroéconomique.
« Quand la série se boucle1, ils ne se rendent même pas compte que les taux sont en train d'augmenter et que ce n'est pas du tout le bon moment », selon Thierry Vignal.
Les 20M€ font forcément tourner la tête : les fondateurs se retrouvent à avoir des parts importantes d’une boite valorisée 100M€.
« Pour 20M€, n’importe qui couche avec sa mère », ironise (lucide) Thierry Vignal. « À partir du moment où un mec te propose 20M€, quelles que soient les raisons, tu dis oui. Moi, j'ai dit oui. »
Parce que si beaucoup aiment à dire « pour tout l’or du monde, je ne fais pas ci » ou « même pour XM€, je ne fais pas ça », combien ont vraiment été dans une situation où l’offre était vraiment sur la table ?
Pourtant, quelques mois plus tôt, la Russie a envahi l’Ukraine. Une situation que connait parfaitement Youri Milner puisqu’il a renoncé à la nationalité russe, en partie pour échapper aux sanctions.
De son côté, l’inflation est en train d’exploser depuis 2021, et en France l’IPC est en train de dépasser 6%.
Il n’y a AUCUN scénario possible où les taux n’augmentent pas.
Aucun.
Vraiment.
Et si une hausse des taux aura un impact mondial, ça le sera encore plus sur l’immobilier qui met du temps à réagir, surtout sur le résidentiel. Un marché auquel Masteos est exposé à 100%. D’autant que l’inflation est déjà en train de peser très fort sur le cout des matériaux, et donc des travaux.
C’est d’ailleurs une autre étrangeté de cette série.
Masteos est valorisé 100M€, soit 10 fois moins que Shine, par exemple. De l’avis de plusieurs personnes de l’époque, les ratios étaient bon. Parce que Shine faisait à peine 4M€ de CA, quand Masteos faisait 20M€. Mais 50% était un CA travaux, ce qui en faisait une grosse PME du BTP.
Pourtant à cette période, Masteos est à son apogée : en juin 2022 l’entreprise fait 250 deals. Mais l’équilibre (5M€/mois), c’est plus du double. L’entreprise burn 2€ pour espérer en générer 1.
Et on est ici face à 2 énormes problèmes :
Un point qui avait déjà posé problème à « l’époque royalties » à Cédric O’Neill, fondateur de Bricks.
« C’est très difficile de gérer des locataires particuliers. Tu te retrouves avec une armée mexicaine qui doivent gérer à la main, donc ça grève ta renta. »
Un point confirmé par le gérant d’une SCPI résidentiel.
En réalité il suffit de connaitre un tout petit peu l’immobilier et de regarder 10 minutes le business plan pour se rendre compte qu’il ne faut pas investir dans Masteos. Pas parce que c’est une mauvaise boite. Mais parce qu’elle ne peut pas faire ce qu’un VC attend d’un investissement startup.
C’est ce qui avait décidé Cédric O’Neill a basculé du modèle proptech à celui de fintech en devant intermédiaire et non gestionnaire.
« On n’a pas su choisir si on était une startup ou une boite opérationnelle. Au moment où on lève fort, on aurait dû faire ce choix, et recruter un codir en conséquence » avoue Maxime Hanquier.
Pourtant, les deux dirigeants ont plutôt des profils startup, et déléguer l’opérationnel était à la fois dans l’air du temps, et dans la logique du monde des travaux.
Reste que des millions sont cramés en marketing pour créer une marque et faire de l’acquisition de leads. Ou 500K€ pour acquérir un logiciel qui, selon toutes les personnes interrogées, n’avait aucun sens. Ou des bureaux (dans l’ancien hôtel particulier où avait filmé la Star Academy) à 80’000€ / mois.
« On sentait que l’argent coulait à flot et que la boite ne comptait pas les dépenses. Tout le monde était bien payé, certains avaient des voitures de fonction. C’était la belle vie. » raconte un ex-salarié.