Est-ce que les dirigeants en sont conscients ? Thierry Vignal parle d’une forme de désarroi qui frôle l’amateurisme.
« Moi, je n'y connais rien. C'est ma première boite. Je rentre de Londres, je n'ai jamais fait de startup. J'ai été analyste en banque. J'ai aidé des potes à acheter des apparts à Rouen, au Havre, à Lille. J'étais très bien. J'étais avec mon copain, Gégé, le roi du placo. »
Maxime Hanquier concède que les dirigeants de startups sont globalement mal formés, notamment à la gestion des entreprises, et aux lois qui les régissent. Et sans doute à ce qu’implique de lever des fonds.
Parce qu’une fois que c’est fait, il faut faire de la croissance. Et toutes les startups finissent dans une espèce de tourbillon.
Cette course contre le runway semble difficilement compatible avec l’établissement une stratégie long terme.
« Personne ne prend du recul. Une fois que tu es embarqué dans une trajectoire, tu as un board tous les mois, tu avances, tu es le nez dans le guidon, tu regardes des KPIs » raconte Thierry Vignal
Ce qui peut expliquer des errements stratégiques étonnants.
Alors que tout le monde « ubérise » le marché en faisant bosser de faux indépendants, qu’IAD explose le marché avec des mandataires qui ne leur coute rien, Masteos… fait le chemin inverse !
Avec une cinquantaine de commerciaux sur le terrain, en CDI, mais également du personnel pour les travaux, comme des plombiers. Une fausse impression de contrôle qui coute cher.
« Ce n’est pas pour rien qu’il n’existe aucune boite nationale qui fait des travaux en dehors des groupes de BTP : c’est surtout un métier local qui se gère localement et qui n’a aucune opportunité de scale » explique Thierry Vignal
Tout ses concurrents le confirment. Plusieurs salariés également.
Masteos aura accumulé jusqu’à 100 ouvriers, et avec 20 personnes aux RH pour gérer tout le monde.
« À 16h, ils partaient faire des chantiers au black. Et ils étaient cas contact COVID un jour sur deux » raconte Thierry Vignal, sans amertume, prenant la responsabilité à son compte.
Ces problèmes de recrutement se retrouvent également au siège, où plusieurs salariés de l’époque parlent de personnes seniors avec des profils « stratégie » et rarement des opérationnels pour les mettre en place.
Mais tous les salariés interrogés racontent la même ambiance agréable.
« J’ai été agréablement surpris par la bienveillance. Il y avait un bon état d’esprit, et chacun essayait de faire son taf. »
Mais beaucoup parlent du manque de vision de la direction. Deux d’entre eux la symbolisent par une citation qu’ils attribuant à Maxime Hanquier
« Moi, je ne sais pas, c’est pour ça que je recrute des gens qui savent »
Une belle preuve d’humilité sur l’aspect métier, mais dont l’absence de direction claire finit par créer des guerres politiques entre C-level qui ont tous leurs propres visions.
Le problème c’est que tout ça coute cher.
« A posteriori, la levée avec DST était une erreur. Elle a servi à recruter pour licencier derrière », concède Maxime Hanquier.
Une embauche coute, tous frais compris, entre 15 et 20K€. Masteos en a fait 300. Sauf qu’il en a licencié tout autant… avec un cout équivalent. Une opération à 10M€ pour rien, hors salaire, que personne n’avait visiblement vu venir.
Mais personne parmi les fonds n’avait la moindre expérience en immobilier. Mais plus largement : combien de VC ont une expérience entrepreneuriale ?
Ni Daphni, ni DST, ni aucun membre du board n’a vu le problème.
Pas plus que Thierry Vignal qui faisait le tour des plateaux télé.