💥 Zero Bullshit
Chapitre 06

Quand la vie perso n’existe plus sans sa vie pro

Le 7 mars, Olivier Guérin adresse un e-mail à toute l’entreprise. Il y explique que les salaires de février n’ont pas été versés et qu’avec son associée Anne-Laure ils font « tout [leur] possible pour solutionner cela au plus vite ».

Plus aucun salaire ni indemnité ne sera versé.

Pourtant l’entreprise payait plutôt bien ses employés. Dans une vidéo TikTok, publiée le 2 novembre 2022, plusieurs collaborateurs dévoilent leurs salaires. De 1800€ (net) pour un monteur vidéo à 5000€ pour une DevOps, en passant par un directeur pédago à 4500€ et un responsable média à 3050€. Des salaires qui pourraient ne pas être réellement ceux des personnes qui parlent, selon une source interne.

En réalité, l’entreprise est à court d’argent. Selon mes informations, les 3 emprunts ne seraient plus payés. Les associés continuent de chercher de l’argent, mais la levée reste bloquée à 61'000€.

L’entreprise ne souhaite pas licencier ou mettre en place la moindre procédure. Olivier Guérin justifie cette décision en expliquant que les fonds pouvaient arriver à tout moment, et que MyOptions aurait continué à tabler sur des promesses de 250 à 500K€. Problème : en cas de licenciement économique ou procédure de sauvegarde, ça compliquerait considérablement les choses.

Des ruptures conventionnelles sont proposées à chaque salarié CDI et alternant. La direction dit vouloir « trouver des solutions immédiates ». Ils promettent de faire entrer ceux qui restent au capital, de bonifier les salaires en retard, etc. Dans un premier temps, certains semblent conquis. En tout cas c’est ce que confie Olivier Guérin. Du côté de ceux qui sont restés, on évoque surtout la peur du chômage ou de la fin d’études. Bien que la direction indique s’être assurée avec toutes les écoles que les ruptures n’auraient pas de conséquences sur les diplômes.

Un alternant, retourné vivre chez ses parents depuis, me confirme avoir accepté la rupture conventionnelle « pour pouvoir toucher le chômage et avoir un peu de revenus ». Mais lui, comme les autres, n’aura jamais perçu les sommes indiquées sur le solde de tout compte.

La situation s’envenime fin avril lorsque le 3e mois sans salaire se termine. Ceux qui sont partis continuent de parler avec la petite dizaine restée. La direction continuité d’expliquer qu’elle paiera tout le monde en cas de levée de fonds, et que ceux qui sont partis pourront revenir. Mais plus personne n’y croit.

Une employée contacte une avocate qui souhaite mettre en place une procédure. Son coût : 2000 à 2500€. Le problème c’est que personne n’a les moyens, même si ça pourrait régler plus rapidement le problème.

« Je les comprends » soupire Olivier Guerin.

Plusieurs employés décrivent néanmoins un discours un peu moins apaisé lors de réunions ou de visio, où la direction aurait expliqué que finalement « Ça se passe comme ça dans toutes les start-up ».

Mi-avril, les présences au bureau sont plus rares, l’entreprise semble se zombifier, entre ceux qui passent, ceux qui échangent rapidement, ceux qui disparaissent. Certaines licences logiciels sont stoppées en avril, empêchant certains de travailler, tandis que d’autres, partis, refusent de rendre le matériel tant qu’ils n’ont pas reçu d’argent. Des bulletins de paye avec 10 20 voir 30 jours d’absence sont émis. Olivier Guerin le confirme :

« Dès avril on avait des gens qui ne venaient plus au travail. Moralement ils avaient raison, ils n’étaient pas payés. Mais est-ce légal, je ne sais pas. Quand on a eu des preuves de travail, d’échanges ou a retiré les absences. »

Certains assurent l’inverse. Mais on comprend en sous-jacent que plus personne ne peut réconcilier les deux parties, et que la vie de chacun est tellement impactée dans le quotidien, que rien ne peut apaiser l’autre, en l’absence de solution financière.