💥 Zero Bullshit
Chapitre 04

La mort en direct

En juin 2022, la production de l’émission Qui veut être mon associé contacte Nanaba. Le storytelling finira d’ailleurs par raconter que ce sont les « collaborateurs qui ont inscrit » l’entreprise. La start-up envoie l’équivalent d’une due diligence, avec tous ses chiffres.

« Nous n’avions pas forcément envie de Bourbon ou Simoncini au capital », me confie Olivier Guérin, préférant se remémorer le passage dans le 19-45 de la même chaîne : c’est évidemment une immense opportunité médiatique.

Sauf l’enregistrement se passe mal.

Je n’ai pas retrouvé de passages de l’émission : M6 supprime systématiquement les replays, sans doute pour qu’on évite de vérifier le trackrecord des investissements, mais également leur réalité. Plusieurs entrepreneurs m’ont effectivement confié que les offres ont soit été réduites, soit annulées après l’émission.

Les traces écrites font état de deux problèmes.

1️⃣ Une tech faible ou inexistante.

Effectivement, Nanaba c’est des quiz qui débloquent du temps d’application. Et même si peu de gens savent bloquer des applications sur un téléphone, ça ne semble pas une barrière énorme à l’entrée. Mais les investisseurs ne limitent pas à ça, normalement. Ils regardent la traction, la scalabilité etc. D’ailleurs Gabriel Jarrosson de Leonis Investissement était étonnement surpris de trouver une application française qui correspondait à ses traditionnels critères d’investissement. Mais plus largement : combien des licornes ou grosse scale-up ont une tech incroyable ? L’immense majorité du Next 40/120 sont des logiciels et des services, sans technologie de fond.

2️⃣ Le nombre d’employés.

Éric Larchevêque aurait relevé que parmi la vingtaine de collaborateurs, cinq sont dédiés à la tech. Selon lui, l’app aurait pu être codée par une personne. Deux investisseurs qui avaient été approchés pour le dossier me confirment ce point.

« Une équipe de 5 personnes au marketing, si early, c’était vraiment beaucoup trop. »

Deux développeurs passés dans l’entreprise vont également dans ce sens. L’un d’entre eux m’explique :

« La moitié des salariés brassent du vent, en plus d’1 an l’équipe technique n’a absolument rien produit. Vraiment ils servent juste à paraître gros auprès des investisseurs et faire gagner en crédibilité l’entreprise. »

L’entreprise affichait effectivement 19 employés, en plus des 2 associés, sur son pitch deck fin 2020. Soit environ 360 000 € par an selon Olivier Guérin, mais 300'000€ par trimestre selon le business plan 2022.