Pendant que la justice brésilienne cherche Coustet sans le trouver, il a déjà tourné la page. Avec Lenoël, il lance les premiers club deals hôteliers sur la Côte d’Azur via SantaREIM. En parallèle, il dirige EDGE Gestion à Cannes avec son fils Jules, et reste gérant d’Arpoador Finance et de Bahia Finance, deux sociétés aux noms qui trahissent, comme SantaREIM elle-même, un attachement persistant au Brésil.
Comme raconté dans l’épisode 1, SantaREIM vend des club deals hôteliers à 12% de TRI sur du 3 étoiles en région. Le modèle repose sur l’acquisition simultanée des murs et du fonds de commerce, avec un exploitant en place. C’est un montage différent du condo-hôtel que Coustet opérait au Brésil, où des investisseurs individuels achetaient des chambres une par une. Mais dans les deux cas, l’argument de vente est le même : la crédibilité des gérants. En finance, tout repose sur la confiance. Plus qu’un TRI, plus qu’une perte ou un gain. La confiance, parfois, passe par le track record. Mais dans nos métiers, elle passe plus souvent par la réputation, le CV, et surtout par ce qu’on fantasme par effet de halo : un passage à l’ENA, un poste à Matignon, un titre de directeur général suffisent à rassurer un investisseur qui ne vérifiera pas le détail.
Or c’est précisément cette crédibilité qui pose problème. Le CV hôtelier de Coustet repose sur B&B Hotels Brasil, sur la Casa Mosquito via ses co-investissements luxembourgeois, et sur ses joint-ventures avec Hottinguer au Brésil. On a vu ce qu’il en est resté : un hôtel dont les propriétaires ont été dépossédés, un investisseur institutionnel qui n’a jamais été remboursé, des structures dissoutes irrégulièrement, et une justice qui n’arrive pas à le trouver. Chez B&B, les investisseurs du condo-hôtel de São Paulo avaient souscrit des contrats d’investissement collectif sur la promesse d’une « rentabilité indépendante de la performance de l’établissement⁴⁹ᶜ ». En 2020, Coustet signe un avenant qui suspend le loyer fixe et transfère le risque opérationnel sur ces mêmes investisseurs, exactement ce que le contrat était censé empêcher.
Quant à Lenoël, on a raconté dans l’épisode 1 son parcours chez Antin Vendôme, UFFI, Fiducial, où les associés de SCPI ont voté à plusieurs reprises pour se débarrasser de la société de gestion qu’il dirigeait, puis chez APICAP, condamnée par l’AMF et liquidée.
C’est ce track record que Coustet et Lenoël apportent aujourd’hui chez SantaREIM. Les faits sont là : Athos Capital Partners a été dissoute irrégulièrement avec des dettes fiscales fédérales⁵⁶ᵍ, une enquête pénale pour détournement est en cours⁵⁶ʰ, et Coustet n’a pas attendu de solder ses affaires brésiliennes pour en lancer de nouvelles en France.
Alors certes, SantaREIM, contrairement à d’autres, n’utilise pas ce storytelling pour faire les poches d’un retail qui n’a pas les armes pour comprendre ce qu’on lui raconte. Et effectivement, une enquête ne vaut pas condamnation. Mais plusieurs projets de SantaREIM, qui se dit régulée par l’AMF, ont été indirectement financés par de l’argent public, via le Fonds Tourisme Côte d’Azur, doté par la Caisse d’Épargne Côte d’Azur, la CCI de Nice, la Métropole de Nice ou encore la Banque européenne d’investissement.
Ce n’est pas l’histoire de deux escrocs. C’est peut-être pire. C’est l’histoire d’un système qui ne regarde pas. Qui ne pose pas de questions. Qui prend les CV pour argent comptant, les titres pour des garanties, et les promesses pour des preuves. Un système où l’on peut perdre des gens en route, dissoudre des sociétés sans payer ses dettes, échapper à la justice d’un pays, et recommencer dans un autre avec les mêmes mots, les mêmes slides, la même assurance. Non pas parce qu’on est particulièrement malin, mais parce que personne ne vérifie. Parce que vérifier, c’est cher, c’est long, et ça ne rapporte rien.
En introduction de cet épisode, j’écrivais que l’argent n’est ni bien ni mal, ni propre ni sale, et que c’est ce qu’on en fait qui compte. Il y a une chose qu’on oublie souvent en finance. Derrière les TRI, les AUM, les club deals et les PowerPoint à douze slides, il y a des gens. Des gens qui signent un chèque en croyant une promesse. Des gens qui partent 500€ sur un crowdfunding, alors que c’était des mois d’épargne. Des gens qui mettent dix ans à construire un hôtel à la main, permis par permis, matin par matin, et qui le voient disparaître dans une ligne de registre de commerce. Des gens qui n’en reviennent pas.
Louis est mort. Benjamin est toujours à Rio, à quelques rues de l’hôtel qu’il a construit. Guilherme avait 21 ans.
Contactés, ni Olivier Coustet, ni Patrick Lenoël, ni GAI n’ont souhaité répondre.
Olivier Coustet reste présumé innocent pour les faits, non établis et non nommés, de l’enquête pénale ouverte à son enquête, ainsi que pour les procédures qui n’ont pas, ou pas encore, abouti. L’article n’a pas pour but de chercher ou de prouve une quelconque ou possible culpabilité.
Olivier Coustet n'a jamais été mis en cause, ni de près ni de loi, dans le scandale du Mensalão.