Mais l’hôtel de Copacabana traîne aussi d’autres histoires.
En mars 2020, le Covid-19 arrive au Brésil. Le pays enregistrera à terme plus de 700 000 morts, l’un des bilans les plus lourds au monde. Rio de Janeiro impose un couvre-feu, ferme les bars, interdit les rassemblements. Le tourisme s’arrête net. Le 24, Olivier Coustet publie une vidéo sur la chaîne YouTube de B&B Hotels Brasil32. Le ton est grave. En tant que président de la chaîne au Brésil, il annonce la fermeture temporaire de trois établissements et le maintien d’une activité minimale sur deux autres. Il s’en explique :
« Exposer nos clients, nos employés et nos partenaires à un risque évident, un risque de transmettre le virus à leurs proches, à leurs familles, est une responsabilité que nous ne pouvons pas assumer. »
Puis :
« Ce n’est pas une décision dictée par la peur, c’est une décision de responsabilité, car c’est le seul moyen d’aplatir la courbe et de limiter la propagation du virus. »
Et d’ajouter :
« Je ne pourrais pas assumer cela et agir ensuite, je ne pourrais pas dormir. »
Il ferme ses hôtels. Il appelle à l’isolement social. Il affirme que le chiffre d’affaires est « bien peu face à ce que nous vivons réellement ». Il dit ne vouloir « blesser personne, ni profiter d’aucune situation ». Une position en accord avec le consensus scientifique et les mesures adoptées par la plupart des pays, mais qui tranche au Brésil avec celle du président Bolsonaro, qui minimise la pandémie et s’oppose aux confinements.
Un an plus tard, le Brésil est en pleine hécatombe. Mars 2021 est le mois le plus meurtrier de la pandémie dans le pays : plus de 66 000 morts en trente jours. À Rio, les mesures sanitaires sont toujours en vigueur : couvre-feu, fermeture des bars, interdiction des rassemblements.
Extrait des restrictions à Rio
Le samedi 27 mars, une fête clandestine est organisée à L’Homme de Rio, l’hôtel que Coustet exploite à titre personnel à Copacabana. Selon une source sur place, ce n’est pas la première fois. Au milieu de la nuit, Guilherme L., 21 ans, bascule depuis la zone piscine située sur le rooftop et tombe dans une ravine en contrebas de l’établissement. Quinze mètres plus bas. Les pompiers arrivent vite, le transportent à l’hôpital Miguel Couto, puis au Barra D’Or. Il meurt quelques heures plus tard33.
La police judiciaire ferme immédiatement l’hôtel. Perquisition, collecte des images de vidéosurveillance. L’établissement est fermé administrativement pour six mois34, pour non-respect des décrets sanitaires. Une action pénale est ouverte dans la foulée devant la 34ᵉ chambre criminelle de Rio35. Mais la justice ne parvient pas à notifier Coustet. Des commissions rogatoires sont envoyées en Bahia, à Mata de São João et à Camaçari36. À Mata de São João, le mandat revient non remis : Coustet n’est pas à l’adresse indiquée. À Camaçari, même résultat. À cette date, Coustet a quitté le Brésil. En avril 2022, il quitte B&B Hotels. En janvier 2024, il cofonde SantaREIM à Paris avec Patrick Lenoël. La procédure pénale de Rio sera classée définitivement en novembre 2024, faute d’avoir pu le notifier. Le délégué Felipe Santoro, interrogé fin 2025, confirme les faits mais finalement n’a pas donné suite à mes questions en relance. En revanche, la justice brésilienne m’a confirmé que le nom d’Olivier Coustet revenait à plusieurs reprises dans des procédures récentes.
En quelque dix ans de présence au Brésil, le nom d’Olivier Bruno Louis Coustet apparaît dans plusieurs procédures judiciaires brésiliennes le visant personnellement, réparties entre les États de Rio de Janeiro, São Paulo et Bahia. Certaines relèvent de fatos atípicos, des faits mineurs comme des violations des mesures sanitaires pendant le Covid37 mais également loyers impayés, dettes fiscales38, et surtout une enquête pénale en cours.
Dès 2012, un propriétaire carioca l’assigne pour loyers impayés. Coustet conteste, fait appel. Il perd39. En 2024, son nom figure sur la liste des inscrits en dette active (dívida ativa) de la mairie de São Miguel do Gostoso, une station balnéaire du Rio Grande do Norte : 913,56 BRL d’impôts municipaux impayés40. Ce qui révèle au passage l’existence d’un bien immobilier supplémentaire, dans le Nordeste cette fois. Une dette fiscale municipale a aussi été identifiée à Cotia, dans la banlieue de São Paulo, avant d’être réglée41.
Le 5 novembre 2024, c’est le Trésor public fédéral qui s’en mêle. La PGFN42 publie un édit de « reconnaissance de responsabilité » visant Coustet personnellement43. La PGFN a identifié qu’il était administrateur d’Athos Capital Partners Consultoria Financeira Ltda, une société de conseil financier immatriculée au Brésil, qui a été dissoute irrégulièrement, c’est-à-dire sans suivre les règles légales de liquidation, alors qu’elle avait des dettes fiscales fédérales inscrites en dette active de l’Union. En droit brésilien, la dissolution irrégulière d’une société entraîne la responsabilité personnelle de l’administrateur pour les dettes fiscales. Le seul moyen d’y échapper, précise l’édit, c’est de payer.
Enfin, et surtout, depuis juillet 2024, une enquête de police pour apropriação indébita (détournement) est ouverte contre Coustet au commissariat des Jardins, à São Paulo44. Le Parquet suit le dossier. La police demande régulièrement des délais supplémentaires. Au moment où nous publions, l’enquête est toujours en cours.
Mais c’est le comportement de Coustet face à la justice qui frappe. Toujours la même chose. Il ne se présente pas. Il ne réceptionne pas les convocations. Il est introuvable. Copacabana, Itaim Bibi, Cotia, Mata de São João, São Miguel do Gostoso. Beaucoup d’adresses, ou aucune huissier n’arrive à trouver.
Fin 2023, le tribunal pénal spécial du Leblon, à Rio, cherche à le convoquer45. Il envoie une commission rogatoire à São Paulo46. En novembre, un huissier se rend Rua Tabapuã, dans le quartier d’affaires de l’Itaim Bibi, à l’adresse d’un immeuble de bureaux :
« J’ai été reçu par l’employée de la réception, Mme Neildes Batista Santos, qui a déclaré que le convocateur n’était pas établi à cet endroit et était inconnu. »
Parce que la réalité, elle était racontée dans le premier épisode : Coustet n’est pas au Brésil. Il est en France, où il vient de cofonder SantaREIM Partners avec Patrick Lenoël en janvier 2024.