💥 Zero Bullshit
Chapitre 10

Not Your Keys

Éric Larchevêque est juré depuis la S1, un an avant l’arrivée de Bourbon pour qui il a été l’égérie. Cofondateur de Ledger et Coinhouse, c’est une des figures historiques de la crypto française.

Le classement Challenges l’estime à 3,4 zucmaneries34, en partant du principe qu’il possèderait encore un quart de Ledger. Une estimation « complètement fausse et très très loin de la réalité » selon un actionnaire historique qui a demandé l’anonymat et refusé de donner un chiffre. Probablement pas pour suggérer que ce serait plus.

Plusieurs sources convergent : il ne resterait à Larchevêque que quelques pourcents du capital, et quelques millions sortis en cash. Son départ de Ledger a été tumultueux : il s’est fait mettre à la porte après avoir posé un ultimatum pour virer le DG qu’il avait lui-même fait nommer. Et a été presque chassé de la boîte qu’il avait créé, même s’il se dit que les tensions se sont apaisé depuis. Un proche de VC explique néanmoins que son départ à l’époque aurait activé une clause de bad leaver. Ce que l’actionnaire historique sus-cité35 a refusé de confirmer. Ou d’infirmer.

EDIT 09/01/2025 07H23 : Eric Larcheveque précise qu’il est le 1er actionnaire de Ledger avec 15%+, qu’il n’y a pas eu de clause de bad leaver, et qu’il n’a pas été viré.
Les 25% indiqués dans Challenges correspondent à l’ensemble des cofondateurs, dont les noms ont été retirés depuis pour des raisons de sécurité.

Et ce n’est pas Coinhouse, qui patauge pour exister depuis des années, qui va rehausser le compteur. Cela dit, sa fortune pourrait être plus élevée s’il a effectivement misé gros sur Bitcoin très tôt, comme il l’a souvent affirmé.

C’est probablement ce qui l’a poussé à diversifier. Mi-2023, il rejoint Blast en tant qu’ambassadeur, aux côtés de Tony Parker et Benjamin Chemla, qui ont depuis quitté le navire. Mais en courant 2025, il annonce le lancement de son propre club, Day One. Officiellement, un club d’« éducation financière ». En réalité, un club qui propose des « drops » mensuels : des PDF qui présentent des opportunités d’investissement (crypto, immo à Marrakech, pré-IPO Kraken, cartes Pokémon, DeFi, Dubaï…) avec des partenaires, dont Coinhouse, sa propre boîte. Le tout avec des rendements affichés entre 10% et 48% par an, et des risques systématiquement présentés comme « faibles » ou « modérés ».

Problème : il avait une clause d’exclusivité avec Blast. Blast l’a assigné en justice pour « parasitisme » et « concurrence déloyale ». J’ai détaillé l’histoire dans une édition dédiée.

En novembre 2025, il a lancé The Bitcoin Society avec Tony Parker. Probablement le pire projet des deux. La conférence de lancement était un flop : des PowerPoint mal animés, des blagues gênantes, et des annonces que personne n’a comprises. Un lobby, un truc treasury, un énième club business. Du jamais vu depuis la veille.

Le plus étrange, c’est que même des gens présents dans la salle, donc plutôt supporters, ont trouvé ça nul. Sur X, l’accueil était glacial. On parle d’une communauté crypto où Larchevêque est plutôt respecté, pas contesté. Mais là, le message ne passe pas.

D’abord parce que sortir un « treasury » à la Michael Saylor en plein retournement de cycle, ça se casse la gueule. Ensuite parce que centraliser du Bitcoin quand on a passé des années à construire Ledger, une boîte qui prône exactement l’inverse (le self-custody, « not your keys, not your coins »), tout en ultra-financiarisant le truc avec des véhicules cotés et des clubs payants, il y a une dissonance cognitive que même les plus fidèles ont du mal à avaler.

Et puis le fond du problème : tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a trop de pression fiscale, que c’est compliqué, que la France est hostile à la crypto, tous les trucs qu’il a répétés sur scène. Sauf qu’il ne vient rien résoudre en réalité. Il pose le diagnostic, mais le remède c’est : « payez pour rejoindre mon club ». Over-promised, under-delivered.

Cela dit on ne peut pas lui enlever le courage d’y aller. Parce que finalement, peu importe36 si son projet se plante (ou pas, d’ailleurs), si les vélos de Simoncini ont déraillé : ni l’un ni l’autre n’ont besoin du pognon qu’ils pourraient gagner si ces projets marchaient, et il faut un certain courage (ou être un peu fou, au choix) pour décider de se relancer dans une aventure entrepreneuriale quand on a déjà accompli quelque chose. Ce qui est respectanle.

Reste que selon plusieurs sources, ces projets successifs auraient mis Arthur plutôt en colère, notamment sur la manière dont Larchevêque communique. Au point que lors d’une réunion il a tenu des propos odieux. Alors qu'il expliquait pourquoi les jurés ne devraient pas étaler leur fortune, Arthur accuse Larchevêque d’être responsable de l’enlèvement de David Balland en janvier 2025 :

« Son associé s'est fait enlever parce qu‘Éric faisait des vidéos tous les jours pour dire « je suis millionnaire en Bitcoin ». »

Un sort qu’il prédit également à Bourbon : « Ça va lui tomber sur la gueule. »

Immonde.