Pendant toute l’année 2023, le groupe tente de trouver des moyens de s’en sortir. La situation médiatique est intenable, et va finir par couter cher. Un ancien cadre du groupe m’explique.
« Sadri [Fegaier] n’avait aucune stratégie pour relancer le groupe. Il a demandé à la comm’ de sauver… lui-même. Des tas de communiqués sont partis, non pour parler du groupe, mais de lui. »
Je n’ai pas retrouvé trace des communiqués envoyés aux médias. Par contre on peut encore retrouver plusieurs publicités achetées dans L’Express1415, Le Figaro16 ou LSA17. Le dernier vante d’ailleurs les « services en faveur du pouvoir d’achat des consommateurs » porté par « PDG-Fondateur du groupe, l’homme d’affaires Sadri Fegaier ».
How ironic.
Selon plusieurs autres sources internes, personne n’imaginait qu’Indexia était en difficulté. Un manager de l’époque m’explique.
« Le mot d’ordre qui circulait, c’est que c’était un règlement de compte entre la Fnac et Indexia. Mais bon, personne n’était dupe. Par contre, tout le monde imaginait que le chiffre d’affaires était stable. »
En coulisses, la situation est plus compliquée.
Fin 2022, à la suite de l’affaire Fnac Darty, Axeria met un terme au contrat. Et début 2023, c’est Covéa (le groupe dont fait désormais partie MMA) qui annonce à SFAM qu’il ne prendra plus aucun contrat. Selon L’Argus de l’assurance, Fegaier aurait obtenu un délai jusqu’à fin 202318. Une information « complètement fausse » selon une source au sein de MMA. Ou tout simplement rendue fausse 1 mois plus tard.
Sous la pression des parlementaires qui réclame une enquête, le DGA Jean-Pierre Galera annonce en mars 2023 que l’assurance ne représenterait plus « que 20 %, sur un volume d’affaires d’1mds€ ».19
Plus surprenant, le 21 avril 2023, Indexia envoie un communiqué à France Bleu Drôme Ardèche indiquant « suspendre [son] activité d'assurance » qui ne représentait que 10% de son volume d’affaires20. Divisé par 2 en 1 mois.
La vraie raison arrive 6 jours plus tard, lorsque l’ACPR frappe un grand coup.
« Les pratiques portant sur le processus de commercialisation mis en place par SFAM constatées par l’ACPR sont susceptibles de compromettre les intérêts des clients et ont déjà donné lieu à un nombre important de réclamations. »
Le régulateur ordonne l’interdiction temporaire, mais immédiate, de distribuer tout contrat d’assurance. Une disposition toujours en vigueur à ce jour.
L’ancien cadre d’Indexia me confie l’ambiance.
« Jusqu’au dernier moment, la direction était persuadée qu’on aurait juste une amende ou un avertissement. La suspension a jeté un énorme froid. »
Un autre salarié raconte la suite.
« Pour continuer à faire du chiffre, on nous a demandé d’aller d’amener un maximum de contrats d’assurance ou de prospects vers les autres abonnements [Note de moi : non régulés]. »
Mais peut-être qu’une autre solution avait été imaginée.
Le 13 décembre 2023, L’Argus de l’assurance révèle que Sadri Fegaier a tenté de racheter Parachut21, une filiale du courtier Advise spécialisée dans l’affinitaire.
Selon une source proche de l’ACPR, le régulateur aurait très mal pris cette tentative un peu étrange de détourner son interdiction.
La transaction n’aurait pas eu lieu suite au refus d’Advise. Mais un familier des finances internes m’explique que quoi qu’il arrive, le financement aurait été très compliqué.
« Les taux ont monté, les chiffres ont baissé, les sanctions s’accumulent et la dette ne baissait pas. Les partenaires historiques ne voulaient plus injecter de fond. »
Reste que le groupe se débat. Sadri Fagaier accorde même une interview à des journaux locaux en mars 2023, ce qu’il avait toujours refusé de faire.
En réalité le ver est dans le fruit, et il commence même à avoir la dalle.
Sous la pression des parlementaires, et notamment du député communiste de Seine-Saint-Denis Stéphane Peu22, le ministère de l’Économie demande à Bpifrance de se désengager d’Indexia. Ça sera fait après l’été : c’est Mubadala qui rachète les 9% de FEF via 41st investment company, un fonds qui lui appartient, déjà actionnaire du groupe.
Mais en janvier dernier, tout le conseil de surveillance démissionne, et donc les 3 derniers actionnaires du groupe :
Fegaier fait fuiter l’information qu’aucun n’a vendu ses parts, preuve de leur confiance. La réalité est plus cruelle : personne ne veut les racheter.
Entre-temps, Indexia a été obligée de vendre sa participation dans Fnac Darty à IPC qui l’avait financé. Accusant une perte de 265M€.