💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

Objectif Valo

Mais revenons un peu en arrière. Après quelques mois d'existence, Sorare fait un pre-seed en mai 2019 et lève 550K€ auprès de business angels, dont Xavier Niel qui pose 100K€ via Kima, accompagné par le fonds britannique Seedcamp (déjà présent au capital de Revolut) et l'américain ConsenSys Ventures. À cette époque, la startup ne compte que trois personnes et vient tout juste de signer avec la Ligue belge de football (24 clubs, 600 joueurs).

En juillet 2020, Sorare enchaîne avec une levée seed de 4M$ menée par e.ventures et le footballeur allemand André Schürrle (champion du monde 2014), avec la participation de Partech, l’idée étant de structurer le produit et d’avoir un MVP3 stable.

L'histoire s'accélère en février 2021, au début de l’euphorie NFT. Sorare lève 40M€ en série A avec l'entrée d'investisseurs prestigieux : Benchmark, Accel, Headline, ainsi que des business angels de renom comme Antoine Griezmann, Gerard Piqué et Alexis Ohanian4.

Mais c’est évidemment en septembre 2021 que tout bascule, et que Sorare marque l'histoire de la French Tech. La startup annonce une série B monumentale de 680M$ menée par SoftBank via le fonds Vision Fund 2. Cette levée record valorise l'entreprise à 4,3G$. Y participent également Atomico, Bessemer Ventures, IVP, LionTree, ainsi que les investisseurs existants. Des figures du sport comme Rio Ferdinand et Serena Williams rejoignent l'aventure, ainsi que des ambassadeurs comme Kylian Mbappé, Lionel Messi et Zinedine Zidane qui obtiennent des parts, a priori en échange de leur image.

J’ai déjà plusieurs fois donné mon avis sur SoftBank qui est pour moi un sacré red flag. Mais ils font partie des rares VC à être capables de lever autant d’argent, et qui, à l’époque, faisaient figure de référence mondiale. D’autant que SoftBank a financé assez peu de boîtes françaises. Après Vestiaire Collective, Contentsquare et Swile, Sorare est seulement la 4e. Contrairement aux investissements de Vision Fund 1, ce n'est pas Masayoshi Son lui-même qui a rencontré les fondateurs. Selon un ex de SoftBank, la personnalité des deux fondateurs a en réalité assez peu joué, et c'est le bureau de Londres qui était en charge du dossier.

Cette valorisation pharaonique interroge tout le monde en off. À la même époque, OpenSea finalise sa série B pour 100M$ sur une valorisation de 1,5G$. Avec ses 4,3G$, Sorare se met au niveau de Dataiku, Dataminr, Bitpanda et dépasse même trois licornes web3 nées le même mois (Alchemy, ConsenSys et MoonPay). La société est valorisée autant que… Eurazeo, qui est aussi un de ses actionnaires.

À quoi tient cette valorisation exceptionnelle ? Un VC qui a participé à cette levée confie que sans la blockchain, Sorare n'aurait probablement jamais pu lever autant. Un entrepreneur crypto partage cette analyse. Une figure des VC parisiens me confie en off :

« Il s’est passé à cette époque avec la blockchain exactement ce qui se passe aujourd’hui avec l’IA. Tout le monde voulait en être, peu de gens comprenaient le fond, et la peur de manquer le prochain Uber était plus forte que la raison. »

Quand j’ironise en disant que la majorité des boîtes IA qui lèvent sont aujourd’hui juste des APIs GPT avec un joli design, il répond :

« Et tu crois que c’était quoi les levées blockchain de 2021 ? »

Ouch. Parce qu’effectivement, quand on regarde les grosses levées web3 de cette période, on constate que la prime n’est pas à la deeptech ou aux builders, mais plutôt aux vendeurs B2C qui exploitent plus ou moins les technologies.

D’autant que le contexte explique aussi cette euphorie : fin 2020, le Bitcoin dépasse les 15K$ pour la première fois depuis décembre 2017. L'année 2021 est marquée par un énorme bull run où les valorisations s'envolent dans l'écosystème crypto. C'est d’ailleurs l'époque où les Bored Ape Yacht Club s'échangent pour des millions de dollars. Et Sorare arrive au bon endroit, au bon moment.