💥 Zero Bullshit
Chapitre 08

Plaza merguez

Le 18 février dernier, la sentence tombe : Stéphane Plaza est condamné à 12 mois de prison avec sursis pour violences habituelles par concubin. M6 applique immédiatement le plan prévu de longue date et le retire de l’antenne. La chaîne était préparée à cette issue ; c’est plutôt un acquittement qui aurait été problématique, car en interne, son départ était déjà acté, même si certains cadres auraient voulu le sauver.

Dans les agences SPI, la réaction est à l’image du pays. Certains franchisés estiment que cela relève de sa vie privée, d’autres considèrent qu’il ne doit plus s’exprimer publiquement, d’autres encore trouvent la peine trop légère. Mais au fond, leurs opinions importent peu. Ce qu’ils vivent, c’est le malaise d’arborer le nom d’une célébrité déchue, dans un marché déjà en souffrance.

Nombreux sont ceux qui quittent le réseau, et beaucoup en profitent pour raconter leur départ dans la presse locale, cherchant à se repositionner. Depuis la condamnation, une dizaine d’agences ont déjà annoncé leur sortie15.

Mais partir a un prix. En off, deux franchisés m’évoquent des frais de rupture de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Un troisième me parle même de plus de 100K€ d’indemnités. Il a déjà entamé des discussions avec un autre réseau, mais il lui reste encore plusieurs années de contrat à honorer.

Mercredi, une réunion de crise était programmé entre l’actionnaire et les franchisés qui s’attendaient (enfin) à des mesures fortes vu que M6 Créations avait eu un long moment pour réfléchir, et que la chaîne semblait déjà avoir un plan de sortie. Eh bah… non.

  • Pas de changement de nom ;
  • Pas de sortie de Plaza du capital (qui couterait très cher à M6) ;
  • Pas de réductions de couts de sortie de la franchise.

Aux 568 rescapés, il n’a été question que d’une réduction de l’abonnement mensuel.

Mais rien sur Plaza.

La raison, c’est qu’en haut lieu, la question diviser toujours, et toutes les options seraient encore aujourd’hui sur la table.

  • La désormais moins probable : soutenir Plaza. Un temps, il était envisagé un documentaire pour soutenir l’animateur, avec des figures connues, mais plus personne n’y croit. D’autant que Plaza n’est plus la cash machine publicitaire qu’il a été : les programmes qu’il incarne génèrent 7 fois moins de revenus publicitaires que lorsqu’il étaient au sommet.
  • La plus radicale : fermer le réseau. Mais à l’instant de Stéphane Plaza, Stéphane Plaza Immobilier est une machine à cash pour M6 Créations, où il représente plus d’un tiers des revenus. Sur les 18,6M€ de CA en 2023, 6,5M€ viennent de SPI, quand l’autre, filiale, M6 Editions n’affichait que 419K€ de CA pour 107K€ de dividendes.
  • Le plus évident : le changement de nom. C’est évidemment la piste qui a été le plus soutenue, sauf que personne ne s’est accordée sur la façon de faire. Faut-il mettre le nom d’une émission ? Trouver une autre incarnation ? Lancer un autre programme ? Coller le nom de la chaîne ? Inventer une nouvelle marque ? Autant de question qui ne se tranchent jamais rapidement dans un groupe d’une telle envergure, aux gigantesques ramifications, et qui en plus a changé de patron l’année dernière, l’historique Nicolas de Tavernost ayant été remplacé par David Larramendy, l’ex-patron de M6 Publicité et M6 Interactions. Une source me glisse néanmoins que ça pourrait contractuellement poser un problème vis-à-vis de l’animateur, et qu’il y a un gros sujet juridique entre d’un côté la faute qu’il a pu commettre et qui a nuit à l’entreprise, et de l’autre cette même entreprise dont le succès est du à sa propre image. Et le droit n’a jamais de réponse binaire…
  • La facilité : attendre. C’est de facto ce qui a été choisi. Parce que peu importe la solution choisie, sa mise en place va prendre du temps, va couter cher, et ne se fera qu’au bon vouloir des franchisés (et des clients). Toute crise a un début et une fin, au moins médiatiquement. Une reprise du marché couplé à des franchisés qui ferment faute de business et des autres qui croient au projet peut tout simplement relancer tranquillement la machine sans encombre.

Pourtant, début 2024, il a avait été acté par M6 que Plaza serait sorti de l’antenne :

  • Par la petite porte en cas de condamnation ;
  • En lui laissant raconter ce qu’il veut en cas d’acquittement.

Avec lui, les deux émissions phares produites par Réservoir Prod, en pause de tournage depuis plusieurs mois, devaient également s’arrêter. La question n’était donc pas de savoir si Plaza partirait, mais comment. Pourtant, au fil de l’année, la stratégie semble avoir évolué. Pourquoi ce revirement ? Difficile à dire.

Du côté de SPI, Patrick-Michel Khider a lui quitté la présidence en décembre dernier, laissant la place à Gilles Charron, ancien directeur commercial, depuis DG en 2020. Khider avait repris le rôle à la mort de Crémiers en 2019.

Mais en coulisse se trame une autre histoire dont certains aimerait qu’elles soient l’après-Plaza.