Le lendemain, le Daily Mail titre :
Titanic coulé, pas de pertes de vies humaines
En réalité, le Titanic n'a jamais communiqué directement avec les terres, mais avec des bateaux. Et il faudra attendre que l'Olympic transmette plus d'informations à New York pour que la réalité soit connue. Mais ce n'est que le 17 avril que la nouvelle précise arrive en Angleterre.
18 avril. 22H, heure de New York.
Plus de 40'000 personnes attendent les rescapés du Titanic au quai de débarquement. Ils sont acclamés comme des miraculés. Le New York Times loue un étage complet d'hôtel pour y loger 20 journalistes qui envoient des articles en direct par téléphones. L'événement fait la une, avec des photos du capitaine et des survivants.
De l'autre côté de l'Atlantique, le séisme est tel que le sénateur américain William Alden Smith lance immédiatement une commission d'enquête. Les audiences publiques deviennent un spectacle médiatique sans précédent. On y dissèque les failles techniques et humaines qui ont transformé l'« insubmersible » en tombeau d'acier. L'impact du naufrage résonne à travers le monde entier, dépassant largement le cadre d'une catastrophe maritime.
C’est aussi le 18 avril que l'Angleterre apprend qu’une majorité des passagers sont morts, malgré quelques survivants. La presse révèle que le Californian avait averti par radio la présence d'icebergs, sans que ça n'ait d'effet. Mais que l'envoi de messages radio a permis à des navires comme le Carpathia de venir secourir des naufragés.
Ce bilan dramatique de plus de 1’500 morts aurait pu être encore plus lourd sans la TSF. Dans les jours qui suivent, Herbert Samuel, ministre britannique des Postes, déclare :
« Tous ceux qui ont été sauvés, ils l'ont été grâce à un homme : M. Marconi... et sa merveilleuse invention ».
Et cette intervention : c'est donc la TSF de Marconi. Mais personne ne parlera ni du fait que l'opérateur du Californian avait éteint sa radio, ni que des messages commerciaux avaient parfois été préférés à la sécurité, ni que l'alerte cruciale du Mesaba avait été ignorée.
Le lendemain, la bourse de Londres ouvre, et c’est la date de l’IPO de Marconi.
Le titre s'envole à 3,5£ à l'ouverture, avant de clôturer à 4£ le même jour, puis de se stabiliser autour de 2£ après quelques semaines. Le naufrage du Titanic a fortement valorisé l'image de Marconi auprès du public, mais c'est surtout la perspective du contrat impérial britannique signé en juillet 1912 qui a provoqué la flambée initiale des cours par la suite.
Sauf que certains avaient peut-être eu cette information… bien avant.