Malgré le Nobel Telefunken et Marconi sont en pleine guerre commerciale pour savoir qui aura la plus grosse antenne. Une guerre temporairement suspendue en 1912 par un accord international de standardisation des fréquences radio, trêve fragile entre ces deux géants des ondes.
Début 1912, Marconi décide de coter sa filiale américaine à la bourse de Londres : la Marconi Wireless Telegraph Company of America. Le prix par action est estimé initialement autour de 2£ lorsque la date d'introduction est fixée au 19 avril. Deux introductions avaient déjà eu lieu entre 1910 et 1912 : la Spanish Marconi Company et la Marconi's Wireless Telegraph Company of Canada. La filiale américaine fut absorbée dès 1919 par RCA4 qui a eu une longue vie après cette histoire. Rachetée par General Electric, elle a été progressivement absorbée par American Telephone & Telegraph Company (future AT&T) et après s’être progressivement diversifiée dans toute l’industrie du broadcast, jusqu’à lancer des satellites dans les années 80, elle est aussi devenue l’un des producteurs de cinéma et de musique les plus importants du XXe siècle. C’est comme ça que l’entreprise finira dans le giron de Sony Music, seul dernier vestige du nom RCA actuellement, qui a vu passer Aretha Franklin, Alicia Keys ou Elvis Presley. La filiale canadienne, elle, a continué d’exister et existe toujours sous le nom de CMC Electronics.
Godfrey Isaacs, nommé directeur général par Marconi est très fier de ces réussites, obtenues après seulement 2 ans à ce poste. Sans doute que ses parents, Joseph Isaacs et Sarah Davis l’étaient aussi, d’autant que leur 2e fils, Rufus était ministre de la Justice du gouvernement Asquith !
À son arrivée, Godfrey avait proposé au Colonial Office d'équiper les colonies britanniques de TSF pour relier tout l'Empire britannique en seulement 3 ans. Le problème c'est que les Anglais avaient payé une fortune pour des câbles sous-marins, dont ils ne voulaient pas trop se séparer…
Mais l'idée a fait son chemin. Et en mars 1912, Marconi signe un contrat de droit privé après que le Parlement a exclu la création d'un monopole d'État. Ce projet n’était rien de moins qu'un réseau mondial ambitieux reliant toutes les colonies britanniques par TSF, évalué alors à plusieurs millions de livres sterling. Une manne qui explique sans doute la frénésie spéculative autour des actions de la société.