💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

Des chiffres et des lettrages

La problématique de l’indicateur soulevé au-dessus est une constante. Dans le cas des SCPI, c’est l’ASPIM qui aligne un peu tout le monde, et le calcul a d’ailleurs été changé il y a quelques années. Dans le cas du crowdfunding par exemple, et j’en ai souvent parlé, c’est un giga-bordel. Chacun communique avec ses propres chiffres, aux définitions très différentes, sans le moindre contrôle, et chaque année la vague association sans influence qui regroupe quelques acteurs sort une étude sans intérêt avec EY. On apprend alors que le rendement moyen est de X%. Ce dont tout le monde se fout, puisqu’on parle d’obligations et que ce qui est intéressant, ce n’est pas le montant auquel signent les clients, mais ce qu’ils obtiennent réellement, retards et défauts pris en compte.

Plusieurs investisseurs ont d’ailleurs créé leurs propres plateformes pour éclairer les autres, comme Alexandre Lefèvre d’Investissements Faciles ou Patrick Setzekorn d’Argent & Salaire. En contrepartie de leur travail, ils ont des liens d’affiliation (clairement indiqués comme étant publicitaires) qui ramènent vers ces plateformes. De quoi générer entre 8 et 25K€ / mois de revenus, selon les mois, et les blogs (puisqu’il en existe d’autres).

C’est cette bataille de chiffres qui m’avait donné envie d’écrire régulièrement sur LinkedIn il y a quelques années quand j’avais commencé à analyser Bricks, qui communiquait sur des chiffres très différents de ses résultats, tout en oubliant souvent de parler de ses risques. Cette passe d’armes m’avait valu à l’époque des comportements qui frisaient le harcèlement mais, de l’aveu de Cédric O’Neill, patron de Bricks, lui-même, cela avait amené la plateforme à évoluer :

  • Bricks avait repris l’idée de mon tableau de suivi pour donner de la clarté à ses investisseurs ;
  • L’AMF était intervenue dans le cadre de la levée de fonds pour la limiter à 8M€17 ;
  • Bricks avait revu une partie de sa communication, notamment sur les risques.

Quand l’AMF a demandé à Bricks de passer du modèle royalties à l’obligation, la proptech est devenue une fintech qui est revenue doucement dans le rang. S’il est toujours possible de trouver certains projets mieux que d’autres, force est de constater que les problèmes actuels portent quasi exclusivement sur les projets en royalties. Et la plateforme communique ouvertement sur ses statistiques18.

De l’autre côté du crowdfunding se trouve l’immobilier fractionné, dont les plateformes tombées au combat se comptent sur les doigts des chanteurs de l’Armée Rouge. Et de ce côté de la bataille, les chiffres sont un véritable enfer, puisque chacun a sa propre définition du rendement. D’ailleurs, c’était un des objectifs de Zero Bullshit avant l’été, que d’arriver à mettre en place une norme. Ces discussions ont d’ailleurs débouché sur une réunion entre acteurs que nous devions par la suite centraliser, mais le projet a dû être avorté suite à un intense harcèlement cet été déclenché par un acteur visé par une newsletter.

Reste qu’aujourd’hui : quand une plateforme de fractionnement annonce x%, personne ne sait où sont les frais, ce qui est inclus, s’il y a un délai de jouissance, s’il y a un scénario de réévaluation des parts et encore moins comment il a été évalué.

Mais le sujet de la communication des risques, des performances et des influenceurs est lui aussi bien plus large.