💥 Zero Bullshit
Chapitre 09

Achetez moi ce stylo !

Mais depuis un long moment, Green Got enchaîne une communication extrêmement agressive. En octobre dernier, j’avais d’ailleurs (en toute bienveillance) fait la remarque en privé à l’un des fondateurs qui m’avait dit qu’il allait « ajuster » mais qu’il n’y avait « rien de méchant ».

La publication61, plutôt maligne et rigolote sur la forme, parle de l’inflation qui bouffe le pouvoir d’achat, où le community manager parle directement au lecteur.

  • Chacun aurait perdu 3’009€ l’année dernière (sur la base de 10K€) ;
  • Alors qu’à 2% de plus que l’inflation, vous auriez eu 13,9K€ ;
  • Que lui a placé 5 K€ sur l’assurance-vie Green Got ;
  • Qu’il a déjà gagné 0,5 K€ en 7 mois (en précisant que les perfs passées, etc.).

Alors que :

  • Un placement qui dépasse de 2 points (plutôt que 2%) l’inflation en 2023, c’est 7%, alors que le garanti oscille entre 3 et 4% ;
  • Qu’on mélange risqué et garanti ;
  • Qu’on n’explique jamais qu’il y a un risque de perte (un PPS a été ajouté suite à la remarque) ;
  • Qu’on parle d’une performance sans rien savoir d’où elle vient, après seulement 7 mois.

La publication est likée plus de 3’000 fois sur Instagram et près de 500 fois sur LinkedIn. Un client s’étonne d’ailleurs de ne pas avoir la même performance. Sa remarque est intéressante, non pas parce que Green Got mentirait ou que leur produit ne serait pas bien, mais parce qu’elle montre la problématique d’une communication trop en décalage avec la réalité :

Peu après, Green Got communiquait massivement sur sa levée de fonds en private equity via Crowdcube, là encore sans la moindre notion de risque ou de liquidité. Et depuis, leur site internet continue de communiquer sans le moindre disclaimer :

Home du site de Green Got avec utilisation du terme « durable », pourtant banni par la plupart des régulateurs, mais surtout le mot « rentable et serein », puis « grandir votre épargne ».

Sur le deuxième écran, la mention citée sur la vidéo est carrément devenue « double profit », tout en parlant de « performance solide ».

Une problématique qu’on retrouve en partie chez le concurrent direct Helios :

Mais pas chez Goodvest qui a su se détourner de la contrainte en ne parlant pas de performance dès les premiers mots :

Tout en ajoutant les mentions adaptées dès qu’il est question de performances.

Plus largement, ce problème de risque est présent chez de très nombreux acteurs. Si, comme je le mentionnais avant, des fintechs comme Bricks.co ont clairement pris le sujet en main en affichant les risques, j’avais évoqué le non-respect de ces mentions chez Blast l’année dernière.

Dans son assignation pour diffamation contre Zero Bullshit62, Blast avait d’ailleurs insisté sur ce sujet. Dans sa mise en demeure, la marque indiquait :

« Contrairement à vos déclarations concernant une (prétendue) absence de mention des risques sur le site de Blast, celle-ci se trouve reproduite à plusieurs endroits : (i) en bas de la page d’accueil, (ii) en bas de la page « Le Club » et (iii) en bas de la page « Comment ça marche », ainsi que dans la documentation contractuelle propre à chaque opération. »

Des éléments repris dans ses conclusions :

« Il est ainsi prétendu qu’aucune mention des risques ne serait présente sur les pages principales du site internet de Blast ou encore dans les rubriques « Home », « Le Club » et « Comment ça marche ». Cette affirmation est tout simplement mensongère et : c’est facilement vérifiable en consultant le site et les différentes rubriques susvisées. »

Pourtant la position-recommandation DOC-2023-0563 de l’AMF est claire, et conforme aux décisions et positions prises sur d’autres supports financiers :

« Pour être correcte, l’information doit présenter de manière équilibrée les différentes caractéristiques de l’offre. La plateforme s'abstient en particulier de mettre l'accent sur les avantages potentiels de l’investissement sans indiquer aussi, correctement et de façon très apparente, les inconvénients associés et/ou les risques éventuels correspondants (…) Dans ce cadre, il ne peut être admis (…) que la présentation des risques du projet d’offre ou de l’offre détaillée soit uniquement insérée en bas d’une communication publicitaire alors que les avantages le sont dans le corps du document (…) Il convient de porter une attention particulière à la typographie utilisée, notamment la taille de la police de caractère, et aux couleurs employées pour la communication sur les performances afin d'éviter que cette information ne soit mise au premier plan. A titre d’illustration, l’utilisation de la couleur ou de caractères gras pour la présentation des risques contribue à le rendre plus visible ».

Or, encore aujourd’hui, Blast parle toujours de « conditions favorables », de « liberté » pour des investissements « à partir de 1 000 € » sans parler du risque élevé de perte en capital et de la non-liquidité, inhérents au private equity.

La première mention des risques intervient à la toute fin de la page, dans le footer64. Cela dit, l’argumentation de Blast via leur avocat montre qu’effectivement, l’affirmation est vraie.

On retrouve exactement le même problème chez Trade Republic65, ce qui est particulièrement étonnant quand on sait qu’ils viennent d’obtenir une licence bancaire, et que donc, des régulateurs ont dû passer par là. On y parle de PEA, d’ETF ou même de cryptos avec des mots tels que « facile » et « sûr ». Là encore, il faut attendre le footer pour voir une mention sur le risque de perte en capital ou la fiscalité du compte rémunéré.

En faisant un panorama des plateformes, on constate que les risques sont :

  • Jamais présents chez les CGP ou les courtiers ;
  • Quasi-inexistants dans l’immense majorité des plateformes cryptos, PSAN inclus ;
  • Un peu plus présents chez les plateformes de crowdfunding PSFP ;
  • Plutôt présents dans les assurances-vie en ligne ;
  • Surreprésentés chez les gérants agréés par l’AMF et les établissements agréés par l’ACPR.

Sans doute par peur d’effrayer le consommateur. Alors qu’il suffit de ne pas limiter sa communication principale aux performances pour ne pas avoir à massivement afficher les risques.

Pourtant Green Got et Blast sont fintechs sont très communautaires. Blast se définit comme un club, dont les membres sont effectivement très actifs et défendent vraiment la marque (qui a un ton un peu virulent, j’en ai fait les frais). Pareil du côté de Green Got, dont les clients sont à l’origine de 35% des ouvertures de compte. D’ailleurs, la fintech ne se définit pas comme une fintech mais comme « the movement of a generation ». Et si la phrase peut sembler un peu bullshit et marketing, c’est une vraie prouesse que d’avoir des communautés aussi investies, surtout pour des produits financiers.

Cacher les désavantages ou travestir la réalité devrait être pris comme un risque majeur, quand ton plus gros actif sous gestion, c’est la confiance de tes clients.

Cela dit, ça ne devrait pas empêcher (normalement) Green Got d’obtenir sa licence bancaire, sur laquelle elle travaille, comme Lydia pour Sumeria, et que la fintech espère obtenir en décembre prochain.

Ca ne remet pas non plus en cause l’intérêt de ces plateformes qui amènent des solutions différentes de placement ou de gestion d’argent. D’autant oui, en vrai, votre argent sera toujours mieux chez Green Got ou Helios qu’à la BNP et son impact sera toujours plus positif.

Mais surtout, on est très loin de ceux qui ont carrément institutionnalisé tout ça.