Mais évidemment, Legend n’est pas le seul. Depuis plusieurs années, M6 s’est imposée comme le tremplin des fintechs.
En janvier 2022, Bricks passe dans Capital83. Régulièrement cette émission économique met en avant des produits ou des solutions. Quand il a été question de Prello l’année dernière, pour le service d’achat progressif, on peut se dire qu’on est dans une zone grise, parce que c’est une sorte de crédit, et pas vraiment un placement. Mais ici, Bricks est clairement présenté comme une alternative qui permet d’investir en immobilier à partir de 10€. Ce qui est factuellement faux : Bricks émet des royalties et on investit globalement dans Bricks, a peu près dans une foncière, mais en aucun cas dans l’immobilier. Ce qui a eu son importance quand les performances se sont très largement dégradées, au point que l’AMF intervienne.
Reste que M6, à aucun moment, n’a mis en avant les risques. Et que Bricks a croulé sous les inscriptions, au point que le site a été indispo pendant un moment.
C’est également sur M6 qu’a lieu régulièrement le jeu télé Qui veut être mon associé ?, où des investisseurs annoncent en quelques minutes mettre de grosses sommes dans des boîtes. Comme si être VC, c’était un oral de quelques minutes. À l’occasion de la newsletter sur Blast, j’avais d’ailleurs longuement expliqué que nombre de ces deals ne se font jamais et plusieurs témoignages fleurissent sur LinkedIn depuis quelques semaines. Pas par mensonge, mais justement parce qu’un deal ne se fait pas en quelques minutes à la télé. Pourtant, c’est clairement le succès du programme qui a permis le lancement, également à succès, du Blast Club.
Le 6 janvier 2025, la chaîne envoie un communiqué de presse pour parler du deal entre M6 Publicité et Trade Republic84. Pendant 2 mois, la chaîne va diffuser Capital Épargne, pour surfer sur la marque Capital, du lundi au vendredi à 20 h 20, présenté par Julien Courbet. Pour Baccino il s’agit de « permettre à chacun de prendre le contrôle de son avenir financier en s’attaquant aux idées reçues sur l’argent qui empêchent trop souvent les gens d’atteindre une stabilité financière à long terme ».
Le 1er épisode est une attaque en règle contre le système :
Oulala. Mais « pas de panique », dit la vidéo, « chacun peut s’y mettre à son rythme ». Ouf. S’ensuit la tronche de Courbet, et Trade Republic n’est jamais clairement cité comme étant la solution. Mais franchement, on n’est pas loin de la désinformation.
Impossible de trouver des traces du programme ou de sa diffusion sur M685, mais les épisodes sont bien sur le YouTube de Trade Republic. On retrouve86 :
Ces dix premiers épisodes ne sont pas honteusement faux. Mais au milieu de conseils basiques et bien sentis (répartition, matelas de sécurité, etc.), il y a clairement une orientation des messages destinés à aller dans le sens de Trade Republic.
Évidemment : c’est le principe d’une publicité.
Cela dit, on voit ici en quoi le sujet de l’éducation financière est problématique et biaisé. D’autres acteurs pourraient parfaitement dire qu’il vaut mieux investir dans le private equity, pour financer l’économie réelle. Ou remplir son Livret A, par fierté nationale. Ou opter pour la crypto, pour limiter son exposition au système bancaire. Ou filer chez une néobanque verte, pour ne plus financer le pétrole. Ou tenter d’augmenter son salaire, pour avoir une meilleure retraite. Ou devenir indépendant et investir pour sa propre retraite. Ou, à l’inverse, se gaver en contrat Madelin.
Si l’éducation financière n’existe pas, c’est parce que ceux qui la promeuvent veulent le faire dans leur propre intérêt.
Si on était objectif, on devrait expliquer aux gens pourquoi le Livret A est toujours en dessous de l’inflation. Parce qu’il est justement garanti. Parce que le garanti est indexé sur les taux des banques centrales. Mais en expliquant ça, on comprend aussi que le garanti évolue. Et qu’un produit à 4 % quand le garanti est à 1 % est complètement différent du même produit à 4 % quand le garanti est à 3,5 %. Et donc que tous les gens qui ont tapé sur les Livrets A pendant des années, gérants de SCPI en tête, ont menti et pris les épargnants pour des cons.
De la même façon que Trade Republic explique pourquoi les banques prennent les clients pour des cons en ne rémunérant pas les comptes courants alors même qu’eux obtiennent une rémunération de la BCE pour leurs propres dépôts.
Le courtier a raison.
Les banquiers n’ont, effectivement, pas vraiment envie que ça se sache.
C’est clairement du storytelling.
Les épargnants en sortent, plutôt gagnants.
Sollicité, Matthias Baccino n’a pas répondu.