💥 Zero Bullshit
Chapitre 02

The golden age

Parce qu’historiquement, le crowdfunding sur internet, c’est plutôt Ulule ou Kiss Kiss Bank Bank. Le financement du livre de poésie ou du film indépendant contre un badge et un merci dans le générique. Un modèle simple : la plateforme, simple intermédiaire, s'efface derrière un prestataire de paiement.

Un tournant majeur s'est produit en 2014, lorsque la France a décidé de structurer et d'encadrer ce secteur en pleine croissance. Trois statuts réglementaires distincts ont alors émergé :

  • PSI, permettant de proposer une gamme élargie de produits allant du crowdfunding immobilier aux OCPI et SCPI.
  • IFP, encadrant les plateformes de prêt avec des limites strictes : 1M€ maximum / projet et des souscriptions plafonnées à 2 000€ par investisseur.
  • CIP, conçu pour les plateformes proposant des investissements en actions et obligations. Ce statut exigeait une immatriculation auprès de l'ORIAS et l'adhésion à une association agréée par l'AMF, comme Financement Participatif France.

Cette réglementation a permis de structurer le marché et d'instaurer un cadre de confiance pour les investisseurs. Mais face à la croissance du secteur et à la diversité des règles selon les pays européens, un nouveau statut harmonisé a émergé en octobre 2020 : l'agrément PSFP, qui a remplacé définitivement les statuts IFP et CIP à partir du 10 novembre 2023.

Le statut PSFP, issu d’un règlement européen1, représente une avancée majeure dans la régulation du crowdfunding parce qu’il couvre la plupart des cas. Enfin presque : on pourrait repartir de la spécificité française d’avoir énormément de projets immo, avec des structurations différentes et des produits différents (royalties, obligations, fractionnement etc.), mais c’est encore un autre sujet.

Le principe fondamental du PSFP repose sur une sorte de délégation du pouvoir réglementaire : le régulateur ne souhaite pas s'occuper directement des projets à quelques centaines de milliers ou millions d'euros, donc il confie à la plateforme la responsabilité d'être intermédiaire, d'évaluer les projets et de vérifier leur conformité.

Ce modèle pose évidemment un problème de conflit d’intérêts, puisque la plateforme gagne de l’argent sur la collecte, et n’a pas beaucoup intérêt à refuser des projets tant qu’elle peut collecter. C’est d’ailleurs ce qui va amener avec le temps à un marché à deux vitesses. Mais ne spoilons pas.

Fin 2023, Tudigo obtient son agrément et rejoint la cinquantaine d’acteurs actuellement agréés.

Ce sont clairement des années fastes pour tout le marché.

D'une collecte anecdotique de 167 M€ en 20152, les plateformes françaises ont connu une croissance exponentielle pour atteindre 2’355 M€ en 2022 : x14 en 7 ans. Mais cette croissance se fait sur 2 segments assez différents : les prêts (sous forme d'obligations majoritairement) et les investissements en capital (equity).

  • Le prêt domine largement : en 2022, les financements sous forme de prêts ont atteint 1’788M€, représentant plus de 85% des montants collectés dans ces deux segments. Cette domination s'explique notamment par la popularité du crowdfunding immobilier, qui utilise majoritairement ce format d'investissement.
  • L'equity prend sa place : bien que moins volumineux en valeur absolue, le segment a connu une progression rapide en proposition. De 40 M€ en 2019, il est passé à 147 M€ en 2022 : x3,7 en 3 ans. Cette tendance témoigne d'un appétit croissant des investisseurs particuliers pour la prise de participation dans des entreprises, traditionnellement réservée aux business angels et aux fonds d'investissement, sans doute porté par une French Tech en forme, dont les levées font les gros titres.

Dans ce 2e segment, Tudigo s'est particulièrement illustré avec 13M€ en 2021 puis 40M€ en 2022 soit 27% du marché.

La collecte du crowdfunding en France, par année