💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

La communauté de l’année

Profitant de l'expansion du marché, Tudigo suit la tendance des levées communautaires initiée par des acteurs comme Qonto, Matera ou Masteos. De l'aveu de tous les marketeux (et CEO) de ces startups, c'était certes un moyen de collecter un peu d'argent, mais surtout une façon de fidéliser et d'animer sa communauté tout en faisant une belle action RP. Car, comme toutes les levées, elle bénéficiera d’une forte couverture médiatique. Et les clients-actionnaires seront beaucoup plus enclins à revenir sur la plateforme, plutôt qu'une autre.

En janvier 2023, Tudigo lève 3M€ sur une valorisation d'environ 40M€.

À l'époque, la pratique étonne, puisque la plateforme lève pour elle-même sur sa propre plateforme, avec tous les conflits d'intérêts que ça suppose... explicitement proscrit par le règlement européen sur le financement participatif... mais à cette période, Tudigo n'est pas encore PSFP. C'est ce qui sera également reproché à Blast l'été suivant, sauf que le club d'Anthony Bourbon, lui, était déjà PSFP.

Article 8 du règlement européen

D'ailleurs, dans son assignation pour diffamation contre Zero Bullshit, pour laquelle elle a été condamnée aux dépens, Blast se défendait d'avoir présenté son dossier sur sa propre plateforme, puisqu'effectivement le règlement l'interdit explicitement.

Extrait de l’assignation de Blast

Eh bien c'est faux. Blast a bien proposé son propre dossier sur sa propre plateforme comme le montrent ces images.

Pour faire cette levée, Tudigo crée le SPV Tudigo Partners avec le format habituel :

  • Une SAS au capital variable de 1€ qui va émettre 3M d’actions pour les 3M d’euros qui seront investis ;
  • Dont le premier associé unique est Bulb In Town.

Au sein de Bulb in Town sont réunis 20 associés depuis 2 ans, en plus des 2 fondateurs qui détiennent 70% du capital.

Une société, Tudigo Holding, est créée afin de réunir les participations des cofondateurs, et le SPV :

  • Chacun des cofondateurs amène ses parts via sa holding personnelle, valorisées 14,5M€, leur offrant 42,5% des parts chacun ;
  • Celles de Lauriot, codirigeante désormais associée, qui a bénéficié d’actions gratuites, pour 1M€, offrant 2,5% ;
  • Les 3M€ du SPV Tudigo Parters, offrant 7,5% des parts.

Comme à chaque levée communautaire se pose la question de la valorisation.

Parce que :

  • Plus la boite est valorisée cher ;
  • Plus c’est cool dans la presse ;
  • Moins le montant levé va diluer les anciens actionnaires.

C’est pour ça que ces valos sont toujours de grosses négociations avec les fonds VC :

  • Moins la boite est valorisée cher ;
  • Plus ils peuvent croquer une grosse partie en dépendant moins.

Le problème c’est que le retail ne sait pas évaluer une boîte, et n’a aucune force de négociation : on lui envoie un deck, et c’est fini.

En l’espèce, Tudigo est valorisée par un expert indépendant 40M€, pour environ 4M€ de CA en 2022 et 1,1M€ d’EBE. Si on raisonne en multiple ça fait CA x10, EBE x36. J’avais déjà abordé un peu le sujet lors du cashout out de Blast. A l’époque, les fondateurs valorisaient 150M€ une boite qui faisait 2,2M€ d’EBE (x68) et 9,2M€ de CA (x16), sachant qu’en réalité les bases EBE / CA utilisées étaient différentes, pour des raisons un peu compliquées expliquées ici. Mais bon, globalement, dans un cas comme dans l’autre, on est à peu près dans les mêmes ordres de grandeur.

Si on compare à Iroko, qui a récemment été valorisée à l’occasion du LBO de ses fondateurs, ça parait très cher. La société de gestion a été évaluée à 47M€ pour 15M€ de CA et 3,2M€ d’EBE en 2023 (en forte croissance). Mais un LBO ne se valorise pas vraiment de la même façon, et dans le cas d’un fintech, c’est aussi un pari sur la croissance.

En tout cas, ces 3M€ (intégralement investis dans Tudigo, et sans cashout) permettent à la plateforme de continuer à financer sa croissance dans un marché qui commence à se compliquer.