En tout cas, ces révélations font clairement monter la tension qui commence à se ressentir dans les équipes de Tudigo. Au point que le sujet remonte dans plusieurs évaluations annuelles. Une salariée indique :
« Très rapidement, je suis prise à partie dans leurs tensions [Note de moi : entre Laing et Vromman) et régulièrement sollicitée comme médiatrice »
Dès la mi-juillet, alors que les problèmes réglementaires commencent à être soulevés, Vromman commence à réfléchir à son départ, qu’il finit par évoquer en off fin juillet. Il met dans la confidence la DRH Souvannarath, à qui un poste de DG a été promis, en plus d’une entrée au capital.
Après plusieurs gouvernances envisagées, il est décidé que Souvannarath sera promue DGA à la fin de l’été avec une augmentation de près de 50%, dont une partie sous forme de facture. L’annonce est faite à toute l’entreprise le 30 aout, puis médiatisée. A cette occasion, la mission de GOD est également élargie, afin de lui confier, en plus du projet de club deal, la gestion du portefeuille et la restructuration des problèmes réglementaires. Notamment parce qu’en 2012, il avait réussi a sauver les fonds retails de Tocqueville Finance, évitant des pertes à 55K investisseurs particuliers.
Mais c’est seulement en octobre que Vromman annonce son départ à Laing, ouvrant la possibilité à une possible vente, même partielle, de ses parts. Et à partir d’octobre, la tension monte encore d’un cran faute de trouver un accord. Le 29, Laing pose le problème sous forme d’ultimatum : en gros, c’est lui ou Vromman. Derrière la forme un peu violente du propos, c’est pourtant tout le problème de la gouvernance de l’entreprise qui est soulevée, puisqu’en dehors d’eux deux, personne n’a son mot à dire. Ni expert, ni board, ni conseil de surveillance.
Alors que l’entreprise enchaîne les ruptures conventionnelles et les licenciements pour tenter de se restructurer et contenir ses charges, les deux dirigeants échafaudent chacun des plans pour continuer sans l’autre. Et sans que l’autre ne le sache vraiment. En interne la situation devient insoutenable pour la plupart des employés qui doivent subir la pression d’une entreprise qui est en perte de vitesse, et la guerre désormais publique des dirigeants qui tentent de monter chacun leur équipe. Certains parlent alors de management violent, d’un climat de « terreur » ou de salariés « en pleurs », citant autant l’un que l’autre dirigeant.
C’est alors qu’arrive un nouveau protagoniste. Initialement introduit par Lauriot, Pierre-Etienne Lorenceau est aussi le 2e plus gros investisseur de Tudigo Partners. Ce BA à impact, qui a été à la tête d’un groupe de média, navigue depuis longtemps dans le monde du private equity. Un temps présenté comme possible président du SPV, il est appelé, visiblement d’un commun accord entre Laing et Vromman pour servir de médiateur. Après tout : lui aussi a intérêt que tout se passe bien.
Le 3 décembre, lors d’une Tudiflash, une réunion interne régulière, Vromman annonce son départ effectif pour l’été 2025. Laing pense alors pouvoir rapidement reprendre la main sur l’entreprise dont les activités menacent de ralentir, même si les pertes (-600K€ en juillet) commencent à se résorber alors que le T4 s’annonçait mauvais (décembre finira même en positif). Le lendemain Laing demande à Lorenceau de prendre la présidence du SPV, afin de remettre en place un équilibre.
Puis le 6 décembre, une convocation pour une AG part auprès des 700 actionnaires afin de trouver un autre président, qui est actuellement Vromman.
« En raison du statut de la société TUDIGO qui est devenue PSFP […] la société TUDIGO doit mettre en place une procédure de gestion extinctive et respecter les exigences quant à la prévention des conflits d'intérêt. »
Les actionnaires sont invités à voter à distance mais en réalité… seul le nom de Lorenceau est présenté. Alors même qu’il est en train de procéder aux rachats de parts de Vromman.
Lorenceau se défend de tout conflit d’intérêt et parle d’un piège rhétorique et se défend :
« Tant que je ne suis pas président je n’ai pas à rendre publiques mes discussions pour racheter l’un ou l’autre »
Certes. Et les offres se font effectivement alors que les 700 actionnaires votent. Mais le samedi 21 décembre, Lorenceau est élu président de Tudigo Partners.
L’info reste relativement secrète, au point que la plupart des associés n’en seront informés qu’un mois après, quand la bataille va commencer à devenir publique. D’ailleurs, à ce jour, l’étonnant PV n’a toujours pas été envoyé au greffe, mais j’ai pu le consulter. Sur 3M de voix, seules 728K étaient représentées, dont 100K par Lorenceau lui-même. Et… l’information a son importance. Parce que les statuts sont clairs : il fallait un quart des droits de votes présentés pour qu’elle soit valable…
Statuts de Tudigo Partners, quorum et majorité.
EDIT 31/03/25 à 12H50 : l’AG du 21 décembre était une AG ordinaire. Dans ce cadre, les décisions exigent un qorum de 20% des droits de votes. Il était donc atteint, avec 24,6%.
Mais en réalité le 20 décembre, soit la veille de l’AG, Lorenceau obtient une promesse de vente de 15% sur les parts Vromman. Puis le 23 décembre, c’est Laing qui propose de vendre l’intégralité de ses parts. Le 31 décembre, Lorenceau dépose une première LOI via sa société pour acquérir les parts de Laing dans Tudigo Holding.
« Je suis certes sollicité [pour acquérir des parts]. Mais nullement acquéreur vu le contexte et l’absence de compte annuel. De ces sollicitations, je conditionnerais toute avancée et achat potentiel à la sortie des comptes définitifs. »
Avant de préciser qu’il avait demandé que son mandat de président ne commence que le 1er janvier. Sauf que le 8 janvier, alors qu’il est désormais président du SPV depuis une semaine, il envoie une nouvelle LOI à Laing pour le rachat de l’intégralité de ses parts, sur une valorisation de 7 à 10M€ de Tudigo.
Selon lui, il aurait mis fin aux discussions « dès février ».
Profitant d’un relatif calme, Lorenceau effectue donc les due dil classiques, quand même bien aucun LOI n’a encore été signée. C’est d’ailleurs un de ses axes de défense quant au conflit d’intérêts : il s’agissait d’un cadre, mais Laing ne l’a jamais signé.
A ce titre, il échange notamment avec GOD qui lui fait part des problèmes qu’il a découvert. Le problème évident, c’est que Lorenceau a désormais accès à des informations confidentielles sur l’entreprise.
« Quand je reçois les informations, j’ai deux casquettes [président du SPV et possible acquéreur]. Je ne sais pas qui elles sont destinées. Mais elles profitent aux actionnaires. »
Ou pas. Est-ce qu’il aurait fallu expliquer que Lorenceau était alors acquéreur aux actionnaires ? « Pas forcément » selon lui, qui considère qu’il a « des intérêts alignés avec les actionnaires » du SPV. Ce qui est évidemment faux.
Parce que quinze jours après… c’est GOD qui propose un projet de reprise, à Vromman et à Laing, également refusé par les deux.
Mi-mars, Laing propose à Vromman de mettre GOD et Lorenceau à l’écart « par précaution ». Pas uniquement parce qu’ils sont chacun dans un camp, mais aussi parce que ce sont deux repreneurs potentiels et donc avec de possibles conflits d’intérêts. Vromman s’y oppose fermement.
En réalité, on commence surtout à voir une ligne où :
Et il est devenu clair que, quoi qu’il arrive, un des cofondateurs devra quitter le navire, sans quoi la situation de blocage va durer éternellement. Enfin, moyennement éternellement puisque même si la société a encore 2M€ de cash, elle ne survivra pas sans activité.