Mais on peut quand même aborder un des sujets les plus emblématiques : celui du financement des entreprises de Laurent Villa. Fin 2021, mais surtout en 2022, Tudigo profite de l’essor du crowdfunding immobilier pour se lancer. Parmi les projets, un promoteur revient à 8 reprises sur la plateforme ;
Les 11 financements de Laurent Villa sur Tudigo
Soit près de 9.7M€ en tout juste 18 mois, via 11 financements. Alors que plus de la moitié a été financée pendant la hausse des taux, quand le marché immo était en train de se retourner. Mais surtout, c’est 11 financements sur les 47 de Tudigo en 3 ans d’environ 40M€ : près d’un quart de la collecte était donc exposée à RX Venture, la société de Laurent Villa.
Alors on pourrait s’attendre à ce que des due dil poussées aient été faites sur l’entrepreneur et ses entreprises. Et c’est peu dire que c’est là encore très lacunaire.
Et ce, alors même qu’il multipliait les levées sur la plateforme.
Mais surtout (bis), le gérant Laurent Villa avait déjà planté une entreprise en 2015, donc des conditions qui lui ont valu une interdiction de gérer de 7 ans, prononcée le 2 décembre 2014. Période pendant laquelle il a créé plusieurs sociétés.
Annonce du BODACC relative à Play Distribution.
S’il ne s’agit pas de stigmatiser chaque entrepreneur qui échoue, on peut se poser la question de donner près 10M€ à une holding créée il y a moins d’un an, dont le premier bilan est toujours juste terminé, dont aucune société n’a jamais déposé ses comptes, et dont nombre d’entre elles repoussent les clôtures d’exercice. Alors que Tudigo explique, pour rassurer les investisseurs, que Villa possède de nombreux restaurants qui tournent… alors qu’il passe sur les plateaux télés pour expliquer que c’est difficile depuis le Covid.
En juillet 2024, alors que les retards s’accumulent sur les projets, et que, comme on l’a vu avant, la situation interne devient compliquée, Tudigo communique auprès des investisseurs.
Courriel de Tudigo aux investisseurs des projets du groupe RX Venture, juillet 2024.
Tout juste un mois plus tard, un projet intitulé Villa la Capicciola - Palombaggia arrive sur Bricks pour 2.5-4.2M€. Le porteur de projet est la société Tigliola Resort. Evidemment, le nom n’est pas hasard. Créé en 2021, la société a été un temps dirigée par Chloé Albertini, qui semble proche de nombreuses sociétés de celui qui assure la présidence en novembre 2022 : Laurent Villa.
Comme d’habitude tous les pseudo-experts financiers publient leurs analyses.
Sur Objectif Renta, on donne un A, tout est au vert, sauf peut être le prix, estimé trop cher.
Pareil sur Argent & Salaire, où on nous explique même que :
« Le porteur de projet, Laurent Villa, s'engage à injecter un minimum de 1,2M€ de fonds propres dans l’opération, et jusqu’à 1,5M€ si nécessaire, pour assurer la solidité financière du projet. »
Quant à Calo L’Investissement Libre il qualifie Villa de :
« Promoteur immobilier expérimenté et originaire de Corse, avec un portefeuille d’actifs haut de gamme évalué à environ 20M€. »
Personne ne relève le problème de Villa. Mais tous pensent bien à mettre leur lien affilié pour prendre leur comm’. Alerté par le problème par GOD, Bricks finit par annuler la levée en octobre 2024 suite à des « doutes sur la solvabilité ». Un des doutes, c’était que les 4M€ levés servent avec tout à rembourser les dettes précédentes.
En septembre 2024, Tudigo a dû communiquer ouvertement à ses investisseurs les graves problèmes de la société : depuis avril 2024, les échéances ne sont plus honorées. Certes. Mais ce qui a interpelé plusieurs investisseurs c’est l’absence de précisions dans les reportings. A cela Tudigo répond que l’ancienne DAF était partie 2024, la plateforme n’a plus d’info… Qu’un audit aurait commencé en aout, mais s’est retrouvé bloqué face au refus de Villa de donner clairement la visibilité sur les comptes.
La situation est d’autant plus grave que :
Interrogé sur le sujet, Vromman m’a répondu que :
« Je peux confirmer que, sur ces sujets, les diligences nécessaires ont été faites et préciser au passage qu’en notre qualité de CIP nous n’avions pas accès au Fichier National des Interdits de Gérer. »
L’information étant pourtant parfaitement publique, puisque publiée au BODAC3. Toujours selon lui, « il n’y a pas de “problèmes réglementaires” », alors que si je travaillais depuis un long moment sur Tudigo, c’était justement après en avoir remarqué un certain nombre. Et selon mes informations, il y en a de nombreux autres.
Par exemple, si Vromman m’explique que Tudigo a été « réagréé sans problème en novembre 2023 par l’AMF », qui n’est en réalité pas un réagrément mais l’obtention du PSFP, ça ne valide en rien la gestion passée et encore moins la gestion future. Comme par exemple la distribution de FIA, ce qui n’est pas autorisé avec cet agrément.
Mais il semble surtout que nombre de manquements ont eu lieu dans les fonctions dont il avait le charge, comme des documents non signés, perdant toute valeur.
C’est le cas de plusieurs garanties, notamment celles de AL Constructions, qui a collecté 1M€, et qui a été en défaut dès la première échéance. Afin de sécuriser les investisseurs face à ce problème, la plateforme avait annoncé « un nantissement des parts sociales de AL Constructions et Palatin Foncière en garanties ». Sauf que les documents n’ont jamais été signés. Et que donc, aucune garantie n’est valable.
Mais ce n’est pas tout. Le dirigeant de la société a pour homonyme un imam condamné. Lors de la due diligence, la personne en charge de la conformité, qui référait directement à Vromman demande alors un extrait de casier judiciaire pour lever le doute. Sauf que c’est un faux.
Mais ce n’est (toujours) pas tout. Les relevés bancaires fournis pour démontrer la solvabilité de l’entreprise sont également des faux qui ont passé l’analyse d’un algo, mais que personne n’a vérifié alors que l’erreur est manifeste.
De son côté, Vromman minimise les faits et parle d’« hypothèses internes non avérées et tronquées, […] sciemment utilisées à des fins malveillantes ».