💥 Zero Bullshit
Chapitre 03

The Owls Are Not What They Seem

À la fin de l’année 2021, Lora profite de son image et de l’explosion du crowdfunding pour ouvrir plusieurs opportunités d’investissements, en s’associant avec plusieurs personnes :

  • Fire NFT, destiné à investir dans les cryptos et les NFT comme son nom l’indique, avec :
    Aloïs Jaboulet-Vercherre, alors âgé de 23 ans, cofondateur de NFT France, sorte de média éphémère, qui se décrit comme investisseur pour 12K€10 ;
    Martin Boulanger, qui raconte longuement son expertise en M&A lors des conversations avec les investisseurs ;
    Nikola Niksic, décrit comme expert en NFT.
  • Fire Invest, destiné à entrer au capital d’entreprises, associé à Martin Boulanger, à qui il laisse 49 % du capital, au début de l’année 2022.

Dans toutes ses structures, Martin Boulanger occupe une place de mandataire social, mais il n’est au capital que de Fire Invest.

Afin de rameuter des investisseurs, Fire NFT opte pour une communication agressive, assez loin du positionnement initial de Lora, dans un marché en plein boom.

« On a beaucoup de succès. Genre vraiment beaucoup, du coup on devra faire une sélection sur les profils pour des contraintes réglementaires. […] Les premiers [inscrits] auront accès à l’opportunité. »

Le marketing habituel du FOMO11. En janvier 2022, alors que le bouclage de Fire NFT approche, il écrit à un investisseur :

« On est à 17M€ de promesse. Malheureusement, on ne pourra pas [les] prendre les 17M€. […] La première raison est qu’on puisse réaliser les meilleures performances. La deuxième, parce qu’on est limité car nous ne sommes pas encore un fonds mais simplement une structure qui permet d’investir en commun. »

Quelques jours après, Fire NFT boucle sa levée de 4M€ auprès de 313 investisseurs, avec un horizon d’investissement à trois ans pouvant être prorogé de deux ans « dans l’intérêt de l’ensemble des souscripteurs ».

Si personne ne relève de problèmes réglementaires, plusieurs investissements posent néanmoins des questions sur les frais. Parce qu’en investissant au minimum 10 K€, les investisseurs acceptent un carried de 35%, c’est-à-dire une rémunération sur les plus-values mais également des frais de 4%… par an. Soit 160K€ par an, donc 480K€ sur l’horizon d’investissement, qui représentent 12 % du montant investi.

Interrogée, l’équipe de Fire NFT indique que « les 4% n’ont pas vocation à servir de salaire au gestionnaire » mais « uniquement à financer la structure ».

Ce qui n’a donc aucun sens.

Parce que les frais de structuration, ça se paye à l’entrée. Sur un fonds, c’est généralement entre 5 et 10%, et cela permet de rémunérer la distribution, les avocats, la compliance, etc. À l’inverse, des frais annuels rémunèrent le travail accompli. Ils peuvent être sur les frais générés, par exemple dans la SCPI, ou sur la valorisation du portefeuille, par exemple en private equity.

Sauf que le contrat de Fire NFT est on ne peut plus clair.

  • Il s’agit clairement de frais de gestion, et non de structuration ;
  • Les frais sont calculés non sur la valorisation de l’actif mais sur le montant souscrit.

En clair y’a 12% de frais quoi qu’il arrive.

Quant aux investisseurs, ils vont devoir se contenter de la confiance qu’ils accordent aux gérants (puisque c’est ainsi que l’équipe de Fire NFT se nomme) qui vont encaisser leurs fonds. Parce que le contrat qu’ils signent n’est ni un contrat obligataire, ni des actions d’un SPV, mais un contrat de royalties, instrument que l’AMF décidera de fortement limiter en décembre 2022, notamment suite aux affaires autour de Bricks12.

Cette confiance semble d’ailleurs bien fragile dès le départ. Parce que selon mes informations, Jaboulet-Vercherre et Niksic ont été rémunérés sur facture 45 K€ la première année. Si Niksic a quitté rapidement le projet en mars 2023, Jaboulet-Vercherre est lui encore impliqué.

Alors qu’est-il arrivé aux demi-millions de frais de gestion ? Comme toutes les entreprises de Lora, Fire NFT n’a jamais déposé ses comptes. Donc le mystère reste entier. Ou a minima opaque.