Parce que quelques mois après le lancement de Fire NFT, l’affaire FTX déboule et le marché s’effondre. C’est la fin d’un cycle crypto parmi d’autres. Mais comme à chaque cycle économique, les plus gros s’en sortent et une majorité de petits restent sur le carreau. Même si Lora affirme avoir eu des performances de « plus de 10%/semaine au lancement ».
Dès juin 2022, six mois après la collecte, le marché NFT se dissout et disparaît. La valeur du portefeuille fait -60%, ce qui fait donc bondir les frais de gestion à 10%, puisqu’eux ne sont pas indexés sur la valeur nette de l’actif. Une petite dinguerie dont Noxavia s’était fait le spécialiste (ça aussi on y reviendra avant la fin de l’année).
Évidemment, fin 2022 quand le BTC tombe sous les 20K$, emportant avec lui l’ETH où sont stockés la plupart des NFT, difficile de dire quand et comment il remontera. Mais personne n’est vraiment inquiet, ni pour le BTC ni pour la plupart des grosses cryptos. À l’inverse, à part ceux qui ont massivement investi, tout le monde a compris que le NFT au sens singe et autres joyeusetés était fini. Au point d’ailleurs qu’a posteriori (et même à l’époque) on peut vraiment se demander comment quelqu’un a pu croire une seule seconde au marché du JPEG.
Non pas qu’il n’y ait aucun intérêt à utiliser la blockchain pour inscrire une propriété. Mais parce qu’aucune collection n’a su garder une hype pendant plusieurs années… Et surtout pas sans histoire et sans usage.
Bon, je vais pas te refaire l’histoire des trois dernières années cryptos, mais pour faire simple : les NFT ne valent plus rien. Ceux de Fire NFT ne font pas exception.
Parce que si le marché crypto s’est effondré et est partiellement remonté, ce n’est pas vraiment le cas de celui des NFT. Ni, plus largement, de celui des investissements de Fire NFT, dont un NFT de Ludovic Baron, photographe à la gloire médiatique éphémère autour de 2021-2022.
L’équipe de Fire NFT tente de rassurer en arbitrant puis en réinvestissant sur d’autres cryptos dont quelques shitcoins. Avec un certain sujet, notamment via le fameux Pepe.
Mais entre la dimension communautaire remplacée par un gérant tout-puissant, l’absence de reporting clair et les performances en chute libre, la confiance se perd et les investisseurs montent au front. D’autant qu’assez rapidement, Niksic quitte le projet pour des raisons personnelles. Pourtant Lora fait bloc et justifie ses frais :
« Après la lecture de vos retours et l’approche qui est contre notre dynamique sur ce projet (communautaire, avancer ensemble, se soutenir), on a décidé qu[‘]on reste sur 4% de fees pour le projet, ce qui est justifié »
4% sur le collecte donc. Et toujours pas sur la VL13 qui affiche -60%. Ce qui amène en réalité les frais de gestion à 10%/an. Alors même que les performances sont désastreuses.
Après coup, Lora persiste dans sa stratégie.
« Pour moi c’était soit x0 soit x30. Mais comme je suis pas majoritaire, je ne peux pas décider. »
Entre les lignes, Lora m’explique que cette gestion de demi molle mesure a empêché de rebondir et d’aller chercher plus de performance. Quant à la transparence et la décentralisation promises pendant des mois, elles se noient dans un opaque conflit entre les associés.
D’ailleurs, interrogé à plusieurs reprises sur les frais, les investissements exacts et la performance, Lora se montre très évasif. Pressé par la communauté d’investisseurs, il se contentera d’un tableau qui commence par « voici ce qu’on peut vous dire ».
Parce qu’en off, les associés ont visiblement signé un deal financier avec pacte de non-agression, que Lora confirme du bout des lèvres. Mais dont les investisseurs ne sauront jamais rien.
Reste qu’en 2024, Fire NFT tente le tout pour le tout sur le projet de DAO Tapioca, énième microcap dont les investisseurs ne comprennent rien (et se foutent) au projet et espèrent juste arriver un jour sur un petit DEX14 puis quelques temps après sur un gros CEX15, pour se gaver en plus-value.
Sauf qu’en octobre 2024, Tapioca est victime d’un hack à 4,4M$16, et les 153K€ investis par Fire NFT sont dits perdus. Pour la petite histoire, le problème est dû à un stablecoin (dont j’ai expliqué les problèmes ici), l’USDO, dont le smart contract a été détourné. Les hackers ont créé 5 quintillions (ouais) d’USDO, ce qui a permis d’attaquer des pools. Selon plusieurs enquêtes, Tapioca aurait d’ailleurs été plusieurs fois attaquée avant, notamment par Lazarus.
Mais les gérants de Fire NFT restent confiants, alors que le token ne vaut plus rien. Cela dit, ils n’ont jamais vraiment eu grand-chose. Puisque Fire NFT n’a jamais acheté de token mais un droit à demander des tokens.
En juin 2025, les fondateurs de Tapioca disent qu’ils vont revenir. Mais rien. Pareil en septembre. Puis promettent décembre. Alors Fire NFT lance la grande liquidation.
Le 7 septembre 2025, Lora balance le deal auprès de ses 20K abonnés de sa newsletter Fire France. Au milieu de ces nouvelles formations, il met aux enchères sur un Google Docs ce qu’il reste de Fire NFT.
Au final, le NFT de Baron partira pour 1K€ et les Tapioca pour 4K€. De quoi faire un virement de 19,94€ pour 10K€ investis. Mais qui viennent s’ajouter à un solde de 7,4K€/10K€ investis en janvier 2025.
Soit -25% de perte.
Sur 3,8M€ collectés + 200K€ de Lora, on est donc à 1M€ de perte.
Dont un peu moins de 500K€ rien qu’en frais de gestion.
Soit près de 17% du montant rendu.
Rien ne se perd, rien ne se gagne.
Tout se transforme.