Entre les années 1970 et 1990, la Villa Montmorency connaît une transformation radicale. Ce qui n’était qu’un lotissement bourgeois devient un sanctuaire ultra-select, un havre coupé du monde où se croisent pas mal d’artistes et stars qui show-business, bien avant que que les grands patrons n’arrivent.
La première vague de vedettes arrive dans les années 1970. Johnny Hallyday et Sylvie Vartan ouvrent le bal. En 1978, ils achètent une maison au tout début de l’avenue Boufflers, une demeure de caractère nichée à l’angle de la rue des Peupliers, pour 4,1M Frs. Le roi du rock français, éternel fugitif traqué par ses fans et les paparazzis, trouve enfin un havre où garer ses bolides sans être assiégé par les flashs. Sylvie Vartan, elle, ne quittera jamais la Villa : aujourd’hui encore, elle y vit avec son second mari, Tony Scotti, dans une maison bordée au nord par l’ancien patron de Cheniere.
La même année, Gilles Jacob, futur président du Festival de Cannes, acquiert une maison de 500m² pour 3,2M Frs. Puis Carole Bouquet s’installe sur une propriété de 700m² en 1994, qu’elle revendra plus tard pour 9,3M Frs en 2006.
Mais c’est surtout l’époque où est arrivée la chanteuse Rika Zaraï. Amoureuse de résidence, elle achète le 2 avenue des Tilleuls, depuis repris par le patron d’un gros fonds d’investissement parisien. La bâtisse construite en 1870 est mitoyenne avec le 4 qui a été divisé, comme le 2 le sera par la suite. A l’époque la villa voisine, avenue du Square, n’était pas encore occupée par Philippe Alazar, le patron de Bigard, mais ses habitants pouvaient voir défiler le tout Paris que la chanteuse invitait chez elle pendant des longues années où elle habitant dans la villa, de 1986 à 2012.
Tout ceux qui ont connu la vie de l’époque la décrivent comme impliquée dans les (complexes) décisions de la villa qu’elle voyait comme un petit village.
Dans le même temps, la Villa Montmorency attire des figures plus discrètes du monde du cinéma et de la musique. Mylène Farmer choisit le 17 avenue des Tilleuls. Pour une artiste connue pour sa réclusion et son mystère, cette enclave protégée devient un cadre parfait. Pendant plus de vingt ans, elle y vit avec son compagnon de l’époque, le réalisateur Benoît Di Sabatino.
Mais la quiétude qui lui était promise derrière les hauts murs de la Villa s’effrite peu à peu. Ses deux bergers suisses deviennent un problème. Leurs aboiements incessants exaspèrent le voisinage, jusqu’à ce que l’un d’eux attaque une factrice. L’affaire fait scandale lors des assemblées générales de la copropriété. Sous pression, Mylène Farmer est contrainte de partir en 2019.
Mais plutôt que de vendre, elle procède à un échange immobilier, valorisant sa maison à 9,3M€ contre une demeure de maître à Montretout, à Saint-Cloud, à quelques mètres de la famille Le Pen, dont le manoir domine le parc. Enfin, ex-propriété, puisqu’à la mort de Jean-Marie il a été mis en vente un peu moins de 9M€. Personne n’aurait encore fait d’offre pour la grande maison qui jouxte celle où habita longtemps Guy Béart, avec Emmanuelle, et la magnifique hôtel particulier Second Empire où vécu Lino Ventura jusqu’à sa mort, maintenant racheté par Jean Dujardin il y a 10 ans.
Non loin de l’ex-villa de Mylène, c’est une autre icône, Céline Dion (et son mari d’alors René Angelil) qui s’était offert le 16 avenue du Square, l’une des quatre maisons qui surplombent le rond-point central de la Villa. La chanteuse canadienne, qui était déjà une star, avait fait de cet écrin un pied-à-terre parisien de prestige, bien qu’elle n’y ait quasiment jamais vécu. Mise en vente plusieurs fois ces dernières années et médiatisée par l’agence Kretz, la demeure aurait trouvé preneur fin 2024, sans que la transaction ne soit confirmée.
Plus récemment, c’est Isabelle Adjani qui s’était installée au 3e étage du 17 avenue des Peupliers entre 2003 et 2005, tandis qu’au rez-de-chaussée, elle côtoyait Dominique Ambiel, producteur et futur conseiller de Jean-Pierre Raffarin.
Mais dans les années 1980 plusieurs capitaines d’industrie, les patrons de médias et les figures du capitalisme français prennent progressivement le relais des artistes et des célébrités.
Vincent Bolloré, encore loin d’être l’homme qui régnera sur Canal+, acquiert une première maison en 1983 pour 2,2M Frs. Son jardin est modeste (100 m²), mais son ambition, immense. Peu à peu, il rachète plusieurs autres propriétés dans la Villa, consolidant son pouvoir.
Jean-Paul Baudecroux, le fondateur de NRJ, s’installe à quelques mètres de son associé Alain Weill, qui habite alors de l’autre côté, boulevard de Montmorency. Ensemble, ils forment le duo le plus influent de l’audiovisuel français.
De l’autre côté du domaine, c’est Alain Afflelou, le magnat des lunettes, qui achète une demeure d’exception pour 70M Frs, aujourd’hui à vendre. En 2012, le milliardaire de la lunette avait déjà mis en vente les 830m² pour 48M€, moins pour vendre que pour montrer au fisc qu’il était bien installé à Londres. Mais personne n’a cédé à ce prix.
L’immobilier atteint alors des sommets inédits, et seules les fortunes les plus importantes peuvent encore espérer s’y installer. En 1993, Corinne Bouygues, fille de Francis Bouygues, suivi par Thierry Dassault, héritier du groupe aéronautique, venant profiter d’un îlot d’élite où tout est fait pour préserver le secret et l’intimité de ses résidents.
Bien que le calme n’y soit jamais absolu.