En avril 2025, quelques jours après la faillite de Koregraf, WiSEED lance un pavé dans la mare dans un communiqué auprès de ses investisseurs.
« Historiquement, WiSEED prenait en charge les frais de procédure (avocats, auxiliaires de justice, frais de saisie immobilière) et se remboursait sur les sommes recouvrées. […] Désormais, pour les nouveaux projets proposés sur la plateforme à partir de mai 2025, un pourcentage du montant collecté sera provisionné au moment de la collecte pour couvrir d’éventuels contentieux [et] pour les projets existants, WiSEED met en place des appels de fonds progressifs pour financer les démarches judiciaires à venir. »
Fini la gratuité.
Les investisseurs, déjà secoués par les mesures lunaires de Koregraf (racontées ici), tombent des nues. C’est d’autant plus violent que les discussions sur le Discord où se rassemblent quelques centaines d’investisseurs du crowdfunding montrent à quel point ils sont éloignés des réalités, oscillant entre l’idée que quelques recommandés ne coûtent pas si cher et la conviction que les émetteurs « savent » qu’ils « doivent » rembourser.
La réalité, c’est que le recouvrement est un métier.
Ce n’est pas celui de WiSEED ni de ses petits copains. Et ils apprennent tant bien que mal à le faire, tout en finançant avec de l’argent qu’ils n’ont plus.
Parce que dans le même temps, WiSEED a mandaté une banque d’affaires en décembre, qui a contacté près de 300 acteurs de tout bord, après avoir cherché un adossement pendant six ans. L’idée, à ce stade, est de trouver un deal in bonis, tant que l’entreprise tourne encore correctement, même à « vil prix », selon un proche du dossier. D’autant que l’entreprise a globalement été rentable jusqu’en 2023.
Résultats de WiSEED
Près d’une vingtaine de repreneurs se manifestent, et trois LOI sont déposées : deux pour un rachat total, une uniquement pour l’equity, qui amèneraient les projets immos à passer en gestion extinctive.
Mais rapidement, un point de blocage majeur apparaît.
Parce qu’en 2012, à l’occasion d’une augmentation de capital, WiSEED accorde des actions de préférence à Vincent Markus via sa holding FJ Investissement.
Extrait d’une AG de WiSEED
Et pour faire simple, ces ADP donnent un droit de blocage à l’actionnaire, même minoritaire, qui aura au total posé autour de 300K€ selon plusieurs sources concordantes. Quand bien même il n’a jamais mis les pieds dans l’entreprise, ne s’est jamais investi, n’a jamais assisté à une AG et s’est complètement désintéressé de son investissement, l’actionnaire garde son pouvoir de blocage… en 2025.
S’il n’est pas contre sortir, la valorisation qu’il demande lorsqu’il est approché semble délirante : 2M€ pour ses 5%, portant donc la valo de WiSEED à 40M€, soit 2 à 4 fois les prix qui circulent pour la plateforme, ou deux de ses intermédiaires en cours de process à l’époque, à KPI proches.
Aucune négociation n’aboutira. Aucun conciliateur ne le fera fléchir. Pourtant, WiSEED va prochainement manquer de cash et son investissement pourrait finir… à zéro.
Pour les dirigeants de WiSEED, la situation devient intenable, puisqu’évidemment toutes les LOI sont sous conditions suspensives. En février, un administrateur judiciaire est nommé dans le cadre d’une conciliation, finalement ouverte le 1er août.
Mais pour tenter d’aller au bout du process, WiSEED contacte ses actionnaires historiques en septembre 2025 avec un autre plan : une prepack cession. C’est-à-dire que l’entreprise prépare dès maintenant un plan en cas de « procédure ultérieure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire ». Le dépôt des offres est fixé au 15 septembre.
Dans le même temps, l’appel du pied aux historiques permet de lever 700K€ en augmentation de capital, bridge permettant de laisser le temps à une éventuelle LOI d’aller au bout, la cessation de paiement étant proche.
Email envoyé par l’administrateur judiciaire.
Note : la confidentialité, alors requise, est aujourd’hui caduque, puis la conciliation est terminée.
Finalement, l’épilogue arrivera quelques semaines plus tard, en octobre. Plusieurs acteurs semblent intéressés, dont un PSI bien connu qui, finalement, décide de laisser tomber, ou encore le récent repreneur d’un média financier dont l’offre ne semble pas adaptée. Mais les négociations se focalisent sur un bien connu de l’AMF et de l’ACPR, régulé, qui semble avoir les faveurs de tous les participants.
Entre-temps, WiSEED a déclaré sa cessation de paiement le 25 septembre auprès du tribunal de commerce et demande son placement en redressement judiciaire lors de l’audience du 7 octobre. En réalité, WiSEED n’a pas pu payer une échéance de prêt au 1er septembre et doit désormais 777K€ pour un peu moins de 4M€ de passif et seulement 150K€ sur ses comptes.
À l’audience, WiSEED revient sur ses difficultés :
WiSEED veut aller vite, et contrairement au procureur qui souhaite renvoyer l’affaire, la société sait qu’elle n’a pas de temps, d’autant qu’elle n’est plus dans les clous réglementaires depuis juin 2025. Les différents acteurs défendent tous l’offre qui paraît la plus crédible.
Ce qui amène donc le tribunal à accepter le redressement judiciaire hier.
Extrait du jugement de redressement judiciaire du 20 octobre 2025
La suite ? Elle sera longue, et probablement douloureuse suite à l’annonce officielle du repreneur dans quelques semaines.
Au moins peut-on se réjouir que la plateforme ne parte pas en gestion extinctive, tant on sait que ces procédures sont mal préparées et catastrophiques pour les investisseurs.