La lettre du repreneur de Duralex aux souscripteurs qui ont perdu 7M€
Le jour où le tribunal de commerce d'Orléans lui confie Duralex, Cédric Meston écrit aux particuliers qui avaient placé 7M€ à 8% dans la verrerie. Sa lettre, que Zero Bullshit publie, leur offre des verres et une visite d'usine.
« Vous êtes près de 9 000. » C'est la première phrase de la lettre que Cédric Meston adresse aux particuliers qui avaient financé Duralex un an plus tôt. La suivante leur prête un mobile :
« Pas pour un rendement. »
Le rendement était pourtant écrit noir sur blanc sur Lita à l'époque. A l'inverse des risques. La verrerie Duralex, qui fabrique depuis 1945 près d'Orléans les verres trempés des cantines, avait été reprise en SCOP par ses salariés en 2024. En novembre 2025, la coopérative propose sur Lita, plateforme de financement participatif dédiée à l'investissement à impact, des titres participatifs rémunérés 8% par an pendant 7 ans, assortis d'une réduction d'impôt de 18% selon son directeur général de l'époque. Un peu plus de 7M€ sont collectés auprès de 10'523 particuliers selon la plateforme, soit 1'500 de plus que n'en compte la lettre. 7 mois plus tard, la coopérative est en redressement judiciaire.
Tomé, la holding de Cédric Meston qui porte déjà Tupperware France, reprend l'usine pour 16M€ par une cession à la barre : les actifs passent au repreneur, les dettes restent dans la coopérative, promise à la liquidation. Les titres des souscripteurs en font partie. « Je ne vais pas vous expliquer que c'est la règle du jeu », écrit Cédric Meston, juste avant un paragraphe sur la société émettrice « distincte de la nôtre », la procédure collective et le mandataire judiciaire. La règle du jeu, donc.
Le même paragraphe précise qu'il ne peut « ni vous promettre un remboursement, ni en fixer le calendrier ». Un calendrier suppose qu'il y ait quelque chose à rembourser. Jeudi, Julien Benayoun, cofondateur de Lita, a reconnu que les souscripteurs allaient perdre leur mise, avant d'expliquer à l'AFP que c'était un placement « très risqué », ce qu'il n'avait jamais dit avant. Dans la lettre, les mots perte et perdu n'apparaissent pas une seule fois.
À la place, un vocabulaire : un « geste rare », une « idée » restée « intacte ». Puis une contrepartie en nature. Tomé offrira des produits Duralex et Tupperware, les deux marques qu'elle commercialise, « pour un montant proportionnel à votre investissement initial », chiffré plus tard, et une journée à l'usine réservée aux souscripteurs et à leurs proches. « Venez nombreux. Venez en famille. »
Rien n'oblige le repreneur envers les créanciers de la coopérative, et la lettre le rappelle à bon droit. Reste ce qu'elle produit : un placement à 8% devient après coup un don, et le créancier un visiteur. Chacun des 10'523 souscripteurs perd en moyenne 665€, sans compter les intérêts promis, et la seule compensation proposée arrive en marchandise, à une valeur que fixe la société qui la vend.
Dans les prochaines semaines, Silham El Kasmi, associée de Cédric Meston dans la reprise, accueillera à La Chapelle-Saint-Mesmin des familles venues voir tourner l'usine qu'elles ont aidé à tenir debout. L'invitation leur dira ce que vaut leur mise en gobeleterie. Le remboursement n'est pas au programme. Mais l'honneur est sauf. Et une bonne partie des emplois aussi. Comme dirait Alain : c'est déjà ça.
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