Duralex sauvé, ses épargnants de Lita paient la casse

Cédée le 14 octobre à Tomé, la verrerie Duralex sauve 155 emplois sur 220. Les plus de 10'000 particuliers qui lui avaient apporté 7M€ via Lita passent après tous les créanciers, la plateforme, elle, a prélevé 420K€ HT dès la collecte.

Publié le 14 octobre 2026 à 18:37

Duralex sauvé, ses épargnants de Lita paient la casse

Un courrier. C'est tout ce que les particuliers qui ont souscrit des titres participatifs Duralex à l'automne 2025, jusqu'à 1'000€ par tête, peuvent encore attendre de Cédric Meston, le repreneur de l'usine. Ils sont plus de 10'000 et avaient apporté 7M€ via Lita, plateforme de financement participatif spécialisée dans l'investissement citoyen. Le 14 octobre, le tribunal de commerce d'Orléans a cédé la verrerie de La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), qui fabrique depuis 1945 les verres trempés des cantines et emploie encore 220 salariés. Reprise en SCOP par son personnel en juillet 2024, elle était en redressement judiciaire depuis juin, le 5e en 20 ans.

Le repreneur en garde 155, ce qui faisait de son offre la plus favorable à l'emploi des deux en lice, selon Le Monde. Tomé, la holding de Cédric Meston spécialisée dans la reprise d'entreprises en difficulté et déjà propriétaire de Tupperware France, porte un plan de 16M€ : 10M€ d'investisseurs privés, dont 4M€ de Tomé rendus possibles par l'entrée de NJJ Capital, la holding de Xavier Niel, à son capital, et 6M€ d'argent public. Orléans Métropole, qui avait racheté le terrain 5,6M€ en 2024, le loue au nouveau propriétaire en crédit-bail. Les salariés repris gardent leur poste, et ceux qui détenaient des parts de la SCOP, environ 60% de l'effectif, se voient promettre une solution par le repreneur. Les porteurs de titres participatifs n'ont droit qu'au courrier.

Les 7M€, eux, passent en dernier. Ces titres, rémunérés 8% par an pendant 7 ans, sont subordonnés de dernier rang. Une obligation à 8% sur le papier, des fonds propres au moment de compter. Le plan de cession transfère l'usine à Tomé, les dettes restent dans une SCOP appelée à disparaître, dont un audit a révélé une trésorerie critique, a indiqué Bercy en septembre. Il n'a pas été possible de connaître le prix de cession. Pour que les porteurs de titres en revoient un euro, il faudrait qu'il couvre d'abord toutes les autres dettes de la SCOP.

Le 4 novembre 2025, Zero Bullshit relevait que la fiche du projet sur Lita ne donnait aucun chiffre financier, et que la SCOP, 15 mois d'existence, n'avait jamais déposé de comptes. Près de 20M€ d'intentions ont afflué en 48 heures quand même. En avril, quand le directeur général et son fils, directeur financier, sont licenciés, aucun bilan certifié n'existe encore. Les 7M€ ont donc été collectés auprès du public avant le moindre bilan certifié. Une enquête pénale a depuis été ouverte sous la direction du parquet d'Orléans, pour un motif qui n'a pas été rendu public, et sans mise en cause connue. Bercy évoquait de son côté des erreurs de gestion, sans malversation apparente.

Lita, elle, a été payée à la collecte. Sa commission, 6% HT des montants levés, représente 420K€ HT sur 7M€. L'équivalent de 9 mois des coupons promis aux souscripteurs, encaissé d'avance par la plateforme, sans attendre que la verrerie gagne un euro. Il n'a pas été possible d'établir si un coupon a été versé avant le gel des créances, en juin. Dans le sauvetage de Duralex, la seule rémunération acquise dès le premier jour est celle de l'intermédiaire, et la seule perte pour laquelle personne n'a rien promis, celle des particuliers qu'il a fait souscrire : jusqu'à 1'000€ chacun, 7M€ au total.

Au passage, les mieux informés de l'affaire sont ceux qui ont donné. En janvier, 2 mois après la levée, Duralex ouvrait une cagnotte solidaire, sans rendement ni remboursement, avec un mug ou un sac en toile en guise de merci. Eux savaient qu'ils ne reverraient pas leur argent.

Plus de 10'000 boîtes aux lettres recevront bientôt le courrier du repreneur. Sur chaque ticket de 1'000€, Lita a gardé 60€ HT, prélevés dès la collecte, à l'automne 2025.

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