💥 Zero Bullshit

Morts pour un burger 🍔

Qui sont les 13 livreurs Uber et Deliveroo morts sur la route ?

Ils s’appelaient Jorge, Julien, Pablo, Maurizio, Luis, Alberto, José, Kuan, Su, Ramiro, Artky, Armando, Iderval ou Pujan. Tous sont morts en travaillant pour Deliveroo, Uber Eats, Rappi, Globo, Yandex, Foodracers ou Caviar, alors qu’ils étaient en livraison. Souvent lors d’un accident. Ou d’épuisement, comme Artyk Orozaliyev le 16 avril 2019 à Saint-Pétersbourg.
En France, les plateformes expliquent qu’ils sont indépendant. Qu’ils sont entrepreneurs. Chef d’entreprise. Qu’ils sont libres.

La réalité, c’est que ce sont des travailleurs précaires, qui doivent gérer toutes leurs charges (de leur vélo à leurs dépenses de santé) sans aucune garantie de revenu, et qui n’auront pour seule récompense que les 5 étoiles du Graal.

L’autre réalité, en France, c’est qu’ils sont majoritairement arabes, et noirs. Ce n’est pas un hasard. Ces travails sont pénibles et rares sont ceux, même étudiants, qui veulent s’y coller. Alors on y retrouve tout ceux qui sont écartés du marché de l’emploi, parfois sans diplôme, parfois même sans papiers. Parce que même si les plateformes s’en défendent, nombre de livreurs sous louent leurs applications en échange d’une commission, à ceux qui n’ont pas le droit de travailler en France.

Depuis des années, en France et ailleurs, nombreux sont ceux qui luttent pour que ces livreurs puissent être salariés. Parce que le salariat, c’est pas juste la prison grise que décrivent les quelques zozos qui LinkedIn qui expliquent gagner 10K€ / mois (en vendant des formations pour gagner 10K€ / mois). C’est aussi une protection pour les plus précaires, et ceux qui travaillent dans les conditions les plus difficiles.

Pendant plusieurs mois, j’ai cherché des infos sur eux. J’aurais pu parler des témoignages bouleversant de ceux qui ont arrêté de travailler du jour au lendemain. De Karim F., qui a perdu 1 mois de revenu suite à un accident de VTC alors que sa voiture était immobilisée en attendant un expert, et qui a du reprendre en urgence un emploi dans un fastfood. De Ali B., qui s’est fracturé le tibia en tombant pendant une livraison un soir d’hiver, et raconte être resté près d’une demi heure sous la pluie seul, téléphone brisé, ayant du attendre qu’un passant vienne l’aider. Faute de rééducation, il n’a jamais repris le vélo. Ni les livraisons.

Mais j’ai choisi de parler de ceux qui ne pourront plus jamais monter sur un vélo, morts au champ d’horreur pour une pizza ou un burger.

Je me suis plongé dans les articles depuis janvier 2019, et sur les 16 livreurs morts au travail, j’ai pu en retracer 13, grâce aux services de police, aux parquets, aux avocats et parfois à leurs proches.

Treize destins qui pour la plupart se sont résumés à quelques lignes dans une édition locale des faits divers, le plus souvent sans même citer leur prénom.

Aucune enquête.
Aucune révélation.
Aucune interview poussée.

Juste treize destins stoppés nets sur le bitume d’une métropole, pour un burger.