Fin 2019, les créanciers déclarent plus de 11,5M€ de créances. Le liquidateur en retient 9,6M€, dont 700K€ de salaires et 7,5M€ de fournisseurs, de prêts et d'autres impayés. Soit plus que tout ce que Biom'up a vendu en 3 ans, de 2015 à 2017.
Les élus du personnel avaient alerté, des administrateurs aussi. Après la faillite, ce sont 2 professionnels nommés par le tribunal qui prennent le relais. Ils ne sont ni actionnaires, ni salariés, ni créanciers de Biom'up.
Le premier, l'administrateur judiciaire, gère la société pendant le redressement et dresse le bilan de ses difficultés55. Lancer Hemoblast coûtait cher, et les ventes ont tardé, écrit-il. Mais il pointe surtout un « cash burn », une consommation de trésorerie, qu'il qualifie de « non contrôlé » et qu'il attribue à l'ancien dirigeant. Rien qu'en 2018, 4M€ de déplacements sont rattachés à l'ancien DG, les siens et ceux de salariés, 3M€ de frais d'avocats et 1,8M€ de promotion et de publicité88. La même année, la direction générale et le comité de direction coûtent 3,2M€ en rémunérations, contre 1,5M€ en 2016.
Le second, le liquidateur, défend les créanciers. Face aux 9,6M€ de dettes, il ne récupère que 3,4M€. En 2022, il attaque Binant et Jan Øhrstrøm, le président du conseil devenu son successeur, en responsabilité. Autrement dit, il demande au tribunal de les condamner à combler de leur poche le trou de la société : 6,24M€. Pour cela, il faut prouver des fautes de gestion. Il en avance 4 :
Extrait du protocole : 3,4M€ recouvrés par le liquidateur, dont 2,6M€ pour la cession du fonds de commerce, et une insuffisance d'actif chiffrée à 6,24M€55.
Binant conteste tout, en bloc. Biom'up, plaide-t-il, vivait comme toutes les biotechs, de levée en levée, pour des produits qui mettent parfois plus de 10 ans à aboutir. Perdre de l'argent fait partie du modèle, et « n'est pas synonyme d'échec ». Et à partir de 2018, c'est tout le secteur qui a souffert, selon lui.
Il conteste même le trou. Le liquidateur n'a produit, dit-il, « aucun document comptable ni aucune expertise » pour le chiffrer. Et la dette d'Athyrium, 28M€ selon lui, ne devrait pas compter : le prêteur devenu repreneur a renoncé à la réclamer, à part 1,1M€37. Les dépenses, selon lui, des « organes de contrôle » les passaient en revue, et les investisseurs connaissaient la structure de coûts. Le rapport des experts des élus, lui, n'avait « vocation qu'à éclairer le CSE ». Ces experts avaient pourtant fait état dès mars 2019 d'« interrogations quant aux procédures de documentation et de contrôle en place ».
La première audience, prévue en mars 2023, est renvoyée encore et encore. L'affaire traîne plus de 3 ans.
Début 2026, Binant et le liquidateur signent un accord secret (alors le répétez pas, sinon on va encore avoir des emmerdes) : 600K€ et le liquidateur renonce à toute demande. C'est moins d'un dixième des sommes réclamées initialement. Les 600K€ valent moins de 7 mois de ce que Biom'up lui versait, à lui et aux sociétés de son compagnon. Le liquidateur y trouve son compte, parce que même en gagnant, rien ne lui garantit d'encaisser. Binant, lui, évite un procès et « l'éventuel préjudice d'image » qui va avec55. Le 15 juillet 2026, le tribunal des activités économiques de Lyon homologue l'accord. Pour Jan Øhrstrøm, il ne règle rien55.
De la faillite à l'accord
L'accord secret : à l'article 2, Étienne Binant accepte de verser 600'000€ au liquidateur.
Binant s'en tient au secret. À Zero Bullshit, il écrit que c'est « sans doute à la lumière d'une expertise plus approfondie, et non d'une lecture trop rapide », que « le liquidateur a finalement éteint toute réclamation ». Des 600K€, pas un mot. Sébastien Grandin, lui, n'a « jamais été mis en cause » par le liquidateur de Biom'up, précise-t-il. Le fisc, en revanche, réclame à sa société, SG Conseils, des rappels d'impôt et de TVA sur 2016 à 2018, les années Biom'up. Elle les conteste devant la justice administrative89. Cette procédure n'a « jamais remis en cause la matérialité des travaux » faits pour Biom'up, écrit Grandin.
Reste l'enquête de la brigade financière. Elle ne vise que Biom'up, écrit l'avocat de Binant et de Grandin, et dure depuis « environ 9 ans », avec « une activité judiciaire limitée ». Binant en « conteste vigoureusement les accusations », ajoute son cabinet. Ouverte à Lyon, elle relève désormais de la compétence du parquet de Paris, indique le parquet de Lyon à Zero Bullshit. Une autre source judiciaire confirme ce transfert, récent, sans vouloir dire si le PNF a récupéré le dossier pour le joindre à celui qu'il gère déjà.
Parce qu'en avril 2019, Binant voulait prouver au fisc que Prytanee n'était pas à lui. Mais le 6 février 2026, dans les jours qui ont suivi la publication des Epstein Files, le PNF a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, visant Jack Lang et Caroline Lang. 10 jours plus tard, il a annoncé des perquisitions dans plusieurs lieux, dont l'Institut du monde arabe90. Son communiqué ne nomme pas Étienne Binant, et, interrogé par Zero Bullshit, le parquet n'a pas souhaité en dire davantage. Mais selon 2 sources concordantes, Binant est directement visé par cette enquête, depuis que la justice a découvert que son compte personnel était destinataire de la quasi-totalité des virements de Prytanee. Rien n'indique que Binant en ait été informé. Une enquête préliminaire n'est pas une mise en examen : comme Jack et Caroline Lang, Binant est présumé innocent dans l'affaire Prytanee comme dans celle de Biom'up.
Extrait d'un audit interne daté de l'été 2019.